Une autre case que « princesse » à cocher

Georgette Sand défend l’idée qu’on ne devrait plus s’appeler George pour être prise au sérieux. Le collectif s’attache à déconstruire les stéréotypes, à renforcer la capacité d’émancipation des femmes et à améliorer leur visibilité dans l’espace public afin que dès l’enfance, les filles puissent connaître la diversité de celles qui composent ce monde.

Dans sa préface, Michelle Perrot parle, entre autres, des femmes oubliées, invisibilisées, d’une histoire aveugle qui ne connait que les « grands hommes », du collectif Georgette Sand « s’est donné pour mission de lutter contre toutes les inégalités sexuelles, les idées reçues, les ignorances insondables », de la nécessité de comprendre les mécanismes de l’invisibilisation, de la forme la plus insidieuse du rapt féminin dans/par le couple, de la très masculiniste règle grammaticale qui voudrait que « le masculin l’emporte sur le féminin » et de cet ordre linguistique récent (sur ce sujet, voire les travaux Eliane Viennot, dont non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin. petite histoire des résistance de la langue française, le-fusil-est-toujours-derriere-notre-nuque/), du refoulement des femmes comme expression d’une hiérarchie, du déficit des archives de femmes, de la beauté exigée et de l’intelligence considérée comme un danger…

50% de la population et 2% des noms de rues, une version de l’égalité à la française. (Sur des rues vantant des colonialistes, Guide du Paris colonial et des banlieuesla-resistance-a-legalite-et-a-la-liberte/).

« Les vainqueurs écrivent le roman de l’Histoire. Ils édifient un récit excluant celles et ceux qui ont perdu, transmettent une information partielle qui devient ensuite une vérité ». Et pourtant des femmes fortes, libres, indépendantes, bravant les obstacles et les diktats, insoumises à la police de genre mis en place par des hommes (au nom de la nature, de la soi-disant biologie, de dieu ou d’autres fantasmes ; mais toujours pour des intérêts et des privilèges bien concrets). Il faut expliquer les moteurs de effacement collectif des femmes de la mémoire et de l’histoire, « ce livre propose une déclinaison en kit pour comprendre, reconnaître et conscientiser le problème de la disparition des femmes dans l’histoire ».

Les autrices proposent une boite à outils de l’invisibilisation, les femmes invisibilisées par elles-mêmes, l’invisibilisation par la condescendance et la minimisation, les femmes invisibilisées par leur entourage familial ou sentimental, les femmes invisibilisées par l’Etat ou l’Eglise, les légendes noires (construction de mythe autour de leurs actions), les femmes connues mais méconnues, les contes de la gentille princesse (et le sinistre rappel : « Regardez du coté de la gardienne d’Auschwitz, Irma Grese », les femmes invisibilisées faute de disciples…

« Vous avez maintenant toutes les clés en main pour aborder les 75 biographies de ce livre, 75 femmes dont les vies méritent reconnaissance et dont nous espérons que vous tirerez le même plaisir à les découvrir que nous avons eu à les écrire ».

Les biographies sont regroupées en chapitre : les artistes, les aventurières, les méchantes inventées ou avérées, les femmes de pouvoir, les intellectuelles, les militantes, les scientifiques.

Des femmes oubliées, des femmes de talent, des femmes refusant d’être cantonnées au rôle de muse ou de « grande amoureuse », la dévalorisation des femmes et les soumissions au père ou au mari, des femmes gommées ou spoliées, des femmes dont la lumière a été volontairement masquée, des histoires déformées, des femmes aliénées à leur apparence physique, des autrices et des philosophesses, des femmes refusant les réductions à « fille de » ou « maitresse de », des femmes publiques, des combattantes, des féministes et des anti-esclavagistes, des femmes anti-colonialistes et anti-suprémacistes, des femmes et de l’égalité…

Des femmes à connaître, une mise en lumière de quelques-unes de ces êtres humains mis dans l’ombre par les pouvoirs masculinistes, des expressions fortes de notre passé à la fois commun et nié.

Trois extraits de la Conclusion et de la Postface :

  • « Il faut reprendre notre place, dans la rue, dans nos droits, dans le travail, dans la famille, mais également dans l’Histoire. La re-visibilisation fait partie du chemin vers la reprise du pouvoir par les femmes, de leur empowermeuf ».

  • « Ce n’est qu’en faisant la lumière sur ces femmes, en leur redonnant la qualité de modèles qu’elles méritent, que demain, inspirées par ces récits du passé, de nouvelle héroïnes verront le jour »

  • « Il suffit d’un nom, d’une femme, une seule fois, pour créer un précédent, un exemple, une autre case que « princesse » à cocher. Et les petites filles ne devraient pas avoir à les dénicher. Voilà pourquoi il faut beaucoup beaucoup de livres comme celui-ci »

Collectif Georgette Sand : Ni vues ni connues

Panthéon, Histoire, mémoire : où sont les femmes ?

Editions Hugo Doc, Paris 2017, 256 pages, 17 euros

Didier Epsztajn

Une réponse à “Une autre case que « princesse » à cocher

  1. Aujourd’hui dans un syndicat une femme doit en faire 3 fois plus qu’un mec pour être seulement visible. Pourquoi? j’ai une ou deux réponses

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