La part des ténèbres de chacun·e

Toute l’action se passe dans un petit village isolée, dénommé Ormberg : une campagne magnifique mais désertée suite à la fermeture des usines. Seules quelques familles sont restées, des personnes âgées et des chômeurs. L’avenir est sombre pour les enfants qui y grandissent. Par ailleurs, l’ancienne usine désaffectée sert de lieu d’accueil pour des migrants – que les habitants regardent avec méfiance, voire haine.

Malin, jeune policière originaire d’Ormberg, revient dans son village natal pour enquêter sur une ancienne affaire jamais résolue : la découverte d’un cadavre d’enfant, huit ans auparavant. Mais l’inspecteur qui était sur une piste disparaît mystérieusement…

Le thème de la disparition peut se décliner à plusieurs niveaux : la disparition soudaine de l’enquêteur, la disparition métaphorique de la profileuse qui perd la mémoire, la disparition de deux demandeuses d’asile, que l’on retrouve finalement assassinées…

Au centre de l’enquête, trois personnages dont on suit tour à tour les pensées : Hanne, la profileuse atteinte d’amnésie ; Jake, un adolescent en quête d’identité, souffre-douleur des autres enfants du village ; et Malin, la policière qui, elle aussi, se demande ce qu’elle veut et qui elle est…

Tout au long du roman, beaucoup d’interrogations sur la misère économique (qui fait le lit de la haine contre les migrants), les violences envers les femmes, et en filigrane, l’identité sexuelle : qu’est-ce que la virilité ? Être un vrai homme, est-ce forcément être un monstre ?, se demande le jeune adolescent en écoutant tout ce qui se dit autour de lui.

Sans aucun discours moralisateur, mais en suivant le chemin personnel de chacun des personnages, en nous attachant à eux, à leurs faiblesses, et en découvrant leur force, nous tirons de ce roman une magnifique leçon d’humanité.

Rarement l’intime et le social ont été si étroitement imbriqués : « le mal qui me ronge » (selon les mots du jeune homme qui a honte d’aimer s’habiller en femme) ou, plus généralement, la part des ténèbres de chacun·e, ne pourrait se développer s’il n’y avait un tel délitement des liens collectifs, dans une communauté rongée par la misère économique. Redonner une identité aux corps humains retrouvés à l’état de cadavres pourra-t-il aider à réparer le corps social ?

Camilla Grebe : Le Journal de ma disparition, Calmann-Lévy, 2018 [Suède, Husdjuret, 2017]

Caroline Granier

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