Solidarnosc : République autogérée

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Le programme de Solidarnosc a été approuvé par les cent délégués du premier congrès national (octobre 1981). Fruit d’un intense débat contradictoire, ce document synthétise les idées fondamentales qui animaient le syndicat qui trace ainsi les modalités d’un système politique autogestionnaire.

19e thèse  : Le pluralisme des idées, sociales, politiques et culturelles doit constituer la base de la démocratie dans la République autogérée

1. La vie publique en Pologne nécessite de profondes réformes qui devraient conduire à l’instauration définitive de l’autogestion, de la démocratie et du pluralisme. Pour cette raison, nous lutterons aussi bien pour le changement des structures d’État que pour la création et le développement des institutions indépendantes et autogérées dans tous les domaines de la vie sociale. Seule cette voie peut garantir la concordance des institutions de la vie publique avec les besoins de l’être humain, avec les aspirations sociales et nationales des Polonais. Ces changements sont également indispensables pour sortir le pays de la crise économique.

Nous considérons que le pluralisme, la démocratie et la liberté de jouir pleinement des lois constitutionnelles sont les garanties qui nous assureront que le sacrifice et l’effort des travailleurs ne seront pas une fois de plus gâchés.

2. Notre syndicat est ouvert et prêt à collaborer avec les différents mouvements sociaux, notamment avec d’autres syndicats créés après août 1980 et appartenant au grand mouvement de Solidarnosc, tels que le Syndicat des agriculteurs individuels, le Syndicat des artisans, le Syndicat des conducteurs du transport privé, et avec d’autres syndicats indépendants et autogérés auxquels les lois existantes interdisent de s’associer à notre mouvement. Ces lois, il faut les changer. Aujourd’hui, en Pologne, la liberté d’association syndicale et la liberté de choisir son syndicat ont une importance primordiale pour les travailleurs. C’est pour cette raison que nous considérons que la loi sur les syndicats est notre valeur la plus précieuse. Cette loi doit garantir les libertés ci-dessus mentionnées.

3. Notre syndicat entretient des liens particuliers avec l’Association indépendante des étudiants et avec les différents mouvements indépendants de la jeunesse, tels que le scoutisme. Ces organisations et associations se heurtent à des difficultés multiples, aussi bien dans leurs activités que dans leur enregistrement. Nous considérons qu’il est nécessaire de voter une nouvelle loi concernant les associations qui garantira aux citoyens une liberté totale d’association.

4. Nous estimons que les principes du pluralisme doivent s’appliquer à la vie politique. Notre syndicat aidera et protégera les initiatives civiques qui auront pour but de proposer à la société différents programmes sociopolitiques et économiques. Mais nous nous opposerons à toute initiative des dirigeants de notre syndicat tendant à créer des partis politiques. […]

20e thèse : L’autogestion authentique est la garantie d’une République autogérée

Le système qui lie le pouvoir politique au pouvoir économique, basé sur l’ingérence permanente du parti dans le fonctionnement des entreprises, constitue la raison principale de la crise actuelle de notre économie. C’est aussi la raison du manque d’égalité dans la promotion professionnelle. Le principe dit de la «  nomenklatura » rend impossible toute politique rationnelle de la promotion des cadres et fait des millions de travailleurs qui ne sont pas au parti, des citoyens de deuxième catégorie. La seule solution pour changer cette situation est la création de comités autogestionnaires de travailleurs qui donneraient le vrai pouvoir de décision aux personnels des entreprises.

Notre syndicat demande la restauration du principe de l’autogestion dans les coopératives. Il est indispensable de voter une nouvelle loi protégeant les coopératives contre l’ingérence de l’administration d’État.

21e thèse : Les structures autogestionnaires régionales, juridiquement et financièrement autonomes, doivent représenter réellement les intérêts de la population locale

L’authenticité de l’autogestion d’une structure régionale est fondée sur le principe des élections libres. Les listes électorales doivent être ouvertes à tous. Tous les candidats sont égaux. Une large campagne électorale doit être organisée pour permettre aux différents candidats de présenter leur point de vue. Les prochaines élections aux conseils nationaux doivent se faire dans les mêmes conditions.

