Déchiffre-moi, rends-toi au verbe

Une autobiographie est aussi une invention littéraire. Les mots et l’imagination aventureuse ne sauraient se confondre avec l’analyse des conditions sociales et individuelles de la création, du travail d’écriture d’un livre.

Un livre d’heures, comme un livre liturgique destiné aux fidèles catholiques laïcs, le roman en gravures de l’artiste flamand Frans Masereel ou comme la représentation de Léopoldine Hugo en couverture.

L’heure est aussi un décompte de temps, « Je porte sur le visage les traces d’une histoire que la vie a tannée et qui m’aide à vieillir. J’ai vécu, non sans résultats, ma vie n’a pas été inhabitée ».

Une autrice, « héroïne des idées et des actions que j’ai menées », Nélida anagramme du « Daniel » du pseudonyme Daniel Stern d’une autre autrice, un court circuit temporel renvoyant à Frantz Liszt et aux héroïnes et héros de Richard Wagner. De la littérature à l’opéra et à la musique, au nid de mythes.

Voyage dans le temps, voyage dans la mythologie grecque, errances dans l’espace de villes. L’autrice sonde derrière les portes. Elle parle d’exil, « non pas à proprement parler de la cité mais de moi-même », de ses personnages, dont certains peuvent ne pas lui dire bonjour, des récits qui naissent au fond d’elle-même en s’alimentant de diverses séquences romanesques, de la suite ou poursuite « sans savoir où ces pistes m’emmènent », des complexités de la création, des sinuosités de la langue, de géographie fictionnelle…

Nélida Piñon évoque le mystère intraduisible, le recto et le verso de la vérité, les mensonges, le colportage et les colporteurs et colporteuses, le Manifeste des intellectuels à Porto Alegre, la morsure du désir, le collectage de ce qui traine par terre, Sophocle et Euripide, les cultures en Grèce antique et les dieux, « Lequel d’entre eux a-t-il le mieux servi la cause de l’invention, de la liberté de consigner l’absurde ? », les frontières du réel fictionnel, les chemins rocailleux de la vie quotidienne, les voyages de son enfance, le coffre rempli de secrets, les masques disponibles pour se dissimuler, l’invention face au désordre de l’esprit, l’idiome lusitanien, une maison magique « aux gigantesques bouches de scène », le nom – non révélé – de la tristesse, les confidences elliptiques ou poétiques, le luxe de gaspiller le temps qu’il nous reste, le travail de scribe, « J’ai toujours partagé ma vie avec les mots », le droit à la discrétion, la tour de Babel, l’antichambre de l’oral et de l’improvisation, l’aventurière, « Sauter par la fenêtre et partir à la voile en compagnie des loups de mer, des sirènes, des guerriers de Mandchourie », le Brésil, New-York, la boiterie du quotidien, l’ami intime qu’est le dictionnaire, la bureaucratie des sentiments, la carte au trésor dessiné par le roman

« Je vais mourir et je ne sais rien »

Nélida Piñon : Mon livre d’heures

Traduit du portugais (Brésil) par Didier Voïta et Jane Lessa

Des femmes. Antoinette Fouque, Paris 2018, 268 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

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