Indispensable prise en compte des femmes dans l’analyse des rapports sociaux

Quelques analyses choisies subjectivement dans ces journées intersyndicales femmes de 2018.

L’espace public et ses usages sont différenciées entre les hommes et les femmes, la ville fragmentée et discriminante, les déplacements – le plus souvent utilitaires – des femmes et ceux des hommes, les circulations des unes et les stationnement des autres, les aménagements publics de loisirs pour les garçons, l’espace et le temps. Corinne Luxembourg aborde, entre autres, les spécificités de l’usage des femmes de la ville, leur place dans celle-ci, les cartes mentales, les stratégies d’évitement…

Les enjeux de la prise en compte de la place et du rapport des femmes à l’espace urbain dans les politiques publiques de développement et d’aménagement du territoire. Gaëlle Gillot a publié une thèse sur les espaces publics/jardins publics dans le monde arabe. Elle souligne qu’« on ne retrouve pas la même présence, les mêmes trajets, les mêmes horaires, le même accès aux ressources de la ville », que l’éducation pousse les garçons à occuper l’espace public et s’y rendre visibles. Sans oublier les carences en investissements publics dans l’aménagement du territoire…

« L’expérience de la cartographie sociale et des parcours territoriaux / marches exploratoires dont il est question ici s’inscrit dans un ensemble d’outils de renforcement du pouvoir d’agir de groupes sociaux dominés utilisés dans le réseau ». Ada Bazan parle, entre autres, des normes sociales, de l’invisibilisation des femmes et de leurs besoins, du travail de cartographie sociale, « L’idée étant in fine d’en finir avec la situation de « captivité » (la privation d’autonomie et de pouvoir de décider des faits fondamentaux de leur vie et du monde) que le patriarcat et les capitalisme associés imposent aux femmes »…

En complément possible :

Une enquête de Arnaud Alessandrin, Laetitia César-Franquet et Johanna Dagon : Femmes et déplacements, construction-sociale-de-la-peur-des-violences-et-division-socio-sexuee-de-lespace/

Yves Raibaud : La ville faite par et pour les hommespetite-cartographie-du-sexisme-de-et-dans-lespace-urbain/

Dossier Les femmes dans la ville dans axelle 175, une-continuite-despaces-ou-les-hommes-font-valoir-leur-loi/

Travail genre et sociétés n° 33 / 2015 : Le genre, la villeau-prisme-du-genre-des-usages-de-la-ville-et-des-impacts-de-lausterite/

Marylène Lieber : Genre, violences et espaces publics. La vulnérabilité des femmes en questionrappels-a-lordre-sexue/

Les femmes et le syndicalisme. Michelle Perrot nous rappelle que « Le syndicalisme d’action directe, idéologie majeure du mouvement ouvrier français, d’inspiration proudhonienne, est hostile au féminisme, peu favorable au travail des femmes, et teinté de virilisme, sinon de machisme ». Il est important de comprendre les dimensions anti-féministes de l’« extrême-gauche » de Sylvain Maréchal à Pierre-Joseph Proudhon (deux exemples) mais aussi de la pensée des Lumières (Jean-Jacques Rousseau et le refus de la démocratie dans l’espace privé). L’autrice souligne les changements depuis le début du XXème siècle, les femmes et le marché du travail, le maintien du principe des écarts entre salaires féminins et masculins à la Libération, la Reconstruction après la seconde guerre mondiale s’appuyant sur la famille, la mère et la ménagère glorifiées par la direction du PCF, l’entrée massive des femmes sur le marché du travail salarié dans les années 60, le temps du MLF et des luttes pour le droit à la contraception et à l’avortement, les commissions femmes, le sabordage d’Antoinette…

Une féministe à l’usine. Fabienne Lauret, l’usine de Flins, Je renvoie au texte d’Annick Coupé et à ma note de lecture ( preface-dannick-coupe-a-louvrage-de-fabienne-lauret-lenvers-de-flins-une-feministe-revolutionnaire-a-latelier/et note de lecture  : Nous avons gagné le droit précieux de recommencernous-avons-gagne-le-droit-precieux-de-recommencer/)

Fanny Gallot revient sur des grèves de femmes, les « midinettes », les « munitionnettes », les grèves de femmes disparaissant dans les média derrière le « masculin neutre », les fermetures d’usines, les femmes de service, les ouvrières du nettoyage et leurs luttes, « Ces mobilisations montrent qu’il s’agit aujourd’hui de prendre en compte les effets produits par le racisme qui cantonnement ces femmes à ces métiers ou elles sont déqualifiées et précaires et où se croise la division raciale et la division sexuelle du travail »…

En complément possible :