Solidarnosc insistera sur ce point. Dans ce but, notre syndicat élaborera pour la fin décembre 1981 un projet du système électoral qui sera proposé à la Diète après une consultation de nos membres.

Les organes régionaux d’autogestion doivent avoir le droit de décider de l’ensemble des affaires régionales. Ils pourront être soumis au contrôle de l’administration de l’État, conformément à la loi. Ce contrôle se limitera aux examens de l’activité menée par ces organes pour statuer si elle est conforme aux lois. En cas de litige entre un organisme autogestionnaire et l’administration, ce sont les tribunaux compétents qui statueront. Les organes régionaux d’autogestion doivent avoir le droit de mener une activité économique. Ils doivent avoir également la possibilité de collaborer avec d’autres organismes autogestionnaires. Afin de pouvoir réaliser ces tâches, les organismes autogestionnaires doivent avoir le statut d’une personne morale et le droit de s’assurer de moyens financiers (impôts locaux, etc.).

Le premier congrès de Solidarnosc recommande à la commission nationale d’élaborer le projet de loi sur l’autogestion régionale selon les principes ci-dessus mentionnés. Ce projet sera soumis à la consultation et proposé à la Diète. Solidarnosc encouragera toute initiative des organismes autogestionnaires tendant à résoudre les problèmes liés à la crise économique.

22e thèse : Les organismes et les structures de l’autogestion doivent être représentés auprès de la plus haute instance du pouvoir d’État

1. Il est indispensable d’accorder aux syndicats le droit d’initiative législative.

2. Nous lutterons pour rétablir à la Diète le pouvoir le plus élevé. Le nouveau système électoral devrait lui donner un caractère vraiment représentatif.

3. Nous estimons utile d’examiner la nécessité de créer un organisme d’autogestion au plus haut niveau du pouvoir d’État. Il aura pour tâche de contrôler la réalisation du programme de réformes économiques et les activités des organismes autogestionnaires régionaux. […]

29e thèse : Le syndicat patronnera et protégera toute initiative indépendante tendant à introduire l’autogestion dans la culture et l’éducation nationale

Une des principales raisons de la crise de la culture et de l’éducation est le monopole d’État dans ces domaines. La société doit devenir maîtresse de sa propre culture et de sa propre éducation. L’État doit assurer tous les moyens nécessaires pour la réalisation des buts et des valeurs créés et reconnus par la société.

1. Le syndicat soutiendra toute initiative dans le domaine de la culture.

2. Il est indispensable de rendre les institutions culturelles autonomes ainsi que d’exercer un contrôle social de leurs activités.

3. Il est nécessaire de rehausser le niveau de la culture technique en stimulant la recherche et les inventions des ingénieurs et des techniciens. Le syndicat soutiendra la création d’associations indépendantes techniques ainsi que leurs activités.

4. L’élaboration de la politique culturelle et de d’éducation, la distribution des fonds destinés à ces fins relèveront de la compétence des organismes sociaux autonomes, acceptés par la société. L’administration doit être au service de ces organismes.

5. Le syndicat créera ses propres institutions culturelles et scientifiques. Il créera sa propre maison d’édition en utilisant les moyens d’impression de l’ancien syndicat (CRZZ) et il entreprendra des démarches afin de créer sa propre université.

30e thèse : Le syndicat soutiendra la liberté des recherches scientifiques et l’autogestion des institutions scientifiques

La subordination de la science aux intérêts politiques l’a rendue inefficace dans la lutte contre la crise sociale et économique. Le syndicat attend des milieux scientifiques une aide solide et compétente dans la réalisation de son programme. Il soutiendra donc toute initiative de ces milieux tendant à :

1. Assurer à la science l’autogestion et l’indépendance de tous les facteurs administratifs et politiques ;

2. Créer les conditions favorables à la réalisation des recherches dans la vie sociale, culturelle et économique du pays ;

3. Entreprendre des recherches concernant la sécurité du travail et de la santé publique. […]

32e thèse : Les médias sont la propriété de la société. Ils doivent donc la servir et être sous son contrôle

3 octobre 1981

Source : « Pologne : Le dossier de Solidarité (Gdansk, août 1980-Varsovie, décembre 1981) », L’Alternative (1982), n° spécial, janvier.

