Journal des Editions Syllepse : N°62 – 6 janvier 2019

Après les bûches, le temps des cerises ?

Les éditions Syllepse vous souhaitent une bonne année 2019,
une année pleine de livres, « livres sans mouvement.
Mais livres qui s’introduisent avec souplesse dans nos jours,
y poussent une plainte, ouvrent des bals… » (René Char).


MOYEN-ORIENT ET AFRIQUE DU NORD

État des luttes

Collection : « Alternatives Sud »

Huit ans plus tard, que reste-t-il des « printemps arabes » ?

Une situation de guerre et de contre-révolution domine la région. Au premier chef, en Syrie, au Yémen et en Libye, bien sûr. Mais, en réalité, sous une forme menaçante, larvée ou discontinue, aucun pays n’y échappe complètement.

Instrumentalisés par les grandes puissances, ces conflits deviennent également, et de plus en plus, la scène où s’affirment et s’entrechoquent les intérêts et rivalités des puissances régionales émergentes (Iran, Arabie saoudite, Turquie…).

Le risque, toutefois, est de s’en tenir à une lecture uniquement géopolitique et occidentalo-centrée, autour des stéréotypes que les révolutions arabes avaient justement fait voler en éclats, pour se figer dans le (faux) dilemme de la dictature ou du chaos. Et d’occulter les acteurs, les enjeux et la dynamique des luttes sociales à l’œuvre.

La déclinaison des guerres actuelles renvoie moins aux effets qu’aux causes et revendications des soulèvements de 2010-2011, dont l’onde de choc se fait encore ressentir aujourd’hui.

Ainsi, ces dernières années, du Rif marocain à l’Iran, de Kobané à Gaza, en passant par la Jordanie, de fortes mobilisations sociales ont secoué une région, marquée par les inégalités et la jeunesse de sa population… et continueront de la secouer à hauteur de la demande de « pain, liberté et justice sociale ».

https://www.syllepse.net/moyen-orient-et-afrique-du-nord-_r_24_i_761.html

Note de lecture : une-breche-emancipatrice-ouverte/ 

Éditorial de Frédéric Thomas : Moyen-Orient et Afrique du Nord : l’automne de la révolution ? : moyen-orient-et-afrique-du-nord-lautomne-de-la-revolution/ 

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C’ÉTAIT LA LIGUE

Hélène Adam, François Coustal

D’abord Ligue communiste, puis Ligue communiste révolutionnaire (LCR).

D’avril 1969 à février 2009, la ligue c’est quarante ans d’une histoire qui compta ses heures de gloire et ses moments sombres, ses instants de doute, ses jours de crise et de grandes flambées d’enthousiasme et de solidarité militante.

C’est un fil rouge qui relie l’histoire de la 4e Internationale aux porteurs de valises de la guerre d’Algérie, des barricades de Mai 68 au mouvement altermondialiste et à la candidature d’Olivier Besancenot.

La ligue, ce sont surtout ses militantes et ses militants qui, de génération en génération, ont su préserver vivante la tradition de la lutte directe tout autant que celle de la réflexion théorique ouverte.

Dix ans après son autodissolution pour créer le NPA, il était temps d’écrire cette histoire.

Non une « histoire officielle », mais une tentative de retracer une période si riche en grandes mobilisations populaires où la Ligue fut tout à la fois une petite organisation politique essayant de peser sur la situation, un réseau incroyable de militant·es du mouvement social, un courant politique qui pensait simultanément sa construction et son dépassement.

François Coustal et Hélène Adam livrent un témoignage qui se fixe comme ambition de servir de « passeur » pour les jeunes générations, celles qui pourront reprendre à leur compte les mots fameux de Daniel Bensaid : « Bien sûr, nous avons eu davantage de soirées défaites que de matins triomphants… Et, à force de patience, nous avons gagné le droit précieux de recommencer. »

https://www.syllepse.net/c-etait-la-ligue-_r_21_i_743.html

Coédition Arcane 17

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GILETS JAUNES

Des clés pour comprendre

Téléchargez le livre en cliquant sur ce lien

/syllepse_images/gilets-jaunes–des-cles-pour-comprendre.pdf

Fidèles à leur vocation de « donner les moyens aux acteurs individuels et collectifs du mouvement social de publier leurs contributions », les éditions Syllepse ont réuni des textes et ds déclarations qui leur ont semblé éclairants des questions sociales, démocratiques et écologiques que le mouvement des Gilets jaunes a mises sur la place publique.

