Résistance à l’ordre et au désordre industriel

Dans sa préface, preface-de-xavier-vigna-a-louvrage-robert-kosmann-sorti-dusines-la-perruque-un-travail-detourne-et-avertissement-de-lauteur/publiée avec l’aimable autorisation des editions SyllepseXavier Vigna indique, entre autres, que « la perruque, c’est du travail détourné et donc aussi des astuces, un savoir-faire, des mains qui œuvrent et manipulent des outils toujours plus perfectionnés », qu’il y lit « une revendication de respectabilité où l’ouvrier peut se faire artisan voire compagnon en train de réaliser son chef-d’œuvre ». Il parle aussi de solidarité, de connivence, d’« économie morale » du travail ouvrier, d’inventions, de « résistance à l’ordre usinier », de complexité, « je pense notamment à la question complexe de l’articulation entre perruque et sabotage ; à celle des pensées ouvrières sur le travail ; à celle de la qualification du travail et des classifications, etc. ». Il souligne aussi que Robert Kosmann déplie un sujet en son entier…

Dans son avertissement, preface-de-xavier-vigna-a-louvrage-robert-kosmann-sorti-dusines-la-perruque-un-travail-detourne-et-avertissement-de-lauteur/publié avec l’aimable autorisation des editions Syllepse, Robert Kosmann explique pourquoi il s’est cantonné « à la perruque d’usine », parle de ses recherches sur la perruque, de son parcours ouvrier et militant et invite à poursuivre et élargir ses travaux sur ces formes modestes de résistance au travail prescrit, ennuyeux, parcellisé, en miettes…

La perruque, un mot et des gestes un peu oubliés. L’auteur propose une définition : « l’utilisation de matériaux et d’outils par un travailleur sur le lieu de l’entreprise, pendant le temps de travail, dans le but de fabriquer ou transformer un objet en dehors de la production réglementaire de l’entreprise ». Il aborde, entre autres, l’origine du terme, l’histoire des perruqueurs et perruqueuses, les « pratiques transgressives permettant la perruque mobilière » dans les arsenaux, les pratiques de détournement par des ouvriers, ce qui fut qualifié de « crime social » dans la Grande-Bretagne du XVIIIème siècle, la production d’outillage, les expositions de ces objets du savoir-faire ouvrier.

Le travail en usine, l’uniformité des productions, des perruques d’exception, la réparation d’objet, les collaborations, « la possibilité de rendre le même service en retour, un échange tacite », les réalisations, les rapports sociaux dans l’usine, les ambiguïtés (« interdite, sanctionnée et à la fois souvent tolérée »), les résistances face au patronat, « Le détournement et la récupération d’une partie du surtravail non payé sont au cœur de la perruque », la lutte contre la déqualification et la monotonie, le contournement de la morosité, l’autogestion…

Robert Kosmann fournit de nombreux exemples, interroge les pratiques, le travail réel des ouvriers et ouvrières, les écarts entre le travail prescrit et le travail réel, les perruques des ouvrières, les positions patronales, les points de vue des syndicalistes, les formes militantes de la perruque, la perruque de grève ou de lutte…

La terminologie anglo-saxonne, les mots en Allemagne, ceux aux Etats-unis, en Hongrie, en Pologne, à Moscou, en Chine…

Des écrivains ont évoqué la perruque, des sociologues et des ethnologues l’ont étudié, des historiens en ont fait un sujet de connaissance, des expositions ont été consacrées à ces objets…

Robert Kosmann complète son exposition de débats, sur le travail au noir, le vol et la perruque, les ambiguïté de la perruque, les faire et les luttes, l’utilitaire et le créatif, l’autonomie et l’imagination des producteurs et productrices, l’expertise et les savoir-faire, les nouvelles technologies et la perruque, la perruque de bureau…

« Travail entre tolérance et clandestinité ; entre vol et dû… entre labeur et loisir… entre habitudes et transgressions… entre différenciation et appartenance au groupe… Pour saisir la « perruque », il faut pouvoir, en somme, concevoir ce que les organisations humaines, mêmes les plus rationalisées comportent d’interstices. C’est précisément dans ces espaces interstitiels du travail que se glissent les « perruqueurs » » »

Très richement illustré cet ouvrage est un formidable outil de réflexion sur le travail, les travailleuses et les travailleurs. Bienvenue dans le monde de la perruque, du bousillage, du bricolage conceptuel, de la pinaille, du savoir-faire, de l’insubordination, de la résistance, du travail transgressif

Robert Kosmann : Sorti d’usines. La « perruque » un travail détourné

Editions Syllepse, Paris 2018, 182 pages, 12 euros

https://www.syllepse.net/sorti-d-usines-_r_22_i_740.html

Didier Epsztajn


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