Sous la direction de Jules Falquet, Helena Hirata, Danièle Kergoat, Brahim Labari, Nicky Le Feuvre, Fatou Sow : Le sexe de la mondialisation. Genre, classe, race et nouvelle division du travaille-genre-est-un-organisateur-cle-de-la-mondialisation-neoliberale/

Jules Falquet : De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisationlinexistance-dun-neutre-universel/

Josefina L. Martínez : La classe travailleuse s’écrit au féminin et au pluriel, la-classe-travailleuse-secrit-au-feminin-et-au-pluriel/

 

J’ai particulièrement été intéressé par l’article de Leire Txakarget (residences-de-biscaye-victoire-syndicale-et-feministe/) sur une victoire syndicale de femmes. La détermination par la mobilisation ; le soutien et l’orientation d’ELA ; une large diffusion du conflit. Et un accord sectoriel pour 5 500 salariées (Journée de travail de 35 heures par semaine ; 140 euros d’augmentation mensuelle et salaire minimum de 1200 euros (974 dans l’accord national) ; 100% du salaire en cas d’arrêt pour cause de maladie, accident ou lésion professionnelle ; augmentation des bonus concernant le travail dominical et le travail de nuit ; maintien des clauses anti-réforme : ultra-activité, application, etc.)

Delphine Brochard interroge les indicateurs d’égalité professionnelle, la quantification de l’inégalité, ce qui est ou non fait dans les entreprises, les impasses méthodologiques, les indicateurs mal ou peu exploités, la très faible appréhension des « dynamiques inégalités à travers l’analyse des carrières », les formations nécessaires pour quantifier et analyser des inégalités, l’oubli de « la question de la ségrégation des emplois et sous-estimation des emplois féminins dans les classifications »…

Sophie Pochic présente une synthèse d’une recherche sur l’égalité professionnelle. Elle aborde, entre autres, le rôle positif de la menace de sanctions financières, le risque de conformisme et de standardisation « sans prendre le temps d’identifier les causes de la production des inégalités sexuées spécifique à chaque organisation, ses métiers et sa structure sociodémographique », la faible prise en compte de la pénibilité des secteurs d’emploi majoritairement féminin, la possibilité légale d’« actions positives », le mythe de l’égalité-déjà-là, la réduction entreprise par entreprise de la négociation, les cibles privilégiées dans l’oubli des salariées du bas de l’échelle – les ouvrières et les employées…

 

Sommaire

Partie 1 : Femmes et espace public

Corinne Luxembourg : L’espace public urbain à l’épreuve du genre

Gaëlle Gillot : Regard international sur l’accès des femmes aux espaces publics et ses implications citoyennes

Ada Bazan : S’approprier l’espace public : une démarche d’émancipation pour les femmes

Partie 2 : Luttes féministes et mouvement ouvrier

Michèle Perrot : Les femmes et le syndicalisme

Fabienne Lauret : Une féministe à l’usine – Préface d’Annick Coupé du livre de Fabienne Lauret : L’envers de Flins, une féministe révolutionnaire à l’atelier

Fanny Gallot : « C’est une grève de femmes ! »

Partie 3 : Quelles retraites pour les femmes ?

Leire Txakartegi : Résidences de Biscaye : victoire syndicale et féministe

Une expérience alternative : La maisondesBabayagas

Partie 4 : Quel bilan pour l’égalité professionnelle ?

Delphine Brochard : L’égalité, une affaire de chiffres ?

Sophie Pochic L’égalité professionnelle est-elle négociable ? Synthèse d’une recherche collective

Intersyndicales femmes : CGT, FSU, Solidaires

Journées intersyndicales femmes, formation-débat des 29 et 30 mars 2018

actesjif2018-fin

Didier Epsztajn


Des textes antérieurs :

Coordination : Évelyne Bechtold-Rognon, Nina Charlier, Annick Coupé, Élodie De Coster, Sigrid Gérardin, Cécile Gondard-Lalanne, Clémence Helfer : Toutes à y gagner. Vingt ans de féminisme intersyndical : dans-le-monde-du-travail-les-femmes-sont-tout-sauf-une-minorite/

Avant-propos et table des matières de l’ouvrage « Toutes à y gagner. Vingt ans de féminisme intersyndical » : avant-propos-et-table-des-matieres-de-louvrage-toutes-a-y-gagner-vingt-ans-de-feminisme-intersyndical/

Eléni Varikas : Flora Tristan et l’Union ouvrière : flora-tristan-et-lunion-ouvriere/

Nicole Mosconi : Rapport aux savoirs et égalité des sexes : rapport-aux-savoirs-et-egalite-des-sexes/

Annie Dussuet : Le travail domestique : des logiques prégnantes pour les femmes le-travail-domestique%E2%80%89-des-logiques-pregnantes-pour-les-femmes/

Intervention d’Odile Fillod aux Journées intersyndicales femmes 2017 : femmes-hommes-quelles-differences-naturelles/

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