Patriarcat et néolibéralisme

Tout d’abord, je tiens à remercier FiLiA et son équipe géniale d’avoir créé cette conférence et cette occasion de rencontrer tant de grandes militantes et de féministes.

Mon sujet est la résilience face au patriarcat et combien il est difficile de ne pas tomber dans ses pièges durant notre lutte contre celui-ci.

Alors que le patriarcat ne cesse de se réaffirmer, il réussit, et a réussi, à rendre obsolètes nos luttes, du moins dans les pays occidentaux ou ceux du Nord global (1), en nous projetant directement dans une première série de pièges. L’idée pour les hommes est de diriger l’attention vers d’autres pays, ailleurs, de préférence vers le sud ou l’est, et vers les sociétés qui s’y trouvent. Il s’agit en fait d’une ruse très ancienne, car le libéralisme et le colonialisme sont liés (2), et cela fonctionne ainsi : « Nous n’avons pas de vrais problèmes ici, mais regardez là-bas ! C’est là que vous devriez regarder. Les pays arabes ! » La réaction immédiate à cela pourrait facilement être pour une féministe allemande de souligner que l’Algérie compte en fait plus de femmes comme représentantes au parlement que l’Allemagne, et d’avoir la satisfaction de voir la suffisance s’effacer des visages des « dénonciateurs ». Mais cette réaction est erronée car elle nous enferme déjà dans des sophismes typiques, mais implicites, celui de « notre » supériorité, parce que pourquoi l’Algérie n’aurait-elle pas plus de femmes que l’Allemagne au parlement, ou quel genre de mentalité accepte que l’Algérie puisse être utilisée comme une insulte aux Allemands ? Et cela va plus loin. Ayant déjà planté mon pied droit fermement dans la tourbière patriarcale, laissez m’y enfoncer le pied gauche tout du long aussi. Nier les différences ou souligner que le patriarcat est partout et que nos luttes sont les mêmes partout peut nous faire rater des informations importantes sur nos sœurs, peut nous conduire, en l’occurrence les féministes occidentales, à ne pas voir où leurs luttes sont différentes ou où le cadre concret est différent. Ceci sert aussi à détourner l’attention et à la ramener gentiment à nous-mêmes. Et bien que je puisse me sentir sombrer dans ce marécage, permettez-moi d’ajouter le troisième piège, lorsqu’une reconnaissance des différences dans nos défis et nos luttes quotidiennes conduit à des idées comme celles proposées dans un de mes articles « favoris », qui affirmait que les filles musulmanes au Pakistan avaient des valeurs de solidarité familiale, ce qui signifie qu’elles ne voudraient pas, ou n’auraient pas besoin, de liberté individuelle.

Nous avons déjà passé trois pièges en revue, et je n’en suis qu’à la première moitié de ma première page.

Une autre astuce, pire encore, est que ceux qui bénéficient du patriarcat et du néolibéralisme se présentent comme des alliés, tout en ne soutenant que certains aspects des luttes des femmes pour leur libération, et ce, de manière à s’assurer que les femmes ne bénéficient pas vraiment d’aucune réussite, du moins pas au détriment des hommes.

Bien sûr, il est plus facile de faire une analyse en regardant la situation par après que lorsqu’on est coincé au milieu. Toute l’idée de libération sexuelle de la fin des années 60 et du début des années 70 me vient à l’esprit. La libération sexuelle a été et est toujours une lutte féministe. Lorsque les femmes parlaient de vouloir avoir des relations sexuelles sans être mariées, ou du droit au divorce, ou d’avoir les mêmes normes morales pour les femmes que pour les hommes en matière de sexe, les hommes comprenaient plutôt l’accès sexuel complet aux femmes sans aucune obligation. Ils étaient et sont heureux d’appuyer ce droit, bien qu’ils le restreignent quelque peu aux jeunes femmes et aux célibataires. L’avortement est une question similaire. Nous savons pourquoi nous voulons le droit à l’avortement. Et pourquoi beaucoup d’hommes le veulent.

