La giletjaunologie ou science de l’a-contestation

Le « mouvement » des gilets jaunes représenterait-il un paradoxe politique ? Une nouvelle science de la contestation ? Pour le savoir, intéressons-nous à sa composition, ses revendications (même confuses), ses méthodes, ses alliés, ses résultats.

Sa composition : plutôt mixte (femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, racisés et non racisés), disparate, un mélange de fans d’automobiles et de conduite sur route, de faschos (racistes, homophobes, sexistes), de mères de famille qui assurent leur rôle de chauffeurs des enfants en tous lieux (établissement scolaire, sport, loisirs…) les services de transport publics ayant été dissous ou presque, d’habitants de no man’s lands sociaux (pas de travail, de moyens de transport, de centres de santé, de facilités de vie quotidienne), d’auto-entrepreneurs à la recherche constante d’opportunités d’économie de dépenses, de pauvres pris à la gorge en raison de la baisse du niveau de vie, de frondeurs fiscaux (contre les impôts en général avec l’impression de « se faire baiser par le gouvernement »), d’antisystème politique (contre tous les partis), de populistes, d’apolitiques.

Ses revendications : contre la hausse du prix du carburant, l’abandon par « la classe moyenne »…, pour la suppression de la limitation de vitesse à 80 km/h, la réduction des contraventions à 10€ maximum, la diminution des revenus des élus, le rétablissement de l’isf… le tout sur le territoire national.

Ses méthodes : parfois brutales, souvent violentes, organisées sans chef ou porte-parole officiel, basées sur l’usage intensif et courant des réseaux sociaux numériques, peu collectives – pas de référence aux formes de mobilisations sociales habituelles ni aux luttes sociales – mais rassembleuses, spontanées et aléatoires – suivant les lieux, poursuite de l’appel à mobilisation du 17 novembre ou pas –, plus logistiques que politiques – occupation des péages, ronds-points, carrefours… –, peu citoyennes – blocage de ceux qui ne sont pas « avec eux » et rarement débat –, peu éthique – pas d’arrêt des mobilisations après le décès d’une manifestante –, parfois solidaires – occupation des routes aux côtés des infirmières –, parfois non – mise en concurrence avec la journée internationale contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre, considérée comme une « mise en scène des médias » –, humanistes ou pas.

Ses alliés : aucun au regard de la démission des syndicats, de sa stigmatisation par les écologistes, du mépris du gouvernement et de la couverture média qui l’accompagne (caricaturale et exclusive – d’autres mouvements sociaux manifestent dont on n’entend peu parler), nombreux au vu du soutien démagogique des eurosceptiques, du rassemblement national et de la france insoumise.

Ses résultats : un signal d’alarme, la manifestation d’un ras-le bol général qui se traduisent par le besoin d’empêcher [tous] les autres d’avancer, d’arrêter tout et tout le monde.

Une copine évoque la similitude avec les shadoks qui pompent sans s’arrêter pour vivre et inversement, suivant la devise « il vaut mieux pomper d’arrache-pied même s’il ne se passe rien que de risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas », débattent uniquement des sujets qu’ils connaissent, naviguent à vue – « quand on ne sait pas où on va il faut y aller… et le plus vite possible » –, ne construisent rien par choix – « plus ça rate, plus il y a de chance que ça marche », sont bêtes – « il vaut mieux vaut mobiliser son intelligence sur des conneries, que sa connerie sur des choses intelligentes » – et méchants en comparaison des gibis, leurs ennemis, « qui tirent leur intelligence de leur chapeau », ont un langage réduit (4 mots monosyllabiques, « ga, bu, zo, meu ») et se reproduisent en comptant jusqu’à 4.

Pourquoi manquer cette comparaison ? La situation serait alors comique, reflet d’un monde improbable et absurde. Cette comédie masquerait peut-être aussi l’inéluctabilité de la dépolitisation de la contestation : binaire (paris et périphérie, gouvernement et les autres…), mise en concurrence avec d’autres contestations, univoque, autoritaire, surfant sur les amalgames, hors contextualisation mondialisée, hiérarchisée, militarisée. La suite des événements le précisera.

Joelle Palmieri, 20 novembre 2018

https://joellepalmieri.wordpress.com/2018/11/20/la-giletjaunologie-ou-science-de-la-contestation/

 

2 réponses à “La giletjaunologie ou science de l’a-contestation

  1. Je n’ai pas compris s’il fallait prendre la description s’annonçant « sociologique » du mouvement des GJ faite dans cet article au premier ou second degré ! ????
    A minima, ce mouvement nous oblige à nous poser la question des pourquoi et comment ce désamour pour les syndicats et les partis politiques supposés incarner les aspirations et revendications populaires face à des gouvernements toujours plus au service des intérêts marchands et financiers et non des citoyen-ne-s.
    Et pour les « êtres politisés » dont je crois faire un peu partie, si ce mouvement et ses formes d’expression des souffrances populaires nous dépasse car nous n’avons plus les mêmes analyses ni le même vocabulaire pour communiquer et oeuvrer collectivement, il ne peut être traité par le mépris ni le déni. A nous de chercher à établir de nouveau la communication, à être à l’écoute de ce qui s’exprime.
    Aussi, par rapport à : « – mise en concurrence avec la journée internationale contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre, considérée comme une « mise en scène des médias » – » Il me semble que nous n’avons pas attendu les GJ pour nous faire invisibiliser, dénigrer etc . Et je parie que nombre de GJ n’avaient même pas conscience de l’existence de cette journée. Comment leur reprocher lorsque, aujourd’hui, à l’intérieur des syndicats et des mouvements « de gauche radicale », il faut encore et toujours batailler pour rendre visible les questions féministes et les inclure dans les revendications globale ?
    Les fossés culturels, politiques et financiers se sont creusés toujours plus au sein même de nos diverses couches populaires. C’est détestable mais c’est la réalité avec laquelle nous devons oeuvrer aujourd’hui. Et la puissance des médias dominants démultipliée par les nouvelles technologies ne nous aidera pas.
    Et je crois que tardons trop à accepter d’aller regarder AUSSI AU SEIN MÊME DE NOS MOUVEMENTS, en quoi et pourquoi, nous sommes passé-e-s à côté d’une très grande partie de nos concitoyen-ne-s.

    Michèle

  2. Gouverner c’est anticiper et prévoir et non pas faire payer au peuple ses erreurs, ses manquements et ses incapacités. Or ce gouvernement macron qui brille essentiellement par son arrogance et son refus obstiné du principe d’égalité organise jour après jour le désordre de l’injustice au cœur de notre société sans oublier la communication des fakes news qui va avec. Les mesures seront les mêmes mais le peuple sera consulté… semble vouloir dire un gouvernement macron qui paraît totalement désemparé ne sachant que dire ni que faire face à la large désapprobation des Français.On sait bien comment le gouvernement macron «consulte» le peuple en faisant la «pédagogie de la réforme» et en organisant une parodie de consultation (le peuple pourra toujours assister aux réunions…). Sur ordre du chefaillon,les ministres, manifestement inaptes au gouvernement, poursuivent leur fuite en avant dans l’impasse en assénant leurs éléments de langage. Le gilet jaune suscite désormais la terreur des macronistes en diable jusque dans l’enceinte du parlement!Ce serait comique et pathétique si ce n’était pas tragique! Le gouvernement macron bouffi d’orgueil et hostile au principe supérieur de l’intérêt de la nation est bien devenu la honte de la France.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.