Nous vous rappelons qu’il existe d’autres possibilités

Dans une courte introduction, Zythom parle de liens entre les personnes, des différents usages de l’Internet, de dimension politique, de la question de la soi-disant neutralité de la technique, de la censure et de la vie privée, de l’influence des choix techniques sur l’exercice des droits humains, de la nécessité de poser des questions…

« Ce livre est issu d’une idée : rendre accessible à tous les utilisateurs de l’Internet les débats politiques qui existent autour de ce réseau ». Dans son avant-propos, avant-propos-a-louvrage-de-stephane-bortzmeyer-cyberstructure-linternet-un-espace-politique/, publié avec l’aimable autorisation de C&F éditions, Stéphane Bortzmeyer aborde, entre autres, l’ignorance de ce qui se passe derrière l’écran, les fonctionnements résultats de choix politiques délibérés, les idées fausses…

« Voilà l’ambition de ce livre : expliquer le fonctionnement de l’Internet, aussi bien du point de vue technique qu’humain ; pas uniquement pour le plaisir de la connaissance mais également pour permettre au citoyen et à la citoyenne de comprendre les enjeux politiques du monde numérique ».

L’auteur nous rappelle que « l’Internet ne connecte pas des machines, il connecte des humains ». Derrière le fétichisme de la machine, des rapports sociaux entre être humains. Comment ne pas faire le parallèle avec le fétichisme de la marchandise, le fait qu’un rapport social des êtres humains entre eux se présente comme un rapport des choses entre elles… « Ce livre se fonde sur une opinion : l’importance des droits humains et de leur respect, que ce soit sur l’Internet ou ailleurs ; et sur une constatation : tout est politique, même ce qui paraît purement technique ».

Il termine son avant propos par quelques mots sur l’écriture inclusive, « L’écriture inclusive, ce n’est pas uniquement mettre des points médians dans les mots (par exemple « les citoyen·ne·s »). Cela désigne tous les moyens utilisés pour compenser l’absence d’un genre neutre dans la langue française, et pour éviter d’exclure la moitié de la population. Dans ce livre, j’utilise donc parfois le masculin, parfois le féminin, et parfois les deux, toujours en supposant que le terme désigne toute l’humanité. Donc, quand j’écris « les ingénieures », cela ne signifie évidemment pas que les ingénieurs (hommes) soient exclus »…

Dans une première partie, Stéphane Bortzmeyer présente l’Internet aujourd’hui, un réseau généraliste non dédié à un usage unique, des connections pour toutes sortes d’activités, des créations de « contenu », un outil de communication, un réseau, « tout réseau est social » ou dit autrement « L’Internet ne fait pas communiquer des machines, il fait communiquer des humains par l’intermédiaire de machines », ce qu’il en est des « réseaux sociaux » : des regroupements plus ou moins spontanés d’individus capturés par des grandes entreprises capitalistes, « Un réseau vraiment social reposeraient sur les individus et les associations, pas sur une poignée d’entreprises privées »…

Des problèmes, « Pour pouvoir diminuer les effets négatifs, il faut les analyser », l’enregistrement systématiques d’opérations banales, le droit de contrôler ce qu’on expose est un droit menacé par les possibilités de surveillance massive, les services vantés et les mensonges, les contenus qui font mal, les logiciels malveillants cachés, le harcèlement, la censure privée des grandes sociétés (GAFA), les faux positifs et les faux négatifs, les plateformes et leurs effets (point de dépendance, censure privée, « séquestration » de leurs utilisateurs et utilisatrices, encouragement aux comportements négatifs qui apportent de l’audience, influence sur les comportements…), les risques de panne… « Le reste du livre va être consacré à une analyse de l’infrastructure technique et humaine de l’internet, analyse indispensable si on veut s’attaquer à ces problèmes »

Dans une première partie « L’Internet derrière l’écran », Stéphane Bortzmeyer présente, de façon claire pour les profanes, les différents éléments permettant de construire une littératie numérique pour chacun·e, condition d’une maitrise raisonnée afin de ne pas rester simplement consommateurs/consommatrices dépourvu·es. Il souligne, entre autres, les enjeux techniques, la matérialité d’Internet, l’importance des interventions humaines, celle de la médiation de la communication entre tiers, les protocoles, l’adresse IP, la neutralité du réseau et ceux qui la viole, les noms de domaines et les DNS, les serveurs et leur gestion, la circulation des paquets, ce que voit l’utilisateur/utilisatrice, les applications, les logiciels libres et les logiciels privateurs, les problèmes de sécurité versus de vie privée, la surveillance et le traçage, les cookies, la cryptographie et ses limites, la communication directe de pair à pair, les chaines de blocs, ce qui donne le pouvoir, les dépenses d’énergie (car loin des fables sur la dématérialisation, la consommation d’énergie, reste un enjeu considérable pour la transition énergétique nécessaire), le rôle négatif de la centralisation, la politique et la gouvernance (une notion très inadéquate, un « joli mot » pour parler des mécanismes politiques).