Les revendications de libération sexuelle des femmes nous conduisent à la rhétorique du « travail du sexe » et au mythe de la « prostituée heureuse », et à son droit d’exercer cette « profession » si elle le désire. En Allemagne, les partisans de la prostitution nous rappellent toujours le droit d’une femme de choisir sa profession, garanti par l’article 12 de notre loi fondamentale et par une décision de la Cour suprême concernant le « travail sexuel » – il est vraiment encourageant et réconfortant de voir combien d’hommes se consacrent à la cause et défendront en peu de temps le droit des femmes à la prostitution ! Ceci dans un pays qui a l’un des taux les plus bas de femmes au parlement, dans les postes de direction ou dans les sciences.

De la lutte des femmes pour l’accès au travail rémunéré et pour la garde des enfants, nous obtenons un réalignement des droits à la pension qui pousse pratiquement toutes les mères célibataires dans la pauvreté. Au nom de l’égalité, de l’indépendance et du féminisme, et de nos luttes pour inclure les hommes dans les soins aux enfants, nous obtenons le « mouvement pour les droits des pères » qui, avec les « artistes de la drague » (pick-up artists) (3), forme le pire type de masculinistes.

À partir de la compréhension cruciale de la différence entre « sexe » et « genre », avec le genre lié aux rôles sexuels, c’est-à-dire un ensemble de stéréotypes qui nous sont imposés en fonction des besoins actuels d’une société, nous obtenons une politique qui cherche à nier le sexe et notre corps, et nos possibilités d’en parler. C’est certainement là que le patriarcat atteint un cercle complet – le corps féminin comme indicible, comme celui qui ne doit pas être nommé, qui doit être réprimé parce qu’il est si offensant, si menaçant, un corps qui provoque des civilisations entières de sorte que des religions entières ont dû être inventées pour nous en protéger. Ce corps est à nouveau rejeté comme il l’a toujours été : en ne le mentionnant pas, en le déclarant hors limites ou hors discours, ou comme sale, en utilisant la violence contre lui lorsqu’il est visible, souvent dirigée contre nos organes sexuels (4), ou en le cachant sous des images qui l’esthétisent ou le codifient hors reconnaissance, toujours fermement liées au regard masculin et à l’évaluation qu’il en fait. On nous dit de ne pas mentionner les menstruations, ou de ne pas nommer notre utérus ou notre vagin comme étant féminins, comme faisant partie de notre physiologie féminine, car cela pourrait déranger ceux qui n’ont pas cette physiologie. Eh bien ! Quelle surprise que ce retour au patriarcat! Tant de patriarcat a été construit autour de nos corps étant nos corps.

Puisque le corps féminin existe, la lutte porte sur la représentation, c’est-à-dire le langage. Ce corps n’est pas censé avoir d’autre signification que celle que les hommes lui attribuent, et si la société, ou les hommes qui la composent, se sentent mieux en n’en entendant pas parler, ou en ne l’appelant pas « femme », ou en le remplaçant par des références à diverses fonctions ou parties du corps (porteuse d’utérus ou menstruatrices), c’est de quelque façon supposé être progressiste. Parce que nous ne voulons pas être liées à nos capacités de reproduction, n’est-ce pas ?

Eh bien, bon sang, non. Et oui, c’est un piège. Pendant que nous y sommes, en réfléchissant à ces paramètres, permettez-moi de revenir sur le titre de cette séance – qu’est-ce que tout cela a à voir avec le néolibéralisme ?

En bref :

(1) Le corps, notre physicalité, le fait d’être né et de mourir un jour, résiste à l’interprétation. Nous mourrons, et c’est inacceptable, nos grands esprits cesseront de travailler et disparaîtront, et nous ne mourrions pas si nous n’étions pas nés au départ, et c’est la faute de maman. Et puisque vous élevez des enfants, à qui sont ces enfants de toute façon ?

Note : Je ne dis pas que les naissances et la mort, et comme corollaire les corps des femmes, doivent être vus comme ceci ou à travers cette lentille. Je dis que c’est l’opinion dominante dans le patriarcat.

