Lorsque la révolution a fait sauter le couvercle, toutes sortes de vapeurs se sont échappées

« Le temps médiatique est déjà passé sur la révolution syrienne et il ne semble plus y avoir de place pour un propos, autre qu’humanitaire, sur le calvaire des populations civiles qui fuient les décombres ».

Dans la préface à l’édition française du livre, preface-a-ledition-francaise-du-livre-de-leila-al-shami-robin-yassin-kassab-burning-country-au-coeur-de-la-revolution-syrienne/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions L’échapée, les auteur/autrice reviennent sur l’édition anglaise de 2015, le temps et les événements, la révolution noyée sous un déluge de feu, les alliés russes et iraniens de Bachar el-Assad, le révisionnisme d’une grande partie de la gauche anti-impérialiste, les insurrections et la vague contre-révolutionnaire, le refus d’un traitement anecdotique de l’histoire et des combats pour la liberté et la dignité.

« Ici, le parti pris des auteurs est de redonner au récit populaire une place centrale et de permettre ainsi de s’émanciper du prisme hégémonique de l’information (description des expériences d’auto-organisation révolutionnaires dans tous les domaines de la vie quotidienne : santé, éducation, alimentation, énergie, etc. ; tensions entre mouvement civil et milices rebelles ; explosion et foisonnement de la vie culturelle, etc.) ».

Il s’agit bien de donner à voir « l’expérience de la révolution syrienne », de porter un regard critique sur la politique et les alliances des uns et des autres (y compris les alliances peu recommandables du PKK/PYD), de souligner le peu de place donné à l’autodétermination des populations kurdes chez les révolutionnaires syrien·nes, de ne pas seulement se focaliser sur une expérience au Rojava en occultant la résistance protéiforme des insurgé·es syrien·nes et la violence extrême du régime…

Je souligne les paragraphes sur « l’anti-impérialisme des imbéciles », les discours campistes partagés entre des pans entiers de la gauche et de la droite extrême, la pénétration durable du conspirationnisme. Non les « ennemis » de nos ennemis ne sont pas automatiquement nos « amis ». L’absence de soutien aux insurgé·es syrien·nes est bien un abandon de internationalisme nécessaire à l’émancipation de toustes. Comme le rappelait Robin Yassin-Kassab : « La victoire du fascisme en Syrie participe à une offensive interconnectée de l’extrême droite qui affecte l’Amérique, l’Europe aussi bien que le Moyen-Orient. Nos destins sont liés ».

Comme indiqué en fin de la préface, le régime sanguinaire d’el-Assad n’est désormais presque plus contesté internationalement ou régionalement, la rébellion, – massacrée, emprisonnée ou dispersée – a été privée de parole. La parution de Burning Country s’inscrit dans une tentative d’agir contre ce « crime réactionnaire parfait ».

Préface de mars 2015. la révolution, « dans le cœur de chacun, sous la forme de nouvelles idées et d’une parole débridée », un mouvement de protestation non-violent, « La riposte sauvage du régime constitua un baptême de l’horreur, après quoi aucun retour en arrière ne fut possible », la politique de terre brulée, l’exil de millions de personnes, les interventions extérieures et « le théâtre de guerres par procuration », le non soutien aux révolutionnaires, Razan Zaitouneh et Samira Khalil, « L’enlèvement de Samira et Razan symbolise le double caractère de la bataille que doivent livrer les Syriens : contre les fascistes assadistes en cravate d’un coté, et contre les fascistes islamistes barbus de l’autre. Ces deux femmes sont de grandes héroïnes dans la lutte syrienne pour la liberté sur les plans politique, social et culturel »

