Contre les visions néolibérales des lendemains… qui déchantent

Il me semble judicieux de comparer, comme le font les auteurs et les autrices, l’instauration de la Vème République par Charles de Gaule et l’élection présidentielle de 2017. « Dans les deux cas, des partis de gouvernement, apparemment solidement implantés, se sont vus laminés et un nouveau parti sorti de nulle part, créé pour et autour d’un homme, s’est imposé ». Des partis qui s’auto-désignent « mouvements », des hommes se présentant comme « providentiel », après des épisodes où la(les) gauche(s) ne respectent ni leurs engagements ni leurs promesses et mènent des politiques largement empruntés/soumis aux courants dominants du monde capitaliste.

Je souligne la longue liste des reniements des gouvernements du Parti socialiste et de ses alliés, l’alignement sur le néo-libéralisme, les politiques répressives en particulier contre les populations migrantes, le renoncement à la dispute politique et aux choix démocratiques au profit de solutions technocratiques emballées dans le TINA (Olivier Bonfond : Il faut tuer Tina. 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le mondeau-monde-clos-du-tina-opposer-des-alternatives-deja-en-germes/). La victoire relative (très minoritaire en termes de pourcentages des inscrit·es, le « corps électoral étant lui même limité aux « nationaux » et non à l’ensemble des citoyen·nes qui vivent, travaillent et paient des impôts ici) du nouveau président doit être mise en regard des institutions anti-démocratiques de la Vème République qui n’est ni une République démocratique ni un République sociale (Lire par exemple : Michèle Riot-Sarcey : Les Gilets Jaunes ou l’enjeu démocratiqueles-gilets-jaunes-ou-lenjeu-democratique/ou Samuel Hayat : Les Gilets jaunes et la question démocratique, les-gilets-jaunes-et-la-question-democratique/). Ce résultat doit aussi mis en regard avec les politiques réellement menées par celles et ceux qui se nomment de gauche (je rappelle l’indispensable livre de la féministe étasunienne, Andrea Dworkin : Les femmes de droitece-qui-parait-le-plus-noir-cest-ce-qui-est-eclaire-par-lespoir-le-plus-vif-texte-integral/) qui évacuent ou nient les rapports sociaux et leur imbrication au nom du fantasme de l’« intérêt général, » qui nomme partenaires sociaux les « antagonismes sociaux », qui se drapent derrière l’« intérêt national » en se taisant sur le colonialisme et l’impérialisme bien français – tous points qu’iels partagent avec la droite.

Je ne vais pas détailler l’ensemble des points traités. Je souligne la logique entrepreneuriale et l’autoritarisme. La rationalité « économique » remplace le temps des discussions et du dissensus démocratique, les contradictions qui traversent toute société sont niées, les rapports sociaux sont gommés au profit de seules relations interpersonnelles entre soi-disant « égaux », « La société civile est ainsi réduite au décile supérieur de la distribution des revenus, des patrimoines et des pouvoirs », une véritable idéologie est valorisée celle de la « fin des idéologie », la fantasmatique « théorie » du ruissellement, – qui n’a aucune dimension théorique – est développée comme un conte pour enfants (un mensonge), les migrant·es sont désigné·es comme ennemi et subissent la répression, les décisions sont relocalisées dans des instances non-soumises au choix démocratiques (FMI, OMC, Banque mondiale, BCE, etc.), le privé devient la norme de gestion des éléments collectifs et des fonctions publiques, une start-up nation devient l’horizon mesquin des possibles, la novlangue totalitaire redéfinit le sens mots (en complément possible : Olivier Starquit : Les mots qui puentles-vampires-ne-supportent-pas-la-lumiere-du-soleil/et Alain Bihr : La novlangue néolibérale. La rhétorique du fétichisme capitalisteevidences-non-fondees-fausses-banalites-pour-un-morbide-cafe-du-commerce/), la publicité et la fabrication des images soutiennent les mensonges institutionnels et le non respect des droits humains, sur la base floue de la suspicion sont construits « des pouvoirs exorbitants de privation de libertés individuelles et collectives », la mutation de l’Etat de droit en « droit de l’Etat », les politiques qui aggravent les inégalités au nom de l’équité, le refus d’une vraie transition énergétique et la sous-traitance aux entreprises des politiques d’environnement, les dimensions militaro-sécuritaires et le commerce florissant des tueurs, la construction d’une fiscalité (à la fois non progressive et privilégiant les taxes plutôt que les impôts sur les revenus et les bénéfices) pour protéger les revenus et les patrimoines des plus riches, le droit du travail réduit à la protection juridique – pour les entreprises – des licenciements, l’effacement des actionnaires derrière les « entreprises », la casse des services de la fonction publique et un vaste plan d’austérité budgétaire, une vision instrumentale de l’école et le refus du partage des savoirs, les « compétences » privilégiées au détriment des qualifications, l’individualisation des retraites, le refus clair et affirmé de l’égalité de toustes au profit de l’équité de traitement…

Une liste subjective parmi les nombreux points travaillés, des choix politiques qui sont bien des choix sociaux…

Reste une question, que je pose maintenant à toustes les auteurs et autrices, pourquoi ne pas utiliser une écriture plus inclusive ? – le point médian, l’accord de proximité, les citoyen·nes, les habitant·es, les acteurs et les actrices, les ouvrier·es, les employé·es, pour rendre visibles les unes et les autres, les iels et toustes.

ATTAC – Fondation Copernic : L’imposture Macron

Un business model au service des puissants

LLL – Les liens qui libèrent, Paris 2018, 190 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

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