Gratuit, ce livre électronique de 52 pages est fait pour circuler le plus largement possible…

Introduction : introduction-gilets-jaunes-des-clefs-pour-comprendre/

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COÏTS

Andrea Dworkin

EN LIBRAIRIE EN FÉVRIER

co-édition Le Remue-Ménage (Québec)

À l’opposé de l’air du temps et de la prétendue « égalité-déjà-là », de l’illusion que des pratiques sexuelles pourraient être « naturelles » et de l’oubli des rapports de domination, Andrea Dworkin aborde le coït en l’intégrant dans les rapports de pouvoir. Elle parle de « la baise » dans un monde dominé par les hommes, une certaine forme de sexe outil et matière de la domination, l’anéantissement des femmes dans la sexualité masculine, l’inégalité sexualisée des unes et des autres.

L’auteure ne s’adresse pas à un auditoire timoré, passif ou avide de textes consensuels. Le Coït dans un monde d’hommes (Intercourse en anglais) est un livre violent qui explore le monde sexué de la domination et de la soumission. « Il procède en cercles descendants plutôt qu’en ligne droite. Comme dans un tourbillon, chaque spire plonge plus profondément dans ce monde » (Andrea Dworkin).

Les titres des neuf chapitres ouvrent sur des analyses subversives, dérangeantes : « Répugnance », « À vif », « Stigma », « Communion », « Possession », « Virginité », « Occupation et collaboration », « Pouvoir, statut et haine », « La loi », « Saleté et mort ».

En 1988, le poète et chanteur canadien Leonard Cohen saluait sa lecture d’Andrea Dworkin en ces termes:

« La gamme complète des arguments exposés dans ce livre est assez radicale, complexe et magnifique. Intercourse est le premier livre que j’ai lu par un auteur, masculin ou féminin, qui affiche une défiance qui soit profondément subversive au sens sacré – extraterrestre. Elle dit que notre monde est entaché par des préjugés humains, que les hommes et les femmes ont des idées erronées – même si ces idées ont dix millions d’années et qu’elles viennent de la bouche de dieu, elles demeurent erronées ! La position qu’elle adopte dans ce livre est si provocante et passionnante qu’elle crée une autre réalité et pourrait arriver à l’actualiser. Dans la situation actuelle, c’est ce genre d’attitude qui crée de nouveaux mondes – j’ai une profonde admiration pour Andrea Dworkin. »

Andrea Dworkin n’euphémise pas la réalité. Cela ne signifie cependant pas qu’elle exagère. Son travail, écrit-elle, nous entraîne dans les profondeurs de la vie sociale, « aussi étrange, amère ou salissante que soit la plongée ».

Lire cette immense écrivaine féministe, c’est trouver autre chose que ce que l’on pense savoir déjà.

Enfin, comme le rappelle Christine Delphy, la directrice de la collection « Nouvelles questions féministes » dans sa préface au recueil de l’auteure, Souvenez-vous, résistez, ne cédez pas, « pour défendre sa dignité, il faut d’abord en avoir une ».

https://www.syllepse.net/coits-_r_62_i_755.html

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LE HEZBOLLAH

Un fondamentalisme religieux à l’épreuve du néolibéralisme

Joseph Daher

EN LIBRAIRIE EN FÉVRIER

Au Moyen-Orient, le Hezbollah libanais apparaît comme un acteur politique et militaire incontournable tant sur la scène libanaise que régionale. Au Liban, il est, depuis plusieurs années, de tous les gouvernements et a acquis des fortes positions de pouvoir. En Irak et surtout en Syrie, ses détachements armés en lutte contre l’État islamique et en soutien au régime d’Assad ont acquis un poids militaire digne d’une véritable armée.

Né au début des années 1980 comme l’expression politique des couches chiites libanaises les plus pauvres et marginalisées, victimes d’un système politique confessionnel discriminant, le Hezbollah s’est imposé comme le principal représentant d’une communauté chiite en expansion qui a connu depuis de profondes transformations sociales avec l’apparition d’une couche bourgeoise qui s’est développée notamment dans la diaspora libanaise dans les pays du Golfe et en Afrique. Ces évolutions sociales n’ont pas été sans conséquences sur la physionomie du mouvement islamique qui s’est adapté au système dominant libanais et accompagne désormais activement les politiques néolibérales en cours au Liban, au risque de fortes contradictions avec sa base sociale d’origine.

Parmi l’ensemble des organisations islamiques prépondérantes sur les différentes scènes de la région, le Hezbollah présente de nombreux attributs qui sont communs à ces nouveaux acteurs politiques. Son étude permet donc, au-delà de son cas spécifique, de mieux appréhender la nature particulière des mouvements islamiques.

L’auteur se refuse à réduire ces mouvements à leur nature religieuse ou de céder à un orientalisme hasardeux. Dans le cas du Hezbollah, il nous propose d’appréhender son développement dans le cadre des transformations sociales et économiques du Liban, notamment de celles de la communauté chiite libanaise.

Aussi successivement, l’ouvrage, après une courte introduction à l’histoire du Liban, analyse l’émergence du Hezbollah dans le cadre du système confessionnel libanais et sa mutation sociale et politique.