Sommaire

  1. Une révolution par le haut

  2. La première décennie de Bachar

  3. Une révolution par le bas

  4. Le mouvement populaire

  5. Militarisation et libération

  6. Terre brulée : la montée des islamismes

  7. Dépossession et exil

  8. La culture en révolutionnaire

  9. La défaite des élites

  10. En quête de solidarité

  11. La Syrie démantelée

L’histoire longue de cette région, les lieux de rencontre et de commerce, une terre d’invasions et une terre d’asile, le système ottoman du millet, les vagues d’émigrations (vers les Amériques, les Caraïbes ou l’Afrique), le chauvinisme turc et la résurgence du nationalisme d’autodétermination, les accords de Sykes-Picot, le découpage de la région et le partage entre les impérialismes britannique et francais, le congrès pan-syrien de Damas en juillet 1919, la résistance contre l’occupation française, l’élite nationaliste et le pouvoir en avril 1946, la défaite de 1948 en Palestine, les coups d’Etat et le rôle de la CIA, la place de l’armée, l’émancipation des paysan·nes et le nationalisme arabe, « apportez pelles et râteaux pour enterrer seigneurs et patrons », le parti PAS (Parti arabe socialiste) et le parti Baas, nation et oumma, « La force potentielle du panarabisme résidait dans sa nature inclusive, dans la possibilité que sunnites et chiites, chrétiens et musulmans, populations rurales et urbaines, soient réunis sous une même identité, en tant que membre de la nation arabe ». J’indique cependant que le droit à l’auto-détermination des populations ne se considérant pas comme arabes n’est pas pensé. Il s’agit, comme en Europe, d’un refus d’accorder aux populations minoritaires (kurdes mais pas seulement) les mêmes droits (culturels, linguistiques, institutionnels, etc.) qu’aux populations majoritaires.

La République arabe unie (RAU), la définition nassériste très particulière de l’unité, les officiers baasistes, le coup d’Etat, l’épuration, la dictature du parti néo-baasiste, Hafez el-Assad, la défaite de 1967 et la perte du plateau du Golan, la patrimonialisation du pouvoir, l’intervention au Liban, un système de parti unique controlé par un seul homme…

De la première décennie de Bachar el-Assad, je n’indique que les espoirs et les dynamiques sociales, le « Printemps de Damas », le mouvement pour les droits des femmes, la création d’organisations indépendantes (comme l’Association syrienne des droits de l’homme (ASDH) ou le Comité pour la défense des libertés démocratiques et des droits humains en Syrie (CDL)), la transformation du « printemps » très rapidement en « hiver », le racisme institutionnel envers les populations kurdes, le soulèvement de masse de ces populations et leur désir d’autonomie, les moyens de contrôle social dont l’usage de la torture, la rhétorique « pro-arabe, antisioniste et anti-occidentale », les populations réfugiées d’Irak et du Liban, la déclaration de Damas d’octobre 2005 (« dont les signataires étaient des figures de l’opposition et des groupements issus tant des milieux laïques que religieux, de culture arabe et kurde »), la dégradation de la situation économique et des conditions de vie des syrien·nes, les politiques néolibérales dont la déréglementation du marché immobilier, le trafic de pétrole illégal avec l’Irak, la sécheresse et les effets de la gestion de l’eau…

Les événements ne surgissent jamais du néant. Les conditions et les formes des luttes s’inscrivent dans l’histoire, dans les contradictions des sociétés, dans des espaces ou des interstices bornés par le fonctionnement répressif de l’Etat. C’est pourquoi, je me suis attardé sur les deux premiers chapitres.

Ce sont cependant les descriptions et les analyses du processus révolutionnaire qui font l’intérêt principal de ce livre.

Leila Al-Shami & Robin Yassin-Kassab parlent du caractère décentralisé et spontané des protestations, des mobilisations des jeunes, des actes de désobéissance civile, des grèves, de l’occupation de l’espace public, des dispersions de manifestations par moukhabarat (services de sécurité), des revendications (dont la libération des prisonniers, la fin de la corruption, l’abrogation de l’état d’urgence, une nouvelle loi sur les partis politiques…), des arrestations et des actes de torture, des mort·es, « Celui qui massacre son peuple est un traitre ! », de la répression…

Le régime tenait un discours sécuritaire mêlé à une théorie du complot, manipulait l’information, refusait tout compromis et tentait de se faire passer pour la victime. Certains députés n’hésitèrent pas à scander « Dieu, Syrie, Bachar et c’est tout ! ». Un état patrimonial (voir par exemple les analyses de Gilbert Achcar) et l’escalade de la violence, l’auto-organisation de populations, l’unité au-delà des « frontières » religieuses, « les revendications exprimées dans la rue mettaient l’accent sur les droits politiques qui devaient s’appliquer à l’ensemble de la population, et non à des groupes spécifiques ». Le régime et bien des observateurs/observatrices internationaux privilégiaient quant-à elleux une « lecture ethnico-religieuse de la révolution », Le pouvoir excitait les tensions communautaires, les chabbiha (gangs de nervis) participaient des bandes para-étatiques. Il s’agissait bien d’une « stratégie de choc et d’effroi » pour les un·es et de monnayage de « fidélité » pour d’autres par le biais de réformes néolibérales. Je souligne les présentations des mobilisations dans les villes et les régions, les ébauches de constructions d’alternative…

