Préface à Die österreichische Revolution (La révolution autrichienne) d’Otto Bauer

Je dédie ce livre aux hommes de confiance de la classe ouvrière autrichienne : aux milliers d’hommes de cœur qui, pendant la guerre, ont tenu bon face à des autorités militaires ivres de sang ; aux milliers de militants dont le courage, l’intelligence et le sens des responsabilités ont, à maintes et maintes reprises durant la révolution, sauvé du désastre la classe ouvrière autrichienne menacée par la famine, le désespoir et les illusions ayant cours dans ses propres rangs ; aux milliers qui luttent aujourd’hui pied à pied pour repousser les attaques d’un ennemi ne voyant et n’entendant rien que sa haine. Puisse ce livre aider ces milliers de combattants à comprendre le vaste cadre historique qui donnait son sens à la guérilla que chacun d’entre eux a menée dans son entreprise, dans sa commune, dans son organisation, et puisse cette intelligence être une nouvelle source de perspicacité, d’énergie, de confiance dans l’avenir pour les luttes qui nous attendent !

Je dédie ce livre à mes camarades de l’armée autrichienne : aux officiers, sous-officiers et soldats social-démocrates. Le combat qu’ils ont à mener actuellement est le plus difficile des combats, un combat qui exige au plus haut degré fidélité à ses convictions, ténacité, intelligence. Puisse ce livre leur dire que l’enjeu de la lutte est digne des sacrifices qu’elle impose !

Je dédie ce livre aux intellectuels autrichiens, aux ingénieurs, aux médecins, aux enseignants, et plus spécialement à la jeunesse estudiantine qui souhaite comprendre la lutte d’émancipation de la classe ouvrière. Puisse-t-il les aider à dissiper le brouillard dont les enveloppent les préjugés de classe, la haine de classe, les mensonges de classe que déversent sur eux d’innombrables organes de presse et d’innombrables autorités académiques.

Mais j’ose aussi dédier ce livre à tous ceux qui, dans le monde entier, suivent les enseignements de Marx. Car à eux aussi, il prétend dire un certain nombre de choses.

Le socialisme scientifique est né du travail accompli pour assimiler deux expériences immenses : celle de la révolution industrielle du dix-neuvième siècle et celle des révolutions politiques de 1789 à 1871. Le monde que Marx et Engels ont étudié a été complètement bouleversé par la guerre et la révolution. C’est seulement en travaillant sur ce que nous avons vécu pendant la guerre et pendant la révolution, sur cette foule d’expériences nouvelles, que le socialisme scientifique pourra prendre la mesure du monde tel qu’il est maintenant. C’est seulement en faisant de ces expériences nouvelles l’objet d’un travail scientifique que pourra se développer le socialisme du vingtième siècle. Ce livre voudrait être une modeste contribution à ce grand œuvre. Les interactions entre révolution nationale et révolution sociale, les profonds changements que la révolution fait subir à l’État, à la démocratie, aux relations que la classe ouvrière entretient avec l’État et avec la nation ; le développement de types d’État d’une espèce particulière lorsque les classes en présence sont de force équivalente ; la fonction remplie par une phase de coopération entre les classes dans le développement des luttes de classes ; les interactions de l’économie, de la force et de l’esprit dans le cours de la lutte de classe révolutionnaire – autant de problèmes qui sont au plus haut degré d’intérêt général, et l’histoire de la révolution autrichienne peut – du moins est-ce ce que j’espère – contribuer significativement à y introduire un peu de clarté.

Otto Bauer

Vienne, le 6 mai 1923

Traduction : Gérard Billy


« Die österreichische Revolution » (La révolution autrichienne) comporte 290 pages (imprimées serrées !). Parution en 1923 à Vienne aux éditions du parti social-démocrate « Wiener Volksbuchhandlung ».

La première partie (Guerre et révolution : 70 pages) sera mise en ligne prochainement par chapitre.

  • 1. Les Slaves du sud et la guerre

  • 2. Les Tchèques et l’Empire

  • 3. Les Polonais et les puissances centrales

  • 4. L’Autriche allemande et la guerre

Ainsi que la critique acérée de Roman Rosdolsky du 4ème chapitre.

 

Les quatre autres parties concernent la fin de l’empire, puis seulement l’Autriche allemande :

II La révolution en pratique (Formation des États nationaux – La décomposition de l’empire – la république austro-allemande – révolution nationale et révolution sociale)

III L’hégémonie de la classe ouvrière (Forces révolutionnaires et forces contre-révolutionnaires – Entre impérialisme et bolchevisme – Révolution dans les entreprises – L’État et la classe ouvrière)

IV La période de l’équilibre entre les classes ( Bouleversements dans l’économie – La lutte pour les institutions républicaines – La lutte contre la contre-révolution – La république populaire)

La restauration de la bourgeoisie (Catastrophe monétaire – Le traité de Genève – Les résultats de la révolution et les tâches de la social-démocratie).

G. B.


En complément possible :

Introduction de Claudie Weill à la réédition de l’ouvrage d’Otto Bauer : La question des nationalitésintroduction-de-claudie-weill-a-la-reedition-de-louvrage-dotto-bauer-la-question-des-nationalites/

Didier Epsztajn, Patrick Le Tréhondat, Patrick Silberstein : Avant-propos à la réédition de l’ouvrage d’Otto Bauer : La question des nationalitésavant-propos-a-la-reedition-de-louvrage-dotto-bauer-la-question-des-nationalites/

Otto Bauer : La question des nationalitéslibre-declaration-de-nationalite-autonomie-et-auto-administration/

Roman Rosdolsky : Friedrich Engels et les peuples « sans histoire » La question nationale dans la révolution de 1848oppression-sociale-et-oppression-nationale/

Cinquième partie de la postface de Georges Haupt et Claudie Weill à l’ouvrage de Roman Rosdolsky : Friedrich Engels et les peuples « sans histoire »cinquieme-partie-de-la-postface-de-georges-haupt-et-claudie-weill-a-louvrage-de-roman-rosdolsky-friedrich-engels-et-les-peuples-sans-histoire/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.