Théroigne et Cléo vont en bateau

aka Dites-moi où, n’en quel pays…

Divertissement donné à l’occasion de l’anniversaire de la Duchesse de Bovouard (9 janvier 1908-14 avril 1986)

Sur l’air du temps et de Strike the viol (Henry Purcell).

Pour Claudie Weill (1942-2018) qui savait tout sur Rosa Lu.

Pour agnès bb, créatrice du gilet aux treize boutons pression.

Oyez, oyez, Jeunettes, Jaunettes, Gilettes aux fines lames, Hyènes en jupon, Garces, Féministes tant qu’il le faudra, Barbes roses, bleues, vert d’O, orange et/ou citron, Yeux d’opale, Visages pâles, visages de cuivre, yeux d’or, Séraphita. Filles du vent. Piloselles, Putes et Insoumises, Cochonous et Cochonettes. Sœurettes disait-on dans un temps que les moins de vingt printemps ne doivent pas connaître. Babes in the Milkwoodin the Nightwood, Adèle. Jade. Butterfly. Jeunes Nayel et Alyssa, Violette et Viola, Lou, Loulou, Eléonore, Margo Margotton, viens chantons un joyeux Noël.

What do you do when the World’s on Fire ? L’hauteure de ces lignes, Still alive and kicking, non de nom ! vous annonce, sonnez hautbois, raisonnez musettes, la bonne nouvelle, die Frohe Botschaftdie Fröhliche Wissenschaft, la gaya scienza aka le Gai Savoir qui est aussi très gay. Freud, ça vous parle ? Ça veut bien dire « joie » chez notre cousine Germaine, non ? comme Jung veut dire « jeune ». Ainsi prêchait de Saint Germain l’Auxerrois, Gui M, mon bon maître Zen. Freud und nicht Leid, la joie qui vient toujours après la peine. Je ne vous ennuierai ni ne vous attristerai, nenni. Je ne vous compterai que du bel, du bon, du bonnette. Du vintage de la meilleure O. Ein Märchen – un petit cauchemar. A Nightmare dirait un Grand Breton imaginant un Brexit dur. Une variation sur le thème de Pierrette et la louve. Deux petits contes qui font les bonnes amies. Je vous chanterai la Ballade des dames du temps jadis # saperlipopettefuckthemacho.

Une dramolette

Acte I – Guerrières, Amazones, Héroïnes, Vésuviennes, j’en passe et des meilleures, des vertes et des moins mures, lave figée de l’Etna : Jeanne la bonne Lorraine/qu’Anglois brûlèrent à Rouen, Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Zora la Rouge. Guillaume-Schack Gertrud (e), la comtesse rouge. Rosa, Klara, et cætera. Chiara-Fosca G. qui enflamma la ville de papa. Lovely Rita, Marie-Simone R., Claudie W., Gudrun, Ulrike, Marie, Mara e le altre. Si l’on veut, toute l’Armée de Réserve Industrielle chère à nos 2 Karls. (altistes, barytons, basses).

On change de ton.

« Amante du carnage » (Baudelaire), « prostituée volontaire du peuple » (Lamartine) : les poètes du XIXe siècle ont fixé la légende noire, née pendant la Révolution sous les plumes royalistes, d’une Théroigne débauchée et sanguinaire. Figure fantasmée, elle incarne alors la violence révolutionnaire, et la folie furieuse qui guetterait toute femme transgressant son rôle domestique ».

Dame Dominique Godina, qui façonna une thèse avant-gardiste sur les femmes du peupledans le Paris de la grande Révolution (Citoyennes Tricoteuses, Paris, éd. Alinéa, 1988, rééd. Perrin, 2004), présentait de telle manière la ci-devant Théroigne. Dame Roudinesca, experte ès Rêves & Révolutions, lui consacra, pile-poêle pour le Bicentenaire, une variante qui nous poing encore de Deuil et Mélancolie.

Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt qui fut, le temps d’un sonnet, Sisina :

« Imaginez Diane en galant équipage,

Parcourant les forêts ou battant les halliers,

Cheveux et gorge au vent, s’enivrant de tapage,

Superbe et défiant les meilleurs cavaliers !

 

Avez-vous vu Théroigne, amante du carnage,

Excitant à l’assaut un peuple sans souliers,

La joue et l’œil en feu, jouant son personnage,

Et montant, sabre au poing, les royaux escaliers ?

 

Telle la Sisina ! Mais la douce guerrière

A l’âme charitable autant que meurtrière ;

Son courage, affolé de poudre et de tambours,

 

Devant les suppliants sait mettre bas les armes,

Et son cœur, ravagé par la flamme, a toujours,

Pour qui s’en montre digne, un réservoir de larmes. »

Acte II– Les Fleurs du Surmâle, les Bacchantes, les Serpentines. La danseuse aux pieds nus. Le vilain genre, les sauteuses, demi sel, demi-mondaines : CléoGabrielle-Charlotte Réju, dite Réjane. Sarah Bernhardt est épargnée, sans doute à cause de Thomas (sans t. comme dans Theater). Colette, dite Coco, Dora Musi.Garçons manqués et garnements, gourgandines, goulues jusqu’à plus soif, Jane Avril, Hanako, Nanako. Petites rattes, petites sujettes, grandes sujettes, danseuse étoile. Erotique-voilée. Salomé. Vénus flexueuses. Josephine ! Be my Venus / Light the fire of my Desire. Explosantes fixes et starlettes aux longues quenottes. Et tout le corps de ballet de l’Opéra, naguère lupanar du Tout-Paris, de l’Europe des Nations, de France et de Navarre, de toutes les Russies. Aujourd’hui c + à l’Ouest.