(2) Le néolibéralisme a besoin de l’agent libre dans une société libre en engagement libre avec d’autres agents libres, et l’idée de corps, de naissances, de décès est tout aussi inacceptable pour le néolibéralisme que pour les sociétés patriarcales antérieures, elle doit encore être réprimée pour que la société fonctionne, mais d’une manière convenant aux exigences néolibérales actuelles.

Participez aux avancées technologiques et médicales et à une extension logique de l’idée que l’être humain en tant que couronne et gloire de l’existence (sous-entendu les hommes !) peut faire ce qu’il veut et que l’esprit domine la matière, et nous sommes – enfin – arrivés au paradis ! La maternité de substitution, le « travail du sexe », les robots sexuels, l’identité de genre – enfin ! Le divorce complet du corps et de l’esprit, l’esprit ayant tout. Et pourtant, le fait que cela ne fonctionne pas explique l’agressivité du mouvement pour les droits des hommes et des parties du mouvement trans qui prennent volontiers en charge ces demandes d’accès et de remplacement de nos corps, et les cascades de propagande respectives. Cela met en lumière la rapidité avec laquelle les préoccupations patriarcales sont divisées en un mouvement traditionnel et conservateur et un mouvement progressiste, l’un cherchant à s’approprier le corps féminin, l’autre à nier son existence ou son sens. Elle réédite un drame masculin perpétuel de rejet perpétuel du corps féminin, des femmes, de la féminité et de la femillité, pour se réapproprier tout cela lorsque les développements du capitalisme et du libéralisme exigent un repositionnement des hommes pour que l’ordre actuel fonctionne et que ses rationalisations, ses justifications soient acceptées par les sociétés.

Cela contribue également à expliquer le classisme et le racisme contre lesquels nous luttons, car l’« offre » en corps féminins est déléguée à celles d’entre nous qui sont marginalisées, racialisées, de la classe ouvrière. Qui peuvent commencer une bataille, mais ne seront pas entendues.

Il y a d’autres aspects à cela, dans cette appropriation incessante de nos luttes tout en rejetant leur essence, à propos des incohérences de fonder une lutte libératrice sur « l’identité » tout en prétendant ou tentant de critiquer la société qui a donné naissance à cette « identité » – et d’éviter encore un autre piège, celui d’abandonner trop vite certains de nos concepts fondamentaux. Tout comme la libération sexuelle, l’identité et les sentiments vécus en tant que femme ont été au centre de notre engagement et de notre prise de conscience, nous nous dirigeons vers beaucoup de problèmes en rejetant trop rapidement ces idées comme base de notre politique.

Comme je n’ai pas de réponse rapide pour me démêler de ce piège-là, permettez-moi de ramener mon propos sur les défis plus immédiats posés par le patriarcat, ceux qui nous sont présentés dans la perpétuelle « crise de la masculinité », qui se réorganise de manière dangereuse.

Je soutiens que la « masculinité en crise » et les comportements qui en découlent ne sont qu’un exemple de plus des stratégies patriarcales, car le contrecoup de cette « crise » permet aux hommes de scinder le mouvement masculin en un mouvement « traditionnel et réactionnaire   vs un mouvement « libéral et progressiste ». Les hommes peuvent s’associer aux adversaires du patriarcat « traditionnel » et s’assurer que rien ne se passe tant que cela permet le drame, la démagogie et que les hommes plus jeunes remplacent enfin les hommes plus âgés au pouvoir avec l’aide des femmes, dans un triangle œdipien de type politique (et mes excuses pour être très freudienne ici) – certains aspects du mouvement #metoo qui se dessine chez quelques hommes viennent à l’esprit.

Surtout, cela les aide à nous pousser dans ces retranchements, à nous traiter à la fois d’intolérante, de salope, de prude, de feminazi et de nazi.

En même temps, nous voyons défiler l’extrême droite, nous voyons des rassemblements fascistes dans nos rues, et des partis fascistes et/ou de droite dans les parlements de nos pays, la masculinité « traditionnelle » en action.

