Qui pouvait, mieux qu’un cannibale…

Difficile de résumer ce roman inclassable, très noir et pourtant hilarant, au personnage principal totalement atypique puisqu’on découvre très vite qu’il est… cannibale. Un monstre ? Aux lecteurs et lectrices de juger. Perpétuellement fauché, partageant son appartement avec un colocataire toxicomane, Timothy Blake vit chichement grâce à quelques arnaques fondées sur sa mémoire phénoménale et en résolvant des énigmes que des gens lui envoient.

Il aide occasionnellement le FBI à résoudre des enquêtes en échange d’une petite « récompense » en nature.L’enlèvement d’un adolescent de bonne famille va se révéler être une affaire plus compliquée que prévu et lui donner du fil à retordre. On suit cet enquêteur attachant (et son équipière, la séduisante et dure à cuire Thistle) dans la recherche de la vérité, on le voit en prise avec ses pulsions parfois incontrôlables, et on se demande au passage : où est le bien, où est le mal ? Qui nous fait le plus horreur : ce cannibale au sens moral très développéquiaimerait bien tuer et manger un humain de temps en temps mais qui n’en a pas le droit, ou ce bourreau qui a pour ordre de tuer les condamnés à mort mais qui ne le supporte plus ? Qui condamne-t-on : le toxico qui s’apprête à violer une femme à moitié inconsciente, ou notre héros qui préfère renoncer à une aventure avec une femme qui lui plaît pour ne pas être tenté de la mordre à pleines dents ? Vous l’aurez compris, le roman est prétexte à une critique impitoyable de la société américaine, où les flics sont prêts à employer les mêmes moyens que les criminel·e·s qu’ils combattent. Qui pouvait, mieux qu’un cannibale, dénoncer l’immoralité totale du système politique et capitaliste où chaque citoyen ne vit qu’en exploitant les autres ? Alors on en revient effectivement à la question posée en 4de couverture : « La faim justifie-t-elle les moyens ? » !

« Je ne suis pas un type bien. Je tue, je vole, je mens », affirme Blake. Et pourtant, se dit-on en refermant le bouquin, des types pas « bien » comme lui, on aimerait en voir plus souvent…

Jack Heath, Mange tes morts, Paris, Super 8 éditions, 2018 [Australie, Hangman, 2017]

Caroline Granier

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