A condition de ne pas s’éloigner

L’enfance dans les années 50 à Brest. L’Arsenal et les lointaines guerres de libération menées par le peuple vietnamien puis algérien contre le colonialisme français, « La France, c’est le criminel qui crie à l’assassin ». La république – hier comme aujourd’hui – bien réelle ne faisant que peu de cas du droit des peuples à l’autodétermination.

Le temps et la chronologie bousculés par le décès de Gina (Louis éprouvais un malin plaisir à appeler sa mère par son prénom, une forme de reconnaissance de la personne, loin des enfantillages perpétués par bien des adultes).

Les lectures, quelques fois à la lumière cachée dans la nuit, « La nuit, je voulais voyager seul », l’hôpital, la maladie et ces instants comme dissimulés, au moins un temps, « Sans la moindre conscience de la gravité de l’instant, les enfants dispersés s’engageaient, prématurément mutilés, sur un nouveau chemin ». La perception de l’« injuste cruauté », l’espoir d’un fin prochaine du cauchemar, mêlé au sentiment d’une impuissante colère, « Le jour s’était enfin arraché à la nuit » La solitude, la rage, et « L’inique absence rôdera longtemps ».

L’enfance, l’école, le travail « familial » de la grande sœur Laurence – au mépris de son enfance et de sa liberté -, le suivi du tour de France, les journaux, le PCF, les émois, « Totalement absentes du collège, les filles encombraient la tête des quatorze-quinze ans », les autres… Là-bas la mort des Rosenberg. Il ne faut pas oublier cette guerre dite froide.

La mer, la grand-mère, celle qui résiste aux choix du père, « Ajoutées au contentieux de ses intolérables rapports dominateurs envers maman, ses intentions à mon égard émoussaient un peu plus mon respect déjà bien abimé », le retrait de cette scolarité espérée, les révoltes, l’apprentissage, « Une école sans histoire-géo, sans anglais, dispensant un français rabaissé au minimum utilitaire, ne pouvait être une vraie école », les constructions et armes navales de Brest, les hauts murs de l’Arsenal.

« La solidarité de mes camarades réarmait ma confiance, réduite au silence dans le boucan des coups de marteaux ».

Une (des) écriture(s) comme ce ton et cette voix de Louis aujourd’hui décédé. Un livre chaleureux comme l’était cet « apprenti de la vie ».

Louis Aminot : Zef ou l’enfance infinie

Carnets de bord d’un apprenti de la vie

Editions Syllepse, Paris 2008, 198 pages, 14 euros

Didier Epsztajn

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