Du coté du polar (avril 2019 – B)

Une réédition pour une nouvelle collection

« La Noire » vient s’ajouter – pour l’instant – à la Série Noire pour faire découvrir ou redécouvrir des auteurs oubliés ou laisser en jachère. Hervé Prudon en fait partie. « Nadine Mouque » est un nom commun à la plupart des filles dans cette cité HLM de banlieue où il est impossible de vivre sinon en répondant à des stéréotypes. C’était déjà le cas en 1995, année de la première parution de ce récit, et, de ce point de vue, il n’a guère vieilli.

La mort de la mère du chômeur/narrateur/pochard, d’une balle perdue, fait démarrer une action qui se traîne à coups d’ivresse, de sommeil secoué de coups de tonner qui ne sont pas des éveils et de la présence, pour le moins étrangement inquiétante, de l’héroïne du feuilleton pour ados de l’époque « Hélène et les garçons ».

Le narrateur enveloppé d’alcools voudrait bien se débarrasser de ce liquide volatil mais la volonté lui manque. Rêve ou réalité, il tue un dénommé Sarkozy – dans le livre le nom s’écrit un peu différemment – et quelques autres séides. C’est difficile à croire, mais cet individu fictif est déjà ministre… de la culture ! Pour le reste, une description quasi clinique de cette banlieue dont on ne parle plus assez avec ses règlements de compte, ses parvenus, ses chefs, ses communautés, ses espoirs et tous ses désespoirs et autant de désespéré-e-s. C’est aussi un grand livre sur les collines embrumées de l’alcoolisme où la descente est rapide.

Hervé Prudon : Nadine Mouque, La Noire/Gallimard.


Aoste, seulement une ville de jambon ?

Pour la petite histoire, le jambon produit à Aoste s’appelle le jambon de Bosses et… ne fait pas partie de l’enquête du sous-Préfet – un sous-commissaire à la mode italienne – Rocco Schiavone, l’enquêteur récurrent de Antonio Manzini. Schiavone, obligé de quitter Rome à cause de sa manière hétérodoxe de faire son métier de policier et de ses amitiés dans des milieux interlopes, est muté à Aoste, ville provinciale où il étouffe bien loin de sa ville magique où il retourne régulièrement.

Au début de cette nouvelle traque, personnelle et policière, il se trouve prostrée dans sa chambre. L’assassinat, chez lui, de la compagne d’un de ses amis romains, l’a profondément bouleversé. Il était vraisemblablement visé. L’histoire est aussi celle de la sortie de sa dépression via le surgissement d’un nouvel amour et l’évanouissement du fantôme de sa compagne, morte, elle aussi, à sa place. Fantôme qui l’avait accompagné dans toutes ses enquêtes précédentes. Quelque chose est en train de basculer…

Un entrecroisement d’histoires qui prennent le temps d’exister, des personnages secondaires vivants et une enquête qui se traîne un peu pour donner l’impression de la durée pour décrire les injustices.

Un polar italien plus vrai que vrai. Il faut plonger dans « Un homme seul » pour saisir une partie des structurations de la société italienne. Tout y est, mafia comme corruption, bons sentiments et impuissance, pesanteurs bureaucratiques et passe droits pas très légaux.

Antonio Manzini : Un homme seul, traduit par Samuel Sfez, Folio/Policier

Nicolas Béniès

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