Je souligne les explications sur l’absence de clarté dans la structure de décisions, ce bien commun – infrastructure partagée – qui ne fonctionne pas tout seul, les acteurs/actrices et leurs pouvoirs, l’opposition des intérêts, le rôle des Etats, les sous-traitances d’activité régalienne, les fournisseurs de logiciels et de matériels, le risque de « portes dérobées », les mal-nommés objets connectés – de fait des ordinateurs, les pouvoirs des opérateurs en particulier le pouvoir lié aux usages massifs, l’interopérabilité, la transparence nécessitant la publicité complète des débats, les régulateurs… « Pour résumer cette section sur la gouvernance de l’Internet, on peut donc dire qu’il y a de très nombreux acteurs, sans hiérarchie claire. Ils agissent parfois de concert, et ils s’opposent souvent. Et, quand ils agissent ensemble, ce n’est pas toujours dans l’intérêt des utilisateurs »

Et l’argent, ce qui fait tourner le monde, l’achat de la connectivité, l’asymétrie hors des échanges de pair à pair, la place des fournisseurs d’accès (FAI), la valorisation des données, le travail gratuit fourni par les utilisateurs et utilisatrices (en complément possible, Patrick Rozenblatt : Razzia sur le travail : Critique sur l’invalorisation du travail au 21e siècle)analyses-des-rapports-de-travail-non-reduits-aux-rapports-a-lemploi/), le Bitcoin (qui devrait être appréhendé comme rapport social et non simplement comme une « monnaie » désincarnée), les vendeurs de noms de domaine, les activités non-commerciales (« ces activités contribuent à façonner l’Internet tel qu’il est »), les droits et liberté et leur prise en charge…

La seconde partie est consacrée aux Questions de droits humains. Stéphane Bortzmeyer interroge les effets de nos actions/passages dans l’espace de l’Internet, les influences de la surveillance sur l’exercice des droits humains, des « droits universels, indivisibles et inaliénables » et non relatifs comme l’expliquent toustes celles et ceux qui appliquent des dérives autoritaires. L’auteur souligne les conflits qui peuvent exister entre des droits humains et les questions politiques ainsi posées. Les droits sont toujours inscrits dans une histoire et un contexte (une configuration de rapports sociaux), ils peuvent être par ailleurs toujours « améliorés ».

Un réseau créé peut-il assurer le respect des droits humains ? « on peut arrêter de croire que la technique est complètement neutre, étudier les conséquences des protocoles sur les droits humains et essayer d’améliorer ces protocoles à la lumière de cette analyse ».

Les techniques peuvent faciliter ou encourager certains usages, la relation entre la technique et la politique n’est pas unidimensionnelle et unilatérale, l’accès à l’Internet peut lui-même être considéré comme un droit humain, la littératie numérique nécessite « de nouvelles compétences, à développer et à enseigner » (l’auteur rappelle qu’il ne faut pas confondre analphabétisme numérique et illettrisme numérique) – ne pas comprendre les fonctionnement réduit les possibles aux « recommandations » orientées des GAFA et favorisent les inégalités. Il ne s’agit pas ici de démerde individuelle mais de solution collective à déterminer. Quels rôles peuvent jouer des intermédiaires, la sous-traitance, avec quels effets sur les droits ? Quant est-il des « chaines » qui sont censés nous libérer de taches fastidieuses ? – « il est donc sage de ne pas créer des positions de pouvoir si elles ne sont pas strictement nécessaires ». Comment déterminer les responsabilités, les dépendances et les indépendances ? – « il n’y a pas de programme « aveugle », se déroulant envers et contre tout ». Des « logiciels libres » (versus logiciels privateurs) certes, mais cela ne peut être confondu avec la liberté des utilisateurs/utilisatrices. La visibilité de nos actions entrainent une réduction de notre espace de vie privée ; le numérique augmente les possibilités de surveillance et les asymétries de pouvoir (stockage en masse et traitement des données), sans oublier les « portes dérobées »… 

« Nommer c’est contrôler », Qui détermine les noms des domaines ?

Qu’en est-il de la censure ? Loin des idées farfelues sur une conception libérale (plus « équitable » qu’égalitaire) de la liberté et son extension permise par le numérique, l’auteur souligne que « la règle c’est la censure », les listes de blocage gouvernementaux jamais explicites « ce qui interdit tout examen externe de son bien-fondé », la sous-traitance à des entreprises privées dont le principal déterminant n’est jamais la liberté d’expression, les attaques visant à rendre des services indisponibles, les ordinateurs zombies, les traçages à l’insu de chacun·e, les modifications de données en transit, la « sécurité » mais de qui ?, la neutralité – « l’internaute voudrait que l’on achemine ses paquets sans favoriser (ou défavoriser) tel type de trafic, ou tel utilisateur », l’espace commun…

Il ne saurait y avoir d’expression d’un « mais » après la défense des droits humains, les « nécessités » techniques sont souvent des prétextes. Il ne s’agit pas de penser un idéal mais de penser et d’agir politiquement sur les constructions, les fonctionnements, les frictions et les contradictions. Le monde d’Internet n’est pas hors de la politique…

Le titre de cette note est une phrase, citée par l’auteur, d’une organisation de critique des médias, aujourd’hui disparue, les Virtualistes.

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Stéphane Bortzmeyer : Cyberstructure

L’Internet, un espace politique

C&F éditions, Caen 2018, 270 pages, 22 euros

Didier Epsztajn

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