Le coin du polar (avril 2019)

« Derniers jours à Berlin » repose sur des documents, des récits qui racontent la vie quotidienne à Berlin des 12 jours qui précèdent la capitulation des enfants soldats engagés dans les troupes nazies et les jours qui suivent sous la domination des troupes soviétiques. Les exactions ne cessent pas avant et après. Harald Gilbers fait agir ses personnages dont l’ex commissaire juif Oppenheimer et sa femme Lisa dans ce monde étrange de la ville détruite en butte à tous les trafics et livrée à tous les espions, le NKVD comme les services secrets américains, l’O.S.S. ancêtre de la CIA. L’intrigue est vraisemblable : les débuts de la course aux armements. Staline comme Truman veulent s’approprier les installations allemandes comme les savants atomistes pour construire la bombe atomique. Les déserteurs russes violent et tuent, l’espion américain est prêt à payer pour récupérer une valise qui transporte des déchets radioactifs sans considérations morales, seul le colonel soviétique croit encore à la sainte Russie stalinienne qui en fait un personnage à part et humain, avec ses faiblesses.

L’ex commissaire mènera l’enquête en compagnie de truands signe de ces temps étranges que l’auteur nous fait visiter. Un vrai polar avec ce qu’il faut de vengeance personnelle et un documentaire sur Berlin avant le partage entre les puissances pas vraiment alliées. Un tour de force.

Harald Gilbers : Derniers jours à Berlin, 10/18


Dans un avenir indéterminé.

La trilogie de Ezekiel Boone des araignées venues du fond des temps mangeuses d’êtres humains se termine avec « Destruction », après « Éclosion » et « Infestation ». Les gouvernements entourés d’experts – des militaires ! – n’ont d’autre réponse que l’utilisation des armes nucléaires dites tactiques pour réduire à néant le danger et les êtres humains. Belle leçon. Les discussions au sein du groupe restreint qui, autour de la Présidente américaine, discute du sort du monde donne l’impression de donner la parole à un Trump transformé en général pour anéantir le monde.

Ezekiel Boone : Destruction, traduit par Jérôme Orsoni, Exofictions/Actes Sud


Londres 1885

Faut-il être poète pour se livrer à cet art merveilleux qui est celui du conte via les thèmes du polar ? Steven Price donne dans « L’homme aux deux ombres » une réponse positive. Il nous enchaîne à ces deux personnages à la recherche de « Shade », une ombre. L’un est le films de Pinkerton, l’agence de détective qui a fait fonction de police fédérale dans les débuts de la constitution de l’État fédéral américain, l’autre un arnaqueur révolté par la misère qui touche autant les grandes villes américaines que Londres. Deux américains débarqués dans Londres rendue fantomatique par un smog persistant. Des personnages étranges se rencontrent, les petites filles sont centres de sagesse et la description de Londres fait penser à la fois à Dickens, London et Orwell. Du grand art.

Steven Price : L’homme aux deux ombres, traduit par Pierre Ménard, Folio/Policier


New York 1977, avec Miles Davis.

Michaël Mention, dans « Manhattan Chaos », s’est inspiré à la fois de l’autobiographie de Miles Davis – le « je » de ce roman – et de la machine à explorer le temps de H.G. Wells. Il fait vivre à un Miles au bout du rouleau qui ne se voit aucun avenir des aventures qui nous font visiter Manhattan à différentes époques du 20e siècle profitant de la panne d’électricité qui touche la Ville le 13 juillet 1977. La mémoire de ces temps anciens est nécessaire et l’auteur sait situer les moments où le racisme se fait assassin n’hésitant pas à évoquer Trump, le père du président actuel. Faire une fin n’était pas facile…

Michaël Mention : Manhattan chaos, 10/18.


Partir au front.

Hugues Pagan est un ancien prof de philo devenu policier pour finir auteur de polar. Curieux parcours qui interroge et épaissi le mystère autour de cet auteur. Il n’hésite pas à frôler le fantastique ou faire référence à des théories ou même au jazz – à Satchmo en particulier – pour décrire le monde absurde qui nous entoure. « Mauvaises nouvelles du front » annonce-t-il sans retenue pour ce recueil qui mêle des époques diverses de son écriture et des destinations de ces nouvelles. Il faut s’enfoncer dans Pagan pour prendre de la distance et voir la société comme elle est.

Hugues Pagan : Mauvaises nouvelles du front, Rivages/Noir.

Nicolas Béniès

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