Communiqué Actes Sud : Alaa El Aswany

Alaa El Aswany est poursuivi en justice par le parquet général militaire, pour « insultes envers le président, les forces armées et les institutions judiciaires égyptiens ».

Les accusations portées contre Alaa El Aswany s’appuient sur ses chroniques publiées dans Deutsche Welle Arabic et sur son dernier roman J’ai couru vers le Nil qui raconte les événements de la révolution de 2011.

Né en 1957 dans la vallée du Nil, Alaa El Aswany est l’un des écrivains les plus célèbres du monde arabe. Son premier roman L’Immeuble Yacoubian, publié en 2006, est devenu un véritable phénomène éditorial international. Longtemps, il a exercé le métier de dentiste dans le centre du Caire. Romancier, nouvelliste, essayiste, il est traduit en une trentaine de langues et a reçu une quinzaine de prix littéraires. Chroniqueur engagé, il défend ardemment les valeurs de la démocratie dans de nombreux articles qui ont paru dans la presse égyptienne et internationale. Il est l’un des membres fondateurs du mouvement d’opposition « Kifaya » (Ça suffit). En 2011, il prend une part active au Printemps arabe et participe au mouvement de la place Tahrir, cette expérience lui inspire son roman J’ai couru vers le Nil. Alaa El Aswany vit aujourd’hui aux États-Unis où il enseigne la littérature.

Interview d’Alaa El Aswany publiée par Les Nouveaux Dissidents le 17 mars 2019

« On me poursuit parce que je témoigne de ce que j’ai vu et de ce que j’ai vécu »

Vous venez d’apprendre que vous êtes poursuivi par un tribunal militaire pour insulte contre le président, les forces armées et judiciaires ainsi que l’État égyptiens. Quels sont les faits qui vous sont reprochés ?

D’avoir dit ce que je pense. De m’être exprimé et d’avoir donné mon opinion. Je suis un écrivain et ce que j’écris déplaît à ce régime. Outre mes articles dans un journal allemand, c’est aussi mon dernier roman La République comme si (publié en français sous le titre J’ai couru vers le Nil) qui est inclus dans cette procédure judiciaire parce qu’il dénonce les exactions du régime et de l’armée commises pendant la révolution de 2011. Par ailleurs, il faut savoir qu’en Égypte, la justice militaire n’est pas indépendante. Un officier supérieur de l’armée peut faire ce qu’il veut d’un jugement rendu par un tribunal militaire. Il peut annuler la peine ou au contraire la durcir, il peut amnistier ou au contraire infliger une condamnation beaucoup plus lourde. On me poursuit parce que je témoigne de ce que j’ai vu et de ce j’ai vécu, on me poursuit à cause de mes textes, ce qui est contraire à toutes les conventions internationales, à l’article 65 de la Constitution égyptienne qui garantit la liberté de pensée et d’opinion à tous les citoyens, ou à l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont l’Égypte est signataire.

Vous ne vivez plus en Égypte. Il vous est impossible de vous exprimer dans les médias égyptiens. Vos livres, vos romans ne peuvent plus y être publiés.  Pourquoi le pouvoir s’acharne-t-il contre vous ?

Dès que le maréchal al-Sissi est devenu président de la République, il m’a été interdit d’écrire dans la presse égyptienne alors que je le faisais de façon hebdomadaire auparavant. Depuis maintenant cinq ans, je ne peux plus publier une ligne dans mon pays. Cependant, je continue de m’exprimer dans les médias internationaux. Et j’écris en arabe sur le site de la radio allemande Deutsche Welle ainsi que sur les réseaux sociaux. Mon compte Twitter est suivi par trois millions deux-cent trente mille personnes (ce qui est certainement un chiffre plus important que les tirages de tous les quotidiens égyptiens réunis). Et puis, mon dernier roman est traduit et publié en Europe, aux États-Unis, en Amérique du Sud… Ils savent que j’ai encore une influence. Bien qu’ils aient fait tout pour l’empêcher, je continue à écrire et à être lu. 

Quels sont les risques que vous encourez ?

Tout est permis contre les opposants au régime ! Une procédure judiciaire via un tribunal militaire peut autoriser qu’on saisisse les biens, qu’on bloque les comptes bancaires, etc. Je suis inquiet pour ma famille, pour mes proches qui sont en Égypte. On peut imaginer des scénarios effrayants, qu’ils soient enlevés, qu’ils disparaissent. C’est arrivé à de mes amis, des amis révolutionnaires dont les proches ont été kidnappés ou qui, du jour au lendemain, ont disparu. Ce régime est terrifiant. Récemment, un libraire a été condamné à cinq ans de prison parce qu’il avait vendu un (seul !) exemplaire d’un livre interdit par la censure.

Comment peut-on vous aider ?

Le soutien moral est très important pour moi. Je sens que je ne suis pas seul. Mes amis, mes éditeurs, mes camarades écrivains sont là et cela m’apporte du réconfort. Faire savoir ce qui m’arrive peut aussi m’aider. Un écrivain n’est pas un terroriste, il n’est pas un criminel. Je me suis exprimé et je n’ai fait que mon devoir, qu’obéir à ma conscience. Qu’un écrivain soit jugé par un tribunal militaire, c’est quelque chose d’extrêmement grave. Mais j’ajoute que c’est aussi grave quand il s’agit d’un simple individu qui défend les valeurs de la démocratie.

Propos recueillis par l’association Les Nouveaux Dissidents

Alaa El Aswany participera à une rencontre publique le 27 avril 2019 

à La Grande Halle de La Villette :

avec Jeanne Cherhal, Cyril Dion, Nicolas Mathieu

« Changer d’histoires pour changer l’Histoire »

samedi 27 avril 2019 à 19 heures

Info/résa/accès : lavillette.com / 01 40 03 75 75

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