L’impact de la montée de l’extrême droite pour nous est : l’utilisation de notre temps et de notre travail dans les manifestations antifascistes, et oui – je nous exhorte toutes à y prendre part ; avec cela, une acceptation tacite que nos préoccupations sont secondaires par rapport à l’affaire en cours ; une acceptation tacite du sexisme décontracté et ouvert du mouvement antifasciste, comme en témoigne les slogans sexistes et violents, la musique, les raps, les descriptions sexistes des femmes d’extrême droite (« nazi-slut ») – tout cela au nom de l’unité, tout cela au service des « hommes progressistes ». Il est entendu que nous ne devons pas nous attaquer au harcèlement ou aux agressions sexuelles, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du mouvement, ni aux incidents de harcèlement ou d’agressions sexuelles commis par des hommes qui sont demandeurs d’asile ou réfugiés, que ce soit au sein de leur communauté ou à l’extérieur d’elles. Il est toutefois important de souligner ici qu’il n’y a pas eu d’augmentation des crimes sexuels après l’arrivée des réfugiés en Allemagne en 2015. Il est également important de souligner que le fait de déclarer le sujet tabou, tant pour les « féministes blanches » que pour les féministes et les femmes issues de l’immigration, n’aidera pas à contrer une menace nazie, et ne va certainement aider aucune femme. L’intersectionnalité dans notre féminisme, ici même où nous sommes et où que soient les femmes, est ce qui va certainement aider.

La menace nazie, ou fasciste, ou d’extrême droite, qui nous est expliquée comme étant une question de « masculinité en crise » fonctionne très bien pour la gauche comme pour la droite. De la droite, ce sont des menaces directes : « Sois gentille sinon ! », et de la gauche, c’est une menace par intermédiaire, ou par procuration : « Sois gentille et soutiens-nous contre ces hommes-là, sinon ! » Alors que cela expose la « masculinité en crise » comme une autre forme de stratégie utilisée par le patriarcat pour demeurer intact – et soyons réalistes, la masculinité est en crise depuis au moins 7 000 ans – cela signifie que les femmes sont toujours appelées à se rallier derrière certains groupes d’hommes et à s’opposer entre elles.

Et pourtant, nous ne pouvons ignorer la menace que représente la montée actuelle de la droite dans le monde. La dernière « masculinité en crise » en Allemagne nous a donné le fascisme et la Seconde Guerre mondiale.

Sur le plan pratique, la montée de la droite contraint notre temps et nos possibilités pour les luttes féministes, pour l’organisation et pour l’analyse féministe et la façon de l’appliquer – simplement parce que nous sommes forcées de lutter pour garder l’avortement accessible (celles qui ont la chance d’avoir le droit à l’avortement) ou pour le rendre accessible, ou d’empêcher qu’un refuge pour femmes ne ferme, ou d’assurer son financement – et ensuite, on nous fait la morale en parlant des dangers du « féminisme à action unique ».

Nous sommes donc écrasées des deux côtés.

Ce qui m’amène à la partie décisive de mon exposé – quelles sont nos stratégies ? Que pouvons-nous faire, différemment ou en plus de ce que nous faisons déjà ?

Ce que nous pouvons faire, c’est sortir de ces questions dans la mesure où ce sont des drames masculins, séparer le premier plan de l’arrière-plan (5), appliquer l’analyse, et toujours centrer les femmes. Cela signifie chaque femme, où qu’elle soit, et lui permettre de parler. Et d’écouter.

Cela signifie qu’il ne faut pas rejeter nos principes de base à cause de la destruction néolibérale. L’avortement, la libération sexuelle, le « genre » en tant que rôles sexuels, l’identité, sont importants pour nous. Ne pas laisser l’une ou l’autre partie dicter le cadre de nos débats. Comme l’a souligné Pragna Patel dans « Le féminisme est un enjeu laïque » – ne les laissez pas nous enlever des termes comme « tolérance ».

