L’immuable brisé

Les exaspéré·es, les insurgé·es contre l’état de servitude. D’autres avant elles et eux, d’autres plus tard, contre l’esclavage et la colonisation. Espérance d’hier comme du présent pour un monde plus juste, pour l’égalité et la liberté. Thomas Müntzer, l’invention de l’imprimerie, « Et les livres s’étaient multipliés comme les vers dans le corps », le baptême volontaire et conscient, les polémiques et les argumentations, « ils veulent se tenir nus dans la vérité », les passions, le luxe des ministres de Dieu, la bible enfin accessible à la raison humaine…

Retour dans le temps, John Wyclif, la relation directe entre les hommes (qu’en était-il des femmes ?) et Dieu, la désignation du pape par tirage au sort, le refus de la « transsubstantiation », l’égalité des hommes (qu’en était-il ici aussi des femmes ?) et le refus de l’esclavage, la langue commune contre la langue des prêtres, « Nous sommes la misère, nous errons entre le désir et le dégoût », l’Eglise de Rome et la haine tenace, John Ball, la fiscalité et la révolte sociale, la revendication de l’abolition du servage, « la liberté pour les serfs, la levée des taxes, une amnistie générale pour les rebelles », la révolte matée…

« ET CE N’EST PAS la fin de l’histoire. Ça n’est jamais fini », en Bohème, le pape des catholiques et ses bulles, les mots sont dits de nouveau : « ni par l’argent ni par le pouvoir ni par les princes », l’émeute, Jean Hus brulant comme le cœur, le Manifeste de Prague, en finir avec la pompe et ce luxe de chien, la Protestation et l’adresse aux Juifs, aux païens, aux Turcs, le monde entier…

Les paroles, la langue de celleux qui ne savent pas lire, « Et ce n’est pas insulter Dieu que de lui demander gentiment de parler notre langue », le glaive de l’égalité, les princes impies et la destruction des royaumes, des injures cocasses, la réfutation du possible changement à l’amiable

La parole et la négation, « Les exaspérés sont ainsi, ils jaillissent un beau jour de la tête des peuples comme les fantômes sortent des murs », le soulèvement des ordinaires, la respiration du monde s’est accélérée, « il faisait jour sans cesse »…

Des lettres et des lectures, Karl Kautsky, Ernst Bloch, Friedrich Engels. La guerre et les attentes, les négociations et les traîtrises. « Les querelles sur l’au-delà portent en réalité sur les choses de ce monde », les mots, les convulsions des choses, les guerriers en guenilles, un cri ou une clameur…

Personne ne sait raconter les histoires vraies, « Ces légendes scélérates ne viennent courber la tête des renégats qu’au moment où leur est retirée la parole », soudain une hache tranche un cou. Attention cependant nous dit Eric Vuillard « Le martyre est un piège pour ceux que l’on opprime, seule est souhaitable la victoire »

Cette mémoire – les fantômes sortant des murs – contribue à entretenir les flammes de l’espérance. Nous n’en avons ni fini avec la servitude ni avec l’exploitation domestique des femmes ni avec l’exploitation des salarié·es… Des cris venant du passé nous ouvrent encore des fenêtres sur le soleil chaud de l’espérance… L’auteur s’est engagé à nous raconter la victoire…

« Nous ne devons pas dormir plus longtemps »

Eric Vuillard : La guerre des pauvres

Actes Sud, Arles 2019, 72 pages, 8,50 euros

Didier Epsztajn


Note de Hugues Le Paige : Les mots qui brûlentles-mots-qui-brulent/

Sur L’ordre du jourvingt-quatre-machines-a-calculer-aux-portes-de-lenfer/

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