Le mouvement populaire est analysé en détail dans le chapitre 4. Le foisonnement d’initiatives (en absence d’organisation civile et politique avant 2011), les comités de coordinations – tanssiqiyat -, la création d’hôpitaux de fortune, le distribution de nourriture, les Comités locaux de coordination (CLC), le rôle des étudiant·es, les salarié·es du secteur informel… Il est juste de rappeler l’absence d’un mouvement ouvrier organisé, « Quant au mouvement ouvrier organisé, il avait été détruit par le régime baasiste. On ne trouvait aucun syndicat indépendant. La gauche syrienne, par le biais des partis staliniens cooptés, faisaient l’apologie du régime et s’était par là même complètement discréditée ». L’auteur et l’autrice ne cachent pas les tensions autour de slogans ou de la notion de laïcité. Iels soulignent la place des femmes dans les coalitions, la pratique de réunions non-mixtes et leur marginalisation à fur et à mesure de la militarisation de la révolution.

L’horizontalité des forums et des expériences ne pouvait régler toutes les questions, « organiser leur vie indépendamment de l’Etat, coopérer et initier une révolution sociale à un niveau à la fois local, régional et national ». Restent des expériences d’auto-organisation – des administrations, des quartiers, des hôpitaux, des villes – dans des zones libérées. Des tensions aussi entre les nouveaux pouvoirs et les pouvoirs traditionnels, en particulier sur la place des femmes, des tensions par manque d’argent, des différenciations entre régions – par exemple les alternatives construites au Rojava (il ne faut cependant pas oublier la direction pyramidale et fortement centralisée du PYD)…

« La réponse du régime à la lutte non violente fut d’une brutalité sans nom ». La militarisation change les conditions et les possibles, « Avec la militarisation de la révolution, le vibrant mouvement populaire a progressivement perdu de son importance »…

Le chapitre 5 est consacré à la militarisation, aux interventions de milices étrangères, aux bombardements, à la lutte armée, à la « cacophonie d’un millier de seigneurs de guerre rivaux », à la marginalisation des femmes… Leila Al-Shami & Robin Yassin-Kassab soulignent que « Néanmoins, les critiques abstraites du processus de militarisation de la révolution passent à coté d’un point crucial. Les révolutionnaires syriens n’ont pas décidé de façon et collective et formelle de prendre les armes – bien au contraire, ce sont des milliers de décisions individuelles qui ont été prises sous le feu de l’ennemi ». J’indique que c’est plutôt le « reproche » inverse qui pourrait-être fait, de ne pas avoir préparé l’affrontement et d’avoir cru qu’il serait possible de l’éviter. Ce qui posait la question de nouvelles formes de résistance collective (iels citent des développements de Gilbert Achcar sur ce sujet, voir en fin de note).

L’auteur et l’autrice abordent entre autres, la menace de violences sexuelles, les viols, les traumatisme et la « soif de vengeance », les premières composantes de la résistance armée, les déserteurs de l’armée syrienne, les expulsions massives et la nécessité de l’auto-défense, la vague d’exilé·es, la défense des manifestant·es, « « l’Armée syrienne libre » était un terme générique. Elle n’a jamais été une armée au sens propre, mais un ensemble de milices, certaines mobiles, la plupart locales et défensives – toutes engagées dans le double but de détruire le régime et de fonder un Etat démocratique ».

Problèmes de financement, absence de code de conduite, processus de régionalisation, achats en contrebande d’armes, restriction de l’aide régionale, bombardements de zones libérées et redéploiement stratégique du régime, alliances « pragmatiques » circonstancielles mais dévastatrices, guerre permanente dans les « zones arabes libérées », destruction des villes, forces supplétives étrangères en aide au régime, offensives et contre-offensives – dont libération d’Alep, escalade militaire, faim meurtrière, utilisations d’armes chimiques… « Le régime a poursuivi sa politique de la terre brulée de façon délibérée et assumée ».

Terreur et expulsion massive de la population des zones libérées, « C’est dans ce néant que le djihadisme a prospéré ».

J’ai particulièrement été intéressé par le chapitre 6, « Terre brulée : la montée des islamismes », le discours confessionnel implicite du régime, l’exaltation des sentiments religieux, les raisons du développement de la « transcendance » ou de la relation individuelle avec dieu, le refoulement de certaines minorités dominées, les alliances politiques circonstancielles, le régime comme seule solution au chaos qu’il a lui-même engendré, la stratégie contre-révolutionnaire, la construction de « loyauté », les bras tyranniques enroulés autour du cou de la communauté alaouite, les escadrons de la mort, l’alliance politique avec la théocratie iranienne, la citoyenneté remplacée par la « loyauté envers la communauté » (« la communauté fournit à la fois identité et privilèges, alors elle est devenue comme la patrie elle-même »), le clientélisme et les emplois fournis dans les services militaires et la sécurité, le faux clivage entre dictature « laïque » et rempart à l’islamisme, la nostalgie « d’un passé supposé authentique et moralement supérieur », les codes religieux régissant mariage/divorce/héritage, les politiques néolibérales et les fonds privés et confessionnels) assurant une assistance sociale, la propagation du wahhabisme, la répression et l’instrumentalisation des mouvements islamistes, la libération par le régime des militants salafistes…