Comme nous centrons les femmes, ne dénigrez jamais une femme. Peu importe qui elle est, c’est une femme qui essaie de survivre dans le patriarcat. Remettez en question ses déclarations ou ses politiques, ses points de vue, mais il faut mettre un terme à toute forme de dénigrement.

Soyez visibles en tant que féministes. Dans chaque manifestation. Si l’appel est « agiter, éduquer, organiser », le plus immédiat est : « écrire, parler, insister ». Écrivez des lettres aux députés, aux rédacteurs en chef, utilisez les médias sociaux, partagez les connaissances des groupes, allez dans les bureaux des ONG, des membres du parti – soyez une source de douleur là où ça fait mal.

 

Présentation d’Inge Kleine à la conférence FiLiA de Salford, Manchester du 20 et 21 octobre 2018

Inge Klein est linguiste et historienne. Elle enseigne à Munich. Spécialiste de l’industrie du sexe, elle est chargée de recherches et de traduction pour plusieurs ONG allemandes.

Texte original : https://filia.org.uk/filia2018/2018/11/3/patriarchy-and-neoliberalism-by-inge-kleine

Traduction : Claudine G. pour le CRP.

Révisions : Sasha L. pour le CRP.

Mise en page : Lise B. pour le CRP.


(1) Lecture suggérée (parmi tant de livres) : Kat Banyard, L’illusion d’égalité : La vérité sur les hommes et les femmes aujourd’hui (Equality Illusion: The Truth about Men and Women Today). Faber&Faber, 2010.

(2) Le lien entre libéralisme et colonialisme (version très brève) : Ils se sont développés en Europe à la fois comme un état d’esprit et comme une pratique, à peu près à partir du début du XVIIe siècle. Le lien entre les deux est le commerce. L’arrivée de Christophe Colomb dans les Caraïbes, les inventions dans les technologies navales, l’augmentation du commerce outre-mer, les premières colonies, les postes de traite fondés pour systématiser l’exploitation des « nouvelles » zones et des peuples, et les vastes profits qui en découleraient, nécessitaient un être humain « nouveau » – un être humain qui ne soit lié à aucun sol ou terre dans un système féodal ou ses résidus, ou par la famille, une personne n’ayant pas besoin de tenir compte des restrictions ou des règlements convenus au sein de certaines guildes ou cadres municipaux, une personne de confiance pour se déplacer, faire du commerce et des affaires, trouver et investir dans des sociétés commerciales, s’occuper de ses propres affaires (effectivement et intentionnellement : les siennes à lui !), signer ses propres contrats. Une personne qui ne surveillera aucun enfant pendant qu’elle travaille, qu’elle voyage, qu’elle soit au travail ou à la maison, c’est-à-dire qu’elle sera séparée de son lieu de résidence et de son lieu de travail. Celui dont l’excellence dans tout ce qui précède signifie qu’il a le droit d’exploiter, ou d’utiliser des personnes « moins excellentes ». D’où l’émergence d’un libéralisme centré sur l’individu libre et indépendant, commerçant avec d’autres individus libres (en novlangue : des agents) qui n’ont besoin d’une société ou d’un État que pour garantir leurs biens, gagner des guerres et faciliter le commerce. Alors que les Européens ont commencé à coloniser d’autres pays, ils avaient aussi besoin d’un « nouveau » libéralisme européen, c’est-à-dire d’un libéralisme résultant de ce besoin.

