Inclusivité : l’exemple des centres de femmes

Que ce soit à l’Assemblée nationale, à la télé ou sur les conseils d’administration, il est facile de constater qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

Alors que le mois de l’histoire des noirs tire à sa fin et que de vieux débats identitaires continuent de faire les manchettes, plusieurs se questionnent sur l’inclusivité de leurs propres lieux de travail et d’implication sociale.

Les centres de femmes, ces organismes communautaires nés du féminisme des années 70 et présents dans tous les quartiers de Montréal et toutes les régions du Québec, cherchent depuis leurs tout débuts à rejoindre « toutes les femmes ». Cet exercice d’inclusivité colossal a produit son lot de bonnes pratiques dont nous pouvons, collectivement, nous inspirer.

L’inclusivité c’est quoi ?

L’inclusivité est un terme qui fait de plus en plus incursion dans nos politiques et nos discussions, mais pas encore dans nos dictionnaires. En gros, il signifie faire l’effort d’inclure les personnes qui, autrement, pourraient se trouver marginalisées, comme c’est le cas des personnes vivant avec un handicap ou des minorités visibles ou sexuelles.

Comme l’explique Martine, du centre Femmes du monde à Côte-des-Neiges, « c’est quelque chose qu’on ne peut pas prendre pour acquis. Il faut prendre le temps de se demander « est-ce qu’on laisse quelqu’un·e dehors » ? ». Il s’agit donc d’une constante remise en question des pratiques, des activités, du langage, etc. pour s’assurer que personne ne soit exclu sur la base de ses moyens financiers, de sa littératie, de son origine, de son identité de genre, de son orientation ou encore de ses capacités.

En matière d’inclusivité interculturelle, cela signifie pour Sonia, du Centre des femmes d’ici et d’ailleurs dans Villeray, « de ne pas tout regarder avec des lunettes occidentales ». Elle raconte l’exemple révélateur d’un projet portant sur l’image du corps des femmes. Au début, l’angle envisagé était l’obsession de la minceur, mais au fur et à mesure du projet et des échanges entre les femmes – à propos de l’impératif d’être rondes dans certaines cultures ou encore du désir de se blanchir pour d’autres – le propos s’est déplacé vers l’obsession de contrôle du corps des femmes. « C’est devenu inclusif par les femmes qui participaient et qui partageaient ce qu’elles vivaient. »

La représentativité un outil important

Quelle que soit la définition avec laquelle on travaille, c’est rarement la définition elle-même qui pose problème, mais plutôt, sa mise en œuvre. Que ce soit à l’Assemblée nationale, à la télé ou sur les conseils d’administration, il est facile de constater qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres en matière d’inclusivité au Québec.

La représentativité – soit la capacité d’un échantillon de correspondre à la population dont il est extrait – est pourtant un outil crucial pour favoriser l’inclusivité des milieux. « Ce qui a bien fonctionné pour nous c’est la représentativité, explique Sonia, mais ce n’est pas simplement d’avoir une représentation symbolique, il faut aussi s’attaquer aux structures d’inégalités ». Les travailleuses du Centre des femmes d’ici et d’ailleurs, ont en effet constaté que de simplement affirmer dans la politique d’embauche que les candidatures issues de minorités seraient « favorisées à compétence égale » n’avait pas un impact significatif sur la diversité des personnes embauchées. Les femmes immigrantes étaient quand même désavantagées, parce que leurs expériences de travail, leurs études ou simplement leurs lettres de présentation n’étaient pas toujours comparables à celles des femmes de la majorité. Pour pallier cet écueil, le Centre des femmes d’ici et d’ailleurs voit une plus grande proportion de personnes immigrantes en entrevue et accorde une plus grande importance aux expériences de bénévolat.

Et au quotidien, l’inclusivité c’est comment ?

Les exemples de mesures mises en œuvre pour favoriser l’inclusivité dans les centres sont foison : du choix de locaux accessibles en fauteuil roulant, à la mise sur pied de haltes-garderies en passant par la gratuité des services, tout est mis en place pour diminuer les obstacles à la participation de toutes. Bref, de quoi inspirer de nombreux organismes qui cherchent à s’ouvrir aux autres et à rejoindre une clientèle plus représentative de la population québécoise !

« Le meilleur conseil que je pourrais donner, explique Rose du Centre Afrique au féminin (qui accueille les femmes de toutes origines) situé à Parc Extension, c’est d’écouter les femmes. La majorité des services qu’on a mis sur pied on les a mis sur pied parce qu’on les a écoutées et on a constaté des problématiques qui étaient récurrentes et donc, qui justifiaient la mise sur pied d’un service. Il ne faut pas oublier non plus que les femmes amènent leur lot de connaissances et de talents et qu’en les écoutant on peut faire ressortir des choses qui pourraient aider d’autres femmes. »

« Y’a pas de recette miracle, c’est essais et erreurs, c’est un travail constant de toujours se demander comment on pourrait être plus inclusifs », explique Martine. Elle souligne toutefois qu’il serait judicieux d’arrêter de se tourner vers les groupes minorisés pour toujours les sonder et les questionner à savoir pourquoi ils ne viennent pas dans nos activités et dans nos organismes.

« C’est à nous de prendre le temps en équipe pour se demander pourquoi ils ne sont pas là et de faire les démarches nécessaires. » – Martine

Quant aux écueils que comporte parfois le vivre ensemble, une stratégie très répandue des centres de femmes pour y faire face consiste à avoir un code de vie affiché clairement afin de rappeler les valeurs de l’organisme et les règles permettant de maintenir un espace sécuritaire pour toutes. « On est là pour donner au suivant, mais il y a quand même des règles », explique Rose. « Les principales difficultés qu’on rencontre, ce sont les préjugés. C’est pas grave si tout n’est pas dit de la façon la plus délicate ou politically correcte, les gens sont dans un cheminement. Mais il doit y avoir possibilité d’accompagner ce cheminement, tout en gardant l’espace sécuritaire pour tout le monde », conclut Sonia.

Comme l’ont si bien démontré les femmes rencontrées pour écrire ce texte, l’inclusivité est un « work in progress », un idéal vers lequel il faut tendre. En espérant que de plus en plus d’organisations entreprendront elles aussi ce cheminement, je vous souhaite de trouver des endroits où vous vous sentez accueilli·e·s avec bienveillance dans toute votre unicité !

Trouve ton centre de femmes.

Eliane Legault-Roy

L’auteure est politologue, consultante en communication et relations publiques.

https://www.pressegauche.org/Inclusivite-l-exemple-des-centres-de-femmes

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