******

Solidarnosc : Résolution sur l’autogestion

L’attitude de notre syndicat en ce qui concerne les lois sur l’autogestion et sur l’entreprise d’État a été présentée dans la résolution du congrès du 8  septembre 1981. Elle était donc connue de la Diète de la République populaire de Pologne qui, le 25  septembre 1981, a voté la loi sur l’entreprise d’État et la loi sur l’autogestion des travailleurs de l’entreprise d’État.

La Diète a rejeté dans son vote le compromis accepté par le présidium de la Commission nationale de coordination concernant la façon de nommer le directeur de l’entreprise. Ce compromis était pourtant une importante concession de la part du syndicat dans le but de régler le contentieux sans recourir à la lutte. La Diète n’a pas non plus pris en compte la position du syndicat sur une série d’autres points importants concernant l’autogestion et l’autonomie des entreprises.

Malgré cela, le congrès, dans un esprit de conciliation, ne rejette pas ces lois dans leur ensemble. En accord avec la résolution précédente, le congrès décide de soumettre au référendum au sein des entreprises les paragraphes de ces deux lois qui s’éloignent clairement de la position du syndicat et qui mettent en danger l’autogestion et l’autonomie des entreprises et donc remettent en cause la reforme économique.

Nous souhaitons que des changements aient lieu dans les deux lois sur les points suivants :

1. Les règles concernant la gestion de l’entreprise. Le congrès considère que c’est le personnel qui devrait gérer l’entreprise en décidant de toutes les affaires importantes.

2. La règle déterminant la composition de la commission de préparation du concours pour l’élection du directeur, qui présente les candidatures à ce poste. Nous considérons que la détermination ainsi que la constitution de cette commission devraient relever du droit légitime du conseil des travailleurs, et de lui seul.

3. Le paragraphe déterminant les entreprises dans lesquelles les directeurs doivent être nommés et révoqués par l’autorité de tutelle. Le congrès considère que cette liste ne doit comprendre que les entreprises d’armement et celles qui dépendent du ministre des finances, du ministre de la justice et qui fonctionnent au sein des prisons.

4. Le paragraphe permettant à l’autorité de tutelle d’imposer à l’entreprise des tâches particulières. Nous pensons que cela ne peut avoir lieu que dans le cas d’une calamité naturelle ou des tâches qu’impliquent les impératifs de défense du pays. Dans tous ces cas, l’autorité de tutelle doit assurer les moyens matériels nécessaires et couvrir tous les coûts liés à l’extension de ces tâches.

5. La règle permettant d’imposer à l’entreprise son accès à une association d’entreprises. Le congrès considère qu’une telle loi ne peut concerner que les entreprises mentionnées dans le point 3.

La Commission nationale présentera à la Diète les résultats du référendum et déposera une motion demandant le changement en conséquence des lois concernant l’entreprise d’État et l’autogestion dans une entreprise d’État.

Le Congrès considère que le contenu des décrets d’application des deux lois et des lois les accompagnant devrait être décidé en commun avec les syndicats.

Dans la lutte pour l’autogestion des travailleurs et pour la socialisation des entreprises, le syndicat continuera à agir en accord avec la volonté des travailleurs. Le syndicat assure les travailleurs qu’il entreprendra toutes les démarches nécessaires à la défense de l’autogestion.

Le congrès appelle tous les travailleurs à créer d’authentiques organes d’autogestion des travailleurs sur la base des résolutions du syndicat.

3 octobre 1981

Source : « Pologne : dossier de Solidar té (Gdansk, août 1980-Varsovie, décembre 1981) », L’Alternative (1982), n° spécial, janvier.

AUTOGESTION. L’ENCYCLOPÉDIE INTERNATIONALE

Editions Syllepse, Paris 2015, 2368 pages, 15 euros

https://www.syllepse.net/autogestion-l-encyclopedie-internationale-_r_76_i_648.html

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.