One tootoo#. Dans les gazettes et dans les temples du Savoir, on s’intéresse hui aux ballerines, baladines, bayadères. Aux choristes, dames de chœur, entraîneuses, taxi girls, ménades, partenaires. Aux dames du Bois de Boulogne. Aux guincheuses, théâtreuses, bottines et cabotines. Nos bas-bleus, modernes chaussettes azur, esthètes juste ce qu’il faut, femmes savantes et précieuses ridicules tout à la fois, bésicles sur le nez dans leurs augustes fondations (façon Cédoudou et Pâtée) cherchent en danse et en rond. Elles ré-exhument des donzelles au bois dormant qui demandaient la paix pour quelques lustres encor. Elles déterrent aussi les phammes des temps heureux du Muet. Du sois belle et tais-toi. Du Flick y Frack. Qui troquèrent au bon moment les planches pour le silver screen. Des Nickelodéonnes qui étaient aussi des danseuses, tiens. Alla Nazimova de chez Diaghilev, Patsy Ruth Miller, qui fût, sous Uncle Carl, une si belle Esméralda. Brooks Louise et non Romaine. Et en doulce France, Stacia Napierkowska qui jouait toujours les Gitanes de service, avant que n’arrivât Tanit- Zerga. A cor et à cri. Bableu et Bacoutures, toujours impec. traquent l’impalpable, l’éphémère, le pas encore et never more. Le fixé sur pellicule, mis en boîte, restauré, numérisé. Archivé, parachevé à Bologne (Schiffosi borghesi, Ancora pochimesi !C ça ou RIEN.

Elles instructionnent. En saignent. L’une d’elles, cotillon simple et souliers plats, déterra par une nuit de décembre, la hache de guerre et une espèce disparue. Elle l’innomma. Oyez niñas al viento, ménines, minimes ! Comment s’appelaient-elles, les jolies mamans d’avant la Fin du Monde ?

Des demi-mondaines. Cléo, bien évidemment, mais Réjane également. C’est écrit d’ssus comme le porc salue. Si on vous l’dit kça dansait mais pas seulement, ces drôlesses. Les historiennes (tiens tiens) ont vérifié toutes les petits pantalons. Des demi-mondaines. La Vérité si j’mens.

Et comment elles étaient les demi-mamouthes des neiges d’antan ? Elégantes, un peu mondaines quand même ? Ah, ça ! Pas le côté de Guermantes. Pas la Duchesse Oriane, non mais des fois, ni la Princesse de Guermantes, Bavaroise de naissance. La dame en rose, j’vous dis, flanquée de Palamède, du côté de chez Swann. Odette plutôt qu’Odile. Sygne noir et cygne blanc. Il n’y a pas le feu au lac.

Du balai, le maître de ballet ! A la barre quand sonne le clairon. Hue Cocotte, Courtisane, Sgualdrina. On ne se cramponne pas, on baisse les épaules, on ne fait pas les doigts crochus. Jetés, ballonnés, balottés. Piqué, pas chassé, pas de Basque, déboulé, pas de polka, pas de chat. On me monte la gamba / la gambette. Rentrez popo, nom d’un chien ! Cléopâtre-Diane, fille illégitime d’un couple riche, ce qui pue un peu encore maintenant, Monsieur Wiki. Tombée si bas, avec ses danses exotiques, Nini pot’chien dans la dentelle. Nana, Lola Montès, Mata Hari. Elle qui posa pour Falguière, Tournachon alias Nadar et le peintre De Gars. Cléo de M’érrode dont nul oncques ne vit les oreilles. Cléo au diadème, aux beaux bandeaux. N’a-t-elle donc tant vécu que pour cette infamie ?

Une petite femme d’affaires pourtant. Son effigie circulait dans tous les missels, dans le Bocage et jusqu’à Yvetôt, Vattetôt sur mer, voire Etretat, du côté de chez Marcelline, comme nous le révéla Claude Picard, collectionneur avisé et grand érudit devant l’Eternel. Ainsi, je vous le dis, méchantes langues, ignarantes, envieuses et jaloux, censeurs et surveillantes-générales, Arsinoés rétrospectives comme l’Ange de l’Histoire de Oualter Benjamin, fit-elle ses petits sous, doublezons et pécule rondelet. Pas folle, la guêpe ! Cléo aux petons si petits si petits. Cléo qui inventait le divisme : Vous dansiez, j’en suis fort aise…

Je vous paierai, lui dit-elle,

Avant l’Oûtfoi d’animal,

Intérêt et principal.

En allemand, on dit cela : heimzahlen. Encore du grain à moudre pour Cassin Barbara.

Foi de quoi ? Cléo … et si ça n’était encore que de cinq à sept.

Bingo ! Foi de Sainte Agnès, patronne des fiancés, de la chasteté, des récoltes, des jardiniers, des jeunes filles, des vierges, des vivaces, des belleset de tout le bastringue. On la fête le 21 janvier. Le Jour de la mort de Louis le Seizième et de la tête de veau.

La castration, le castrat ? Le Castro ? Le sourire de Méduse ? Usée/médusée ? On ne nous la fait plus, à nous « la postérité affranchie ». Le cou, le coup, le coût. Le coucoucou.

« The cuckoo comes in April,

Sings a song in May:

In the middle of June she changes her tune,

And in July she flies away. »

Ri-Dodo.

Nicole Gabriel


1 Selon Kautsky, « les plus patientes des bêtes de somme » (die Proletarierfrau (l’épouse du prolétaire)… dasgeduldigste Lasttier).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.