Il examine ensuite les relations du mouvement islamique à la société civile libanaise et plus particulièrement son opposition aux mouvements sociaux et au mouvement syndical.

Enfin, il traite du développement de son appareil militaire et de sa politique étrangère, notamment à l’égard des printemps arabes et du soulèvement syrien.

Au terme d’un séjour d’un an au Liban où il a rencontré les principaux acteurs politiques et sociaux du pays, l’auteur nous propose une étude documentée et sans concession. Son ouvrage est issu de son doctorat sur le Hezbollah de la « School of Oriental and African Studies » de l’Université de Londres.

https://www.syllepse.net/le-hezbollah-_r_21_i_750.html

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ÉMANCIPATION DE LA PSYCHIATRIE

Des garde-fous à l’institution démocratique

Jean-Pierre Martin

EN LIBRAIRIE EN FÉVRIER

Une inquiétante étrangeté demeure et interroge le commun sur les psychiatres et la psychiatrie.

Une histoire critique de la psychiatrie est assumée par ce livre, celle d’une libération de l’enfermement de la folie et de ses contraintes inhumaines, produits de la domination de la Raison d’État. Cette notion de santé mentale a été une volonté d’émancipation par la science. Elle est aujourd’hui une politique de régulation d’un marché public-privé sécuritaire, imposée hors de toute démarche démocratique. Sa gestion et son management néolibéral sont centrés sur les résultats comptables et des mesures sécuritaires généralisées d’enfermement.

Dans ce contexte les soignants sont à nouveau les garde-fous d’un nouvel « ordre protectionnel » médicalisé. Ils assureraient donc une fonction de contrôle de nouvelles « classes dangereuses ».

La rupture avec la réalité catastrophique de la psychiatrie publique est, pour l’auteur un espace d’utopie concrète. Il l’aborde à partir de sa pratique d’un secteur psychiatrique adulte parisien, avec un centre d’accueil et de crise et un aller vers les patients et les précaires – en souffrance psychique et sociale. Il prolonge sa réflexion d’ouvrages précédents Psychiatrie dans la Ville et La Rue des précaires (Eres, 2000 et 2011).

Culture déjà-là, une expérience humaine repose sur la prise de parole des patients. Ainsi peut exister une psychiatrie relationnelle au sein de pratiques institutionnelles ouvertes, en lien avec tous les tiers sociaux dont les familles et les élus politiques. Ce livre s’appuie sur l’apport des connaissances de la psychanalyse et des sciences sociales dans l’analyse institutionnelle, d’allers-retours entre Freud et Marx ; et voilà une invite à se centrer sur « ce qui se passe » dans un traitement qui combine traitement de l’aliénation mentale et de l’aliénation sociale.

Libérer la folie de ses contraintes médicalisées est donc une utopie concrète, une réappropriation du métier de soignant et de son éthique d’engagement humain, avec ses moyens de formation et matériels, dont les luttes s’ouvrent à l’approche du normal et du pathologique. Relève-t-elle d’un projet d’émancipation, d’un acte clinique qui est politique ?

Une première émancipation est de subvertir les politiques de santé mentale administrées, alors que celles-ci instrumentalisent l’essor de techniques modernes en support de « bonnes pratiques » d’évaluation comptable. Une seconde est de sortir d’une politique de gestion des risques, de précaution plus que de prévention collective. Le contrôle social est la négation de toute protection sociale et de services publics solidaires, mais aussi de réels droits humains collectifs des patients.

Ces deux entrées s’ouvrent à une émancipation qui sorte le patient de la naturalisation biologique et d’une supposée dangerosité dont toutes les études sérieuses montrent qu’elle est exceptionnelle. L’« inquiétante étrangeté » des souffrances psychotiques et des vécus traumatiques individuels et sociaux est la subjectivité de l’altérité en crise et non un pur réel comportemental individuel et social.

Son émancipation politique passe donc par l’abrogation de la loi sécuritaire du 5 juillet 2011 et des lois de santé qui régentent aujourd’hui la psychiatrie. Doit être réactualisé l’ensemble des acquis de pratiques alternatives à l’asile carcéral, les expériences de secteur psychiatrique des cinquante dernières années. Une politique de santé mentale passe par les pratiques de psychothérapie institutionnelle et la reconnaissance des droits humains des patients qui participent des luttes d’émancipation dans la société. Elle s’ouvre à une transition politique vers des institutions du commun, dans lesquelles s’explicite une réelle politique de santé mentale d’humanisation et de désaliénation du soin psychiatrique, et en conséquence appelle à un débat public pour une institution démocratique de psychiatrie.

https://www.syllepse.net/Emancipation-de-la-psychiatrie-_r_21_i_748.html

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Bonne lecture après un détour chez votre libraire habituel

Editions Syllepse

69, rue des Rigoles – 75020 Paris


O1 44 62 08 89


Diffusion : Sofédis / Distribution : Sodis

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