D’un certain sourire jaune face aux « gilets jaunes »

Comme s’il ne suffisait pas d’y jeter une tache de criminalité, il fallait encore suspecter la rébellion jaune d’homophobie voire de racisme, quand ce ne sera pas d’autres tares à travers tous les « ismes » chers aux détracteurs et collaborateurs toutes couleurs confondues. N’en déplaise à certaines, certains, convaincus de leur lucidité et de leur bonne conscience, il va falloir en découdre avec nombre de catégories et représentations méprisantes pour saisir le plein sens de ce « sourire jaune » arboré par beaucoup dès lors qu’on aborderait avec les « gilets jaunes », la question des étrangers.

Il y a de la part des prétendus spécialistes qui hantent les scènes médiatiques, une profonde amnésie voire une inculture de l’histoire des luttes de l’immigration en France ou encore un effacement volontaire et acharné du sens vivant de l’unité parmi les dédaignés, les oubliés, les silencés de toujours… « Tant qu’une partie de la classe laborieuse est esclave, toute la classe laborieuse est esclave », « français-immigrés mêmes patrons mêmes combats »,criait-on par milliers dans les villes de France voici 45 ans.

A soupçonner qu’il y ait une once de xénophobie chez les rebelles jaunes, c’est la preuve de n’avoir rien compris au sens même de ce qui se passe aujourd’hui et est le fruit de décennies de déni.

L’actuelle mise en question du pouvoir, des institutions, de la légitimité de toutes celles et ceux qui les représentent comme de ceux qui voudraient continuer à faire croire qu’ils portent au plus haut de la démocratie représentative les intérêts des laborieux étranglés, tout cela devrait contribuer à nous éclairer sur ce qui est actuellement ressenti par la rébellion jaune comme « étranger » à sa cause, à ses urgences, ses besoins essentiels, le sens même de sa valeur, son humanité.

Cessons d’appréhender ce concept d’ « étranger » du seul point de vue de la nation, du pays au risque de créer de la confusion au sein de ce qui se déroule aujourd’hui et de faire le jeu même du nationalisme.

Il faut entendre qui est réellement vécu comme « étranger », c’est-à-dire « qui n’appartient pas à la chose dont on parle, qui ne fait pas partie de » la famille des difficultés, des urgences, des souffrances vécues, des injustices ressenties au quotidien et de toutes ces grandes et petites humiliations qui fissurent puis peu à peu fendent l’image de soi jusque dans l’intimité de la cellule familiale, du couple… Qui ne voit pas ? Qui n’entend pas ? Qui se départit de sa responsabilité ? Qui se rend véritablement étranger à la cause défendue ?

Sans nul doute celles et ceux qui gouvernent et mènent une politique de paupérisation du peuple laborieux (les slogans de rond-point l’inscrivent sans cesse et à voix haute dans l’espace)… mais non moins responsables sont désignés celles et ceux qui bénéficient, profitent, ne partagent rien sous prétexte qu’ils ne souffrent pas encore des calculettes qui s’emballent sur l’endettement… toutes celles et ceux qui ont peur d’entrevoir qu’ils sont encore les petits épargnés avant de devenir les prochains sacrifiés d’un système.

« Nous n’en voulons pas aux riches d’être riches, nous en voulons aux riches de le devenir sur notre dos, de nous appauvrir, nous leur en voulons de nous traiter comme des moins que rien , qui ne savent pas traverser la rue de l’avenir… nous avons assez d’être niés » (entendu sur rond-point)

Ce sont à quelques mots près, les mêmes ressentis exprimés par celles et ceux qui venus de loin, de la guerre, de la faim, ayant échappé au cercueil de la mer, demandent asile et sont mis en rétention, comme du bétail. Qui ferme les frontières ? Qui limite les actions des sauveteurs ? Qui construit les murs ? Qui parle de submersion, invasion ? Qui fabrique, vend les armes aux marcheurs de guerre contre leur peuple ? Et parmi ces armes, celles-là mêmes qui font pleurer nos yeux, nous blessent, quadrillent nos villes, humilient la jeunesse, sont vendues aux dictatures pour réprimer les révoltes populaires ?

La rébellion jaune ne s’y trompe pas quand elle désigne qui l’oppresse, qui est sourd à ses plaintes, la nie dans sa valeur humaine. Elle ne confond pas « l’étranger » avec les réels responsables de sa paupérisation, de sa déshumanisation, du mépris de classe qu’elle perçoitImaginer et faire croire que la rébellion se tromperait d’adversaire, confondrait l’auteur de sa misère avec « l’étranger », appartient à des manipulateurs de trouble dont les arguments se brisent sur toute conscience rebelle.

Il faut parler avec la rébellion des jaunes, de ce qui l’unit à l’autre dont on l’a séparé, divisé : celle ou celui qui aujourd’hui dans le pays des droits de l’homme et de la fraternité déclarés universels, est victime du délit de faciès comme le gilet jaune du délit de « sans dents » ou « d’obésité par mal-bouffe », souffre du mépris de sa fatigue dans les gourbis des marchands de sommeil, comme « le précaire » sans autre domicile que sa vieille voiture pleure tout son sang contre le dédain de sa dignité à travers l’image qu’on fabrique de son ombre d’assisté devant raser les murs.

Il en est du travailleur étranger exploité comme du gilet jaune rejeté sans reconnaissance de sa verticalité d’homme… Il en est de la pression permanente de l’euro quand ce n’est pas du centime d’euro pour manger à sa faim comme il en est de la peur que ne s’entende plus la voix humaine dans le bruit du hachoir médiatique de l’information et son langage déformant, lourd de discrédits.

Selon l’éthique de la « res publica » si elle a encore un écho dans nos mémoires de celles et ceux qui lui ont donné sens contre l’esclavage

Gilets-jaunes-travailleurs-étrangers-réfugiés – de la – misère ne font qu’un.

Qui craint en l’un qu’il devienne l’adversaire de l’autre et en l’autre, l’étranger à l’un n’est que le propagandiste de la haine, de la division, le fossoyeur des solidarités, l’ennemi de la nature humaine dans sa pleine conscience d’Être de la Nature avec l’exigence de l’amour de son milieu.

 

Si aux lèvres ouvertes sur leur cri il doit venir un sourire

ce sera celui de la joie reconquise à dévoiler les causes initiales de la colère

Philippe Tancelin,

poète-philosophe

9 décembre 2018

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