Mettez les patins et pas les doigts dans le nez, et ne parlez que lorsque la/le journaliste vous interroge

L’éditorial aborde la condescendance et le mépris des éditocrates envers les gilets jaunes. D’une sympathie de façade au départ et « avec le temps de la mobilisation, et la publication de revendications sociales fortes, le ton des éditocrates va rapidement évoluer – qu’il s’agisse de contester d’éventuelles avancées sociales ou de dénoncer les violences… »

 

Sommaire :

Gilets jaunes : entre condescendance et mépris

Panique médiatique

Quand BFM et CNews préparent le « siège » de Paris

Appel d’Acrimed : face au traitement délétère des mouvements sociaux, mobilisons-nous !

L’irrésistible ascension de Benjamin Cauchy

Humiliations de lycéens : Giesbert et Barbier apprécient

Voile médiatique sur les violences policières

Vous avez dit « raisonnables » ?

Lieux de pouvoir : la carte des « pousse-au-crime »

L’amplification et la déformation des faits, dont ce risible « scènes de chaos dans Paris » (lire l’article : Quand BFM et CNews préparent le « siège » de Paris), souligne le régime de vérité tout particulier des gardien·nes médiatiques de l’ordre. Iels se mobilisent – mais ce n’est pas un terme qu’iels reconnaissent – « pour prescrire des mesures de « sortie de crise » », pour développer un « journalisme de solutions », des témoignages accablants d’une certaine panique devant des formes plus démocratiques de la prise de parole. Certain·es n’hésitent pas à confondre leurs propres paroles situées (et leurs choix politiques) avec une auto-proclamation de conseiller·es, non élu·es faut-il le rappeler, pour le maintien d’un ordre qui justement est contesté par les Gilets Jaunes. Les cris contre l’« intolérable » ne font pas écho à la misère, le manque de ressources, le chômage, la ségrégation, l’inégalité, etc. mais bien à la mise en cause de l’ordre libéral.

Et dans ces discours inflationnistes et verbeux, au nom d’une République jamais définie et qui semble leur appartenir en propre, iels mêlent, par exemple, la défense des monuments de l’Empire (Arc de Triomphe), la glorification des forces de police jusque dans leurs violences guerrières, les « équilibres » nouveau nom des asymétries et des dominations, le refus des paroles des « incompétent·es », la caractérisation de certaines revendications qui leur déplaisent comme « abracadabrantesques », la cohésion de la « nation » en dissolvant les divergences d’intérêts sociaux, etc.

Si certain·es parlent de « sentiment d’injustice » (laissant entendre par là que l’injustice ne serait qu’une perception), iels ne remettent en cause « ni la légitimité ni le fonds des politiques libérales menées » mais délégitiment en permanence celles et ceux qui justement contestent ces politiques et leurs effets.

Comme l’indique la revue, iels distinguent des revendications légitimes d’autres irréalisables (mais cela ne pourrait relever ni de la dispute démocratique ni de choix citoyens), édictent l’impossibilité des hausses de salaires, prônent une forme disciplinée et subordonnée de « dialogue social », choisissent des interlocuteurs et les désignent « porte-parole » (lire l’article sur Benjamin Cauchy), contribuent à construire « avec le gouvernement, un récit anxiogène autour des mobilisations »…

Je souligne l’importance de l’appel face aux dérives médiatiques et à la démobilisation sociale, face-au-mepris-des-medias-dominants-a-leur-traitement-deletere-des-mouvements-sociaux-mobilisons-nous/

Des lycéen·nes agenouillé·es avec les mains derrière le dos ou derrière la tête. Et certain·es d’approuver et de justifier au nom d’un mensonge typiquement orwellien « réprimer, c’est protéger »…

De manière plus générale, les violences « en manifestation » lorsqu’elles sont commises par la police sont sous-estimées, relativisées, voire justifiées. Des discours répressifs et sécuritaires dominent sur un certain nombre de plateaux télévisés, le point de vue policier est adopté au nom d’une conception flash ball de l’information, « ils accréditent un point de vue policier : toute violence de l’Etat serait par nature et en toutes circonstances légitime, et donc incontestable, d’autant qu’elle serait en l’occurence exclusivement défensive ». Les manifestant·es seraient « irresponsables » mais en aucun cas la police… sans oublier des appels ouverts à la matraque, à la répression, à l’interdiction de manifestation.

Le Monde diplomatique  a publié une carte indiquant des lieux de pouvoirs, une description saisissante d’une certaine forme de ghettoïsation. Et certain·es éditocrates considèrent que cela serait « un pousse-au-crime », qu’il ne faudrait pas publier des informations jugées « dangereuses ». Montrer des réalités relèverait du « lynchage », d’« appel à la haine »…

Il s’agit bien d’un appel à la censure de certaines informations. D’autres avec un grand sens du ridicule vont jusqu’à exprimer : « Un pays pauvre est d’abord un pays qui n’a plus de riches ». Et dire que certain·es sont payé·es pour cela !

Une nouvelle fois, l’œil et l’oreille de la critique sur des médias dominants. Plus que nécessaire en cette période de luttes sociales et de disqualification des mobilisations et des citoyen·nes en gilets jaunes ou non.

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Médiacritique(s) N°30 – janv. – mars 2019

Le magazine trimestriel de l’association Acrimed

32 pages, 4 euros

Didier Epsztajn

Une réponse à “Mettez les patins et pas les doigts dans le nez, et ne parlez que lorsque la/le journaliste vous interroge

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