Ossip Mandelstam : il y a 80 ans Staline assassinait ce grand poète

En mémoire du grand poète russe Ossip Mandelstam, mort le 27 décembre 1938, victime de Staline.

En novembre 1933, Mandelstam écrit l’un des poèmes politiques les plus connus du XXe siècle (voir ci-dessous). Un brûlot contre Staline. Il disait, avant de le réciter : « Aujourd’hui, la poésie doit être civique ». Ce texte constitue le principal chef d’accusation contre Mandelstam et la raison de son arrestation en mai 1934, pour « activités contre-révolutionnaires ». Grâce à l’intervention du dirigeant du PCUS, et alors allié de Staline, Boukharine et à la demande du futur Prix Nobel de littérature Boris Pasternak, sa condamnation à la déportation est commuée en exil. Il est alors placé en résidence surveillée à Voronej, privé de tout moyen de subsistance.

Après leurs trois années d’exil, le couple Mandelstam rentre et cherche à s’installer à Moscou, mais le permis de séjour leur est refusé. Ils survivent alors clandestinement dans des bourgades autour de la capitale, grâce à l’aide de leurs amis.

En mai 1938, lors de la période des grandes purges staliniennes, il est arrêté à nouveau pour « activités contre-révolutionnaires » et condamné à cinq ans de travaux forcés. Après avoir subi les pires humiliations, il meurt de faim de froid et du typhus, du côté de Vladivostok, pendant le voyage qui le conduisait vers un camp de transit aux portes de la planète du Goulag, dans la Kolyma. 

Son corps fut jeté dans une fosse commune.

 A l’automne 1933, il avait compose  son fameux poème de seize vers, épigramme contre Staline, « Le Montagnard du Kremlin » :

« Nous vivons sourds à la terre sous nos pieds,
À dix pas personne ne discerne nos paroles.
On entend seulement le montagnard du Kremlin,
Le bourreau et l’assassin de moujiks.
Ses doigts sont gras comme des vers,
Des mots de plomb tombent de ses lèvres.
Sa moustache de cafard nargue,
Et la peau de ses bottes luit.

Autour, une cohue de chefs aux cous de poulet,
Les sous-hommes zélés dont il joue.
Ils hennissent, miaulent, gémissent,
Lui seul tempête et désigne.
Comme des fers à cheval, il forge ses décrets,
Qu’il jette à la tête, à l’œil, à l’aine.
Chaque mise à mort est une fête,
Et vaste est l’appétit de l’Ossète.
 »

Il est alors arrêté pour la première fois en 1934.

Souvenons nous de lui et de toutes les victimes de la dictature stalinienne, notamment d’autres poètes juifs assassinés en août 1952.

Albert Herszkowicz

https://blogs.mediapart.fr/albert-herszkowicz/blog/271218/ossip-mandelstam-il-y-80-ans-staline-assassinait-ce-grand-poete


En complément possible :

Nadejda Mandelstam : Contre tout espoir

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2014/01/11/pour-un-travail-de-memoire/

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