L’auteur et l’autrice insistent sur trois facteurs du renforcement de la place des combattants islamistes : le financement des milices, l’image de corruption et de désorganisation pesant sur le label ASL, l’absence de réponse internationale aux massacres et aux nettoyages ethniques d’Assad. Il me semble important de comprendre les conditions matérielles (incluant les dimensions idéelles) de la création et du renforcement des courants armés islamistes, la place des combattants étrangers, les capacités des réseaux alors que l’Etat se disloque, les processus de confessionnalisation… 

« Tout comme le régime, Daech s’est spécialisé dans la barbarie pour servir d’exemple, revendiquant fièrement son ultraviolence ». Et dans les horreurs de masse, rien ne justifiait de « coopérer avec Assad contre Daech », ni de confondre des forces rebelles – certes fortement islamisées – avec Daech.

La désintégration de l’Irak (intervention étasunienne) comme celle de la Syrie (sous la direction de Bachar el-Assad) offre des terrains propices à l’irruption et la consolidation de bandes armées. Le contrôle de zones pétrolières, l’armement récupéré, le totalitarisme couvert du nom du prophète permettent des exactions et des crimes. La discipline de la terreur peut être accompagnée d’une certaine redistribution de services. L’ennemi principal du régime syrien fut les forces révoltées – même si leurs formes s’éloignaient des promesses des révoltes initiales – et non Daech.

Il y aurait beaucoup à dire sur les ralliements au rêve du califat, « Le rêve du califat avec ses sabres et ses chevaux blancs est un mirage puissant ». Encore ne faudrait-il pas en rester aux explications purement idéologiques – ni aux réductions campistes – mais prendre en compte les conditions matérielles et historiques, l’ensemble des acteurs étatiques et l’absence (car détruites par les différentes dictatures) de forces alternatives, « Un monde est fini et l’autre n’arrive pas » ;sans oublier l’isolement de celles et ceux qui s’insurgent contre les dictatures en place…

Le cauchemar des populations syriennes se poursuit dans l’indifférence presque totale, des milliers de mort·es et de blessé·s, des milliers d’emprisonné·es et de torturé·es, sans oublier les exactions dont les viols de femmes (il ne faudrait pas oublier la transformation des femmes yézidies en esclaves sexuelles), l’effondrement de l’économie, la majorité de la population vivant sous le seuil de pauvreté dont une partie sans aide humanitaire, la déscolarisation massive des enfants, les déplacements de millions de personnes et l’exil pour d’autres millions (4 millions en juillet 2015, réfugié·es en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Irak principalement).

Comme indiqué dans le communiqué de mars 2019 (voir lien en fin de note) : « La Syrie présente ce triste privilège d’avoir connu le degré maximum de la violence contre-révolutionnaire, en premier lieu celle du régime, à laquelle est venue s’adjoindre celle de Daech. Le pouvoir dictatorial et sanguinaire des Assad a immédiatement opposé à la révolte de la population toute la brutalité des forces assurant sa mainmise sur la société : multiples services de sécurité, milices diverses et toute son armée. Tirs sur les manifestants, arrestations massives et pratique systématique de la torture, disparitions… Cela ne suffisant pas, ce que Bachar al-Assad a mené contre son peuple c’est une guerre : bombardements, sièges, viols, torture, politique de la faim, usage d’armes chimiques, attaques contre hôpitaux, écoles, patrimoine culturel et lieux de culte… Un demi-million de tués, des centaines de milliers de blessés, de disparus et de détenus, des millions d’exilés hors de Syrie et de déplacés à l’intérieur même du pays… »

Leila Al-Shami & Robin Yassin-Kassab dessinent aussi les espérances, la culture en révolution, les transformations dans les zones libérées, « Les zones libérées, considérées comme débarrassées à la fois du régime et de l’Etat islamique, étaient dangereuses et terrifiantes, bombardées à distance, et pourtant elles défendaient leur liberté d’une façon bien réelle et qui auraient été impensable dans l’ancien royaume du silence », la créativité de l’auto-organisation, la place des femmes, la remise en cause même partielle des tabous et des traditions, une nouvelle génération de parole « pour remplacer la génération du silence »…