Si vous le voulez, vous pouvez y inclure la religion, avec la prédétermination calviniste et bien plus tard les idées de « destin manifeste ». Le début du XVIe siècle est aussi le siècle des luttes religieuses, des divisions, des persécutions, des guerres en Europe. C’est la version « linogravure » ou « gravure sur bois », car oui, en Grande-Bretagne le système féodal avait été aboli plus tôt, oui, il y avait eu du commerce auparavant, oui il y avait eu des persécutions religieuses et des pogroms auparavant, et oui la Renaissance et tout cela, mais le lien demeure. Pendant la révolution industrielle, cette idée d’individus libres et indépendants s’est temporairement effondrée lorsqu’il est devenu évident que nous, dans notre vie quotidienne, ne sommes pas égaux lorsqu’un individu utilisant son droit de signer un contrat sans intervention de l’État est un travailleur, et que l’autre est un propriétaire industriel ou minier. L’action coopérative a conduit à des restrictions quant à la liberté du propriétaire de l’usine de faire et d’exiger ce qu’il voulait sur son propre terrain, avec des réglementations sanitaires, des droits (collectifs) pour les travailleurs et des paiements régulant les entreprises (et rendant le capitalisme plus durable). Transposez ceci aux années 1980, puis à la fin des régimes communistes, et l’idée de libertés et de droits collectifs pourrait à nouveau nous être vendue comme restrictive (La société n’existe pas – Thatcher ; La terre est plate – Friedman) et, par conséquent : le néolibéralisme, une société qui prétend que les catastrophes de l’industrialisation n’ont jamais eu lieu.

(3) L’agressivité est visible dans la façon dont les enfants sont utilisés par leurs pères (et la société) pour dominer et terroriser leurs mères. Avec le droit des pères de décider où se trouvent les enfants, de cosigner tous les papiers, les mères sont effectivement liées à ces hommes qui utilisent les enfants comme un moyen de harcèlement et de contrôle. Le patriarcat et ses bénéficiaires, les hommes, transforment les enfants en armes contre les mères. En Allemagne, en France, au Danemark, en Belgique et dans un certain nombre d’autres pays européens, les pères peuvent revendiquer le droit à une garde légale égale combinée à une résidence égale des enfants, ce qui signifie un changement d’habitation de l’enfant tous les deux jours pour les bébés ou toutes les deux semaines pour les enfants en âge préscolaire ou scolaire.

Ils peuvent effectivement empêcher une femme de déménager dans une autre ville pour son emploi, s’ils trouvent un juge disposé à décider que cela porterait atteinte à leurs droits à la garde. Alors que certains pères s’engagent dans ce modèle pour éviter de payer pour les besoins de leurs enfants, l’agressivité avec laquelle ce modèle est mis en œuvre fait ressortir des problèmes plus profonds de misogynie plus sévère. Les femmes doivent être punies parce qu’elles sont mères, parce qu’elles quittent des hommes et parce que les hommes ne peuvent pas, au sens biologique du terme, être mère. Quelle que soit l’étroitesse de la relation entre un père et ses enfants, le fait qu’une mère soit celle qui donne naissance et celle qui allaite l’enfant demeure.

Il pourrait être éclairant d’étudier et de comparer la haine dirigée contre les mères, surtout dans le cas des très jeunes enfants et des bébés, dans les cas de divorces controversés, à la haine des femmes qui se manifeste dans certains aspects du mouvement transgenre actuel. Je crois que c’est la même haine, dans un cas dans un cadre visiblement réactionnaire (patriarcal) et dans l’autre, dans un cadre prétendument très moderne, « déconstruit », ou « queer ».

(4) Lectures obligatoires: Kathleen Barry, Female Sexual Slavery (New York University Press, 1979) et The Prostitution of Sexuality (New York University Press, 1996)

Lecture suggérée : Dee L.R. Graham, Loving to Survive : Sexual Terror, Men’s Violence and Women’s Lives (Feminist Crosscurrents) (New York University Press, 1994). Le livre peut être téléchargé ici : http://biblioteca-feminista.blogspot.com/2016/04/dee-graham-loving-to-survive.html

(5) Lecture suggérée: Mary Daly, Gyn/Ecology, The Metaethics of Radical Feminism.  Beacon Press, 1978). Le livre peut être téléchargé ici : https://www.feministes-radicales.org/wp-content/uploads/2010/11/mary-daly-gyn-ecology-the-metaethics-of-radical-feminism.pdf

https://ressourcesprostitution.wordpress.com/2019/02/03/patriarcat-et-neoliberalisme/

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