Quoi que j’imagine, c’est autre chose

Entrecoupés de petits passages en italiques, inspirés ou adaptés de textes mythologiques et religieux, une histoire découpée en paragraphes, le plus souvent de quelques lignes. Cette écriture choisie par Megan Hunter permet de poétiser l’angoisse sourde dégagée par les circonstances. Une montée des eaux et une femmes enceinte, « un animal imprévisible », les désastres écologiques et les migrations forcées.

Une femme et un accouchement prévu « dans l’eau, avec le chant des baleines, de l’hypnose, et peut-être même un orgasme », le temps de la montée des eaux, « plus vite qu’ils ne pensaient », le déménagement hors de la « Zone d’Engloutissement »…

Des personnes désignées par une initiale, l’hôpital, « Le troisième jour, ils nous mettent à la porte. Je suis tout juste intacte mais le garçon est entier, complètement fabriqué, auréolé d’un nom qui le portera jusqu’à sa tombe », la perception de l’autre, « son minuscule crâne de chat et sa merde à l’odeur sucrée », le début dans la vie, le sourire qui fissure, « l’irruption de celui qui est sincèrement amusé », la fuite migratoire, le temps de l’allaitement, « voilà son aller-vers concentré, son ouvrir-téter-avalé controlé »…

Les autres lieux, le silence « il existe tant de silences différents, et seulement un mot pour les désigner », un petit être humain et des gestes, les siens et ceux d’adultes bienveillant·es, des circonstances et des lieux peu favorables, les lèvres qui virent au bleu, l’hôpital de nouveau, le chagrin suite à une piqûre, le camps de réfugié·es, le temps des pleurs, les aptitudes sociales, la réduction de la nourriture, « le déjeuner devient une soupe claire. Une tranche de pain par personne », le temps et des événements ressurgis de la mémoire d’hier, « je parle au passé », les apprentissages, les rencontres, les odeurs partagées, les plages vides, la peur transférée et multipliée, quelque chose de différent, « Ce n’est plus un pantin que l’on traîne dans le chaos. Il a une forme », la bienveillance des murs blancs, « les faits exaspérants de l’existence des autres »…

La suite, une énigme à nœuds, être à/au sec, le sommeil et ces nuits « que plus personne ne fait », les rêves et les scénarios de mort, le refuge, accorder un mot ou deux…

Un commencement ?

Megan Hunter : La fin d’où nous parlons

Traduit de l’anglais par Aurelie Tronchet

Gallimard du monde entier, Paris 2018, 170 pages, 16,50 euros

Didier Epsztajn

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