Du coté du jazz (Janvier 2019)

Du côté des Caraïbes

Samy Thiebault, saxophoniste ténor, flûtiste, compositeur renoue avec la mémoire des musiques françaises qui faisaient la part belle aux musiques des îles. Longtemps, Paris a chaviré aux son de la biguine ou des autres danses antillaises. Le jazz s’est aussi nourri de ces affluents. Mémoire pas seulement musicale mais aussi littéraire. Le créole a permis, via notamment Aimé Césaire et la « Négritude » – comme on disait dans les années 1920 – de bousculer la langue française pour lui faire apercevoir d’autres rivages.

« Carribean Stories » est un voyage vers des contrées devenues étrange nommées Calypso, Tanger la noire, Porto Rico, Venezuela… pour déboucher sur la liberté et la poésie. Entouré de Hugo Lippi aux guitares, de Fidel Fourneyron au trombone, de Felipe Cabrera à la contrebasse, d’Arnaud Dolmen à la batterie et de Inoa Sotolongo aux percussions, Samy Thiebault part de John Coltrane – « A Love Supreme » au début de « Poesia sin fin » – pour partir vers toutes les dérives permises par ces rythmes qui collent aux pieds et aux jambes pour les faire bouger. Ces musiques populaires sont des musiques de la danse et de la transe. Bougez !

Samy Thiebault : Carribean StoriesThelonious Records distribué par l’Autre distribution.


Musiques actuelles

Les influences des jeunes musiciens d’aujourd’hui sont multiples. Pourquoi choisir ? Christophe Imbs, pianiste et compositeur, a décidé d’emmêler toutes les musiques pour faire surgir l’inattendu. Lourdeurs du rock, envolées du jazz, avec ce qu’il faut de force pour marteler la réalité d’un monde qui semble échapper à ses créateurs, d’un monde de mutations climatiques, culturelles, d’un monde qui se connaît plus de repères. Un mélange détonnant qui en laissera plus d’un-e sur le côté pour attendre l’accalmie… qui viendra tout en laissant percer l’angoisse de la barbarie qui se diffuse. Les migrations actuelles laissent percer des rencontres qui devraient permettre l’émergence de nouvelles cultures, une chance pour le jazz comme pour la culture française.

Anne Paceo, batteure, sait se prêter à ce jeu de tremblements pour habiller les compositions du pianiste et la rencontre effectue son travail de transcendance du talent des deux participants sans oublier le contrebassiste Matteo Bortone, arbitre indispensable. Un trio est né à l’alchimie bizarre, mystérieuse et pleine de promesses. Ne vous laissez pas rebuter par un abord criard. Il faut comprendre la révolte qui s’infuse face à tous les déchirements de la société incapable d’appréhender son propre rythme. « For Your Own Good » – le titre de l’album – est une invite. Pour votre propre bien, il faut écouter ce trio.

Christophe Imbs : For Your Own Good, Label Oh !/ InOuïe distribution


La musique française et le jazz.

Daniel Goyone, pianiste et compositeur, a tout d’un illusionniste. Les pièces qu’il propose, comme celles de Morton Feldman – à qui une des compositions est dédiée – se lisent en rupture avec tous les canons de l’enseignement de la musique mais s’écoutent comme des airs à la simplicité déconcertante. « French Keys » est un album de recherche de références spécifiques pour une musique française qui vient de Satie, de Debussy, premier révolutionnaire, Maurice Ravel et Darius Milhaud. L’évocation de la Rumba ou de la Biguine s’inscrit dans cette volonté de créer une mémoire française du jazz faite de rencontres entre tous ces compositeurs – sans oublier John Cage avec qui Feldman a travaillé – et ceux de cette musique sans nom entendue avant et après la première guerre mondiale. Le jazz a marqué de son empreinte toutes les créations de ce 20siècle. En retour, il a été influencé par les réalisations de ces compositeurs.

Aucune nostalgie ne vient entraver l’énergie des deux protagonistes – Thierry Bonneaux est le vibraphoniste et percussionniste nécessaire – qui savent rompre toutes les amarres tout en laissant le champ libre à toutes les évocations dont celle de Satie, l’initiateur de toutes ces ouvertures vers un ailleurs non prévu. Satie l’aventurier reste un moderne trop couvent passé sous silence.

Le paysage se construit entremêlant toutes les cultures pour faire surgir le malentendu facteur d’ouverture vers d’autres rêves. Cet album est le plus réussi de toutes les productions de Daniel Goyone.

Daniel Goyone : French Keys, Music Box Publishing, InOuïe distribution.

Nicolas Béniès

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