Toi et moi. Un scénario de braquage.

Un petit frère et son mariage, une amorce littéraire et un désir de gosse, « Parce qu’aux gens de la famille de Jeanne, il faut le savoir, il n’a jamais été question que je sois présentée ».

Comment transformer une cérémonie de mariage en braquage de gamètes ? Jeanne invente, le cinéma est son métier, un scénario pour une copulation « traditionnelle » en cachette de ses réels désirs amoureux.

Un lieu et une date, « Faut qu’on y soit, nous aussi », une focalisation réfléchie sur un ancien petit ami. En contrepoint comme des flash-back cinématographiques – l’ombre ou la lumière portée des temporalités, le vent de liberté levé dans le cœur de Jeanne, la place des salles obscures et du cinéma, la transformation du nom Jeanne et du Val, le rendez-vous auquel elle court, un récit de rencontre et d’embrasement, Barcelone, la danse et l’ivresse, « La bombe qui lui explosait aujourd’hui au corps la libérait d’un tel étau visé sur elle depuis toujours qu’elle ne pouvait pas se tromper », Marie et un tee-shirt Proud to be queer, des nuits, l’histoire de Marie, l’amante de Nadar et de Baudelaire, Port-Louis, la mulâtresse, Mano, le fardeau « de honte et de boue », l’épanouissement et la joie lesbienne, les rapports au père et à la famille, Brest et les bateaux, le cinéma de l’une et de l’autre, une ancienne histoire d’amour enfantine et plus tard la compréhension du véritable chagrin d’amour,

Je ne vais pas décrire l’organisation, les tenants et les masques, la place de l’une et de l’autre, Marie et Mano, l’intrigue, les accoutrements, « Je me suis fait l’effet d’un chat, griffes mal rentrées, qu’on flattait pour qu’il plonge sa patte dans une bassine d’eau », la cérémonie de mariage, le hold-up en talons et costard, le désir d’elle, les masques et le temps d’une danse, la violence, l’impression « qu’on venait de l’enfermer définitivement dehors »…

Un scénario, une histoire, l’X, « Elle avait maintenu son corps du début à la fin dans une application anxieuse », les émotions rentrées, le teint cireux de Jeanne « comme à ses pires moments de malaise en mer », le décrassage de sa peau par centimètre, la sueur froide, l’idée de la gosse dans le ventre, l’événement en train de ne pas avoir lieu…

Entre rêve, cauchemar et réalité, des photos, « On est où, toi et moi ? », le trou noir de l’absence, ces personnes qui n’impriment même pas la pellicule, la Jeanne de Courbet, la famille et la foule, l’arrivée d’un cyclone, celles et ceux qui ont manifesté contre le mariage pour toustes, l’argument éculée de la « nature », l’An-Arkos, les aubes levées sur l’océan, « Moi à la barre, j’ai dit, et toi dans son ventre », Ernst salué et le père dans l’escalier…

La tendresse et le désir contre l’invisibilité et l’homophobie. Un hold-up bien particulier soigneusement préparé et agencé, les costumes et le décor, les actrices Jeanne et Marie, Mano et le monde familial du conformisme haineux…

Isabel Ascencio : délit de gosse

La brune au rouergue 2019, 222 pages, 19,80 euros

Didier Epsztajn


Et puisque cette autrice est citée :

Marie Docher : Alors je suis devenue une Indien d’Amériqueil-y-a-tellement-dautres-raisons-et-deraisons-que-son-sexe-pour-aimer-quelquun/

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