Les instances de représentation, le CNCD et le CNS, ceux qui voulaient dialoguer avec le régime, l’incapacité à intégrer des représentant·es des populations kurdes, les querelles internes, la non prise en compte de la forte représentation alaouite dans l’armée du régime, les espoirs d’une intervention militaire étrangère, l’incapacité à construire une légitimité, les choix des puissances internationales et des puissances régionales – dont l’Iran et le Hezbollah -, le découpage ou le découplage des cibles, « Tout projet qui ne cible pas Assad en même temps que Daech, et qui ignore les djihadistes chiites iraniens, ne suscitera aucune adhésion », la mosaïque des milices…

Construire la solidarité. Leila Al-Shami & Robin Yassin-Kassab indiquent « Le discours dominant sur la Syrie a été si souvent et terriblement biaisé et lacunaire, empli de fausses suppositions, de faux-fuyants et de sensationnalisme. La première étape de la solidarité consiste à en corriger le récit ». Iels parlent, entre autres, des « ennemis des ennemis », des réductions campistes, de faux internationalisme, des arguments partagés par l’ultra-droite et ces soi-disants « anti-impérialistes », des faiseurs d’opinion orientalistes, de guerre contre-révolutionnaire et des mort·es sous les bombardements de l’armée du régime, des Kurdes et de leur capacité à créer la solidarité en Europe (alors que le CSN « oubliait » leur droit à l’autodétermination). Rien d’inéluctable dans le déroulement des événements ni dans la victoire de la contre-révolution…

Le dernier chapitre est consacré à « La Syrie démantelée ». La naissance de conflits sectaires, ethniques et régionaux ; la moitié des Syrien·nes déplacé·es ; l’intégration des problématiques syriennes dans le discours occidental sur la « guerre contre le terrorisme » ; l’intervention massive de la Russie ; l’absence d’aide humanitaire des Nations unies ; les miliciens chiites iraniens ; les alliances peu ragoutantes du PYD….

Il ne faudrait cependant pas oublier la mobilisation des populations pour lutter contre Daech, les libérations de villes comme Alep, les éléments d’auto-organisation et de gestion autonome. Ni oublier les massacres et les exils.

Reste encore et toujours à distinguer les faits et les fictions, les régimes de vérité et de mensonges…

Les conditions sociales et politiques de l’espérance révolutionnaire ne sont pas abolies. Et tant qu’Assad restera…

Leila Al-Shami & Robin Yassin-Kassab : Burning Country

Au cœur de la révolution syrienne

Traduction collective de l’anglais

Editions L’échappée, Paris 2019, 368 pages, 18 euros

Didier Epsztajn


En complément possible :

Toujours aux côtés du peuple syrien !toujours-aux-cotes-du-peuple-syrien/

Parler encore et toujours de la Syrie…,Entretien avec Farouk Mardam-Beyparler-encore-et-toujours-de-la-syrie/

Subhi Hadidi, Ziad Majed, Farouk Mardam-Bey : Dans la tête de Bachar al-Assadune-dictature-des-crimes-des-soutiens-venus-tant-de-lextreme-droite-que-dune-partie-de-la-gauche-aveuglee-par-son-campisme/

Entretien avec Gilbert Achcar : Syrie. « Mais quand je dis « régime », je parle en fait de l’axe Russie-Iran-Assad »syrie-mais-quand-je-dis-regime-je-parle-en-fait-de-laxe-russie-iran-assad/

Gilbert Achcar : Symptômes morbides. La rechute du soulèvement arabeconflit-triangulaire-entre-un-pole-revolutionnaire-et-deux-camps-contre-revolutionnaires/

Qu’est-il arrivé au printemps arabe, cinq ans après ?, Entretien avec Gilbert Achcar conduit par Nada Matta

Partie 1 : quest-il-arrive-au-printemps-arabe-cinq-ans-apres-partie-1-sur-2/

Partie 2 : quest-il-arrive-au-printemps-arabe-cinq-ans-apres-partie-2-sur-2/

Gilbert Achcar : Le peuple veut. Un exploration radicale du soulèvement arabele-soulevement-arabe-nen-est-encore-qua-ses-debuts/

Jean-Pierre Filiu : Généraux, gangsters et jihadistes. Histoire de la contre-révolution arabela-sarabande-de-la-mort-menee-par-les-generaux-les-gangsters-et-les-jihadistes/ et  Le miroir de Damas. Syrie, notre histoiredamas-nous-tend-aujourdhui-son-miroir/

 

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