Féministes à Nantes : 24 novembre 2018

Il y a maintenant 87 ans, en 1931, était décidé le principe d’une journée internationale pour rappeler l’assassinat, sur l’ordre du chef de l’État de l’époque Rafael Trujillo, des trois sœurs Mirabal, militantes dominicaines.

Depuis, chaque année, cette journée internationale du 25 novembre est l’occasion de dénoncer toutes les violences faites aux femmes.

Cette année, comme les années précédentes à Nantes, un collectif unitaire s’est constitué. Il comprend les associations Solidarité Femmes Loire Atlantique, le Planning Familial 44, Osez le Féminisme, l’Espace Simone de Beauvoir, 44 Vilaines Filles, ALFA (Femmes algériennes pour l’égalité des Lois Nantes), la Ligue des Droits de l’Homme, le Réseau d’actions féministes unies (RAFU), Ciné Femmes, les syndicats FSU 44, CGT 44, Solidaires 44 et le mouvement Ensemble ! 44.

Mais cette année, au niveau national, c’est la date du 24novembre qui a été choisie par le collectif unitaire Nous Toutes (créé en écho à Me Too) pour dire :

« Nous marchons ce 24 novembre car nous sommes convaincues que si nous faisons reculer ces violences, nous ébranlerons ce système injuste que nous subissons toutes à des degrés divers.

Nous marchons ce 24 novembre pour exiger des mesures ambitieuses et des moyens.

Nous marchons ce 24 novembre pour que celles qui viendront après nous vivent dans un monde dans lequel être femme n’expose pas à plus de violences et ne donne pas moins de droits que d’être homme.

Nous marchons le 24 novembre, rassemblées, pour montrer notre force. »

En toute bonne logique, notre collectif local a choisi de joindre ses forces à l’appel Nous Toutes, parce que c’est un mouvement né de la colère et de l’envie de faire avancer les choses

Nous Toutes, c’est d’abord une colère. Une colère due au fait que nous sommes si nombreuses à nous mobiliser depuis si longtemps pour faire disparaître les violences sexistes et sexuelles, mais qu’elles demeurent une triste réalité.

La triste réalité des violences, ce sont l’excision, la prostitution, les mariages forcés, les crimes dits d’honneur, les harcèlements, les viols, les féminicides, les violences conjugales, contre les femmes en situation de handicap, contre les demandeuses d’asile et les réfugiées, contre les femmes en raison de leur sexualité, et toutes ces violences pourquoi ? Parce qu’elles sont des femmes.

C’est intolérable

Les femmes ont pris la parole. Mais que fait-on de leur parole ? Des lois existent mais ne sont pas appliquées. Très peu d’ordonnances de protection des victimes sont délivrées. Le 3919 n’arrive pas à faire face à tous les appels. Il n’en a pas les moyens. L’AVFT (association qui défend les femmes victimes de violences au travail) a dû interrompre son standard faute de soutien financier.

Seuls 1% des violeurs sont condamnés, le viol, crime qui devrait être jugé en cour d’Assises est jugé en correctionnelle. Cela aussi doit changer. La justice doit être au service des victimes et de la société et non au service du maintien des privilèges patriarcaux.

On a beaucoup parlé de la loi du 3 août dernier « renforçant la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ». Ce qui a surtout retenu l’attention, c’est la condamnation du harcèlement de rue. Croyons nous nous-mêmes à son efficacité à faire cesser les comportements sexistes sur l’espace public ?

La triste réalité, c’est que malgré l’augmentation des cas de violences arrivant devant les tribunaux, en 10 ans, le nombre de condamnations a baissé de 40%.

Toutes ces violences renvoient non à des actes commis par des déséquilibrés, mais à l’existence d’un système de domination. C’est un rappel à l’ordre fait aux femmes, de ne pas pervertir cette hiérarchie décrétée, le masculin l’emporte sur le féminin. En ne remettant pas en cause la structuration de la société basée sur la minorisation des femmes dans tous les domaines de la vie, au travail, dans la vie privée, dans les institutions et dans la vie politique, s’établit une tolérance insupportable à ces inégalités. Ce déni d’égalité conforte les agresseurs dans leurs certitudes qu’ils sont tacitement autorisés à passer à l’acte.

Venons-en à notre département : 3 féminicides en 2016, environ 38 000 agressions selon le Conseil départemental, 3 féminicides en 2017, 1 nouveau féminicide en 2018. Agressée le 28 janvier à Corsept, à son domicile, Sylvie L, âgée de 48 ans est morte le 3 février des suites des blessures infligées par son ex-conjoint. Nos pensées vont à sa famille.

Voilà ce que nous avons organisé cette année :

  • nous avons une cinquantaine de masques que nous mettons à votre disposition. Prenez les et rendez les à la fin, ils pourront resservir

  • nous avons des pancartes contre les violences, venez les prendre

  • nous avons les chaussures rouges que nous utiliserons en fin marche pour en faire une pyramide

  • nous avons prévu des chants pour réchauffer les coeurs pendant la marche

Après ce regroupement à 15h place Graslin, nous marcherons. Nous marcherons vers la place Royale, où une intervention sera faite par la FSU et la CGT sur les violences dans l’éducation. Nous marcherons jusqu’à la statue d’Anne de Bretagne vers le château, où Solidarité Femmes Loire Atlantique interviendra sur les violences conjugales. Nous terminerons notre marche vers le grand miroir sur le terrain jouxtant le Carré Feydeau. Osez le Féminisme vous y parlera des féminicides, et nous lirons le nom de toutes les victimes tuées en 2018. Et nous crierons notre révolte.

La pyramide de chaussures rouges sera installée, symbole rappelant l’installation de chaussures rouges à Ciudad Juarez, à la frontière du Mexique et des Etats Unis par l’artiste mexicaine Elina Chauvet, en 2009. Ciudad Juarez, c’est cette localité où des centaines, oui, des centaines de femmes ont été kidnappées, violées et tuées depuis les années 1990.

Et maintenant, toutes et tous ensemble, marchons contre les violences.


Autres textes :

Pour un 24 novembre politique, marchons contre les violences sexistes et sexuelles pour-un-24-novembre-politique-marchons-contre-les-violences-sexistes-et-sexuelles/ 

« L’impunité doit cesser » : l’appel de 600 femmes pour une grande marche contre les violences sexistes et sexuelles le 24 novembre

Nous marcherons le 24 novembre contre les violences sexistes et sexuelles

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Une réponse à “Féministes à Nantes : 24 novembre 2018

  1. Dommage que nos amies nantaises ne fassent pas une étape dans leur parcours pour rappeler la violence qu’est la prostituon et la nécessité d’appliquer la loi de 2016.
    C’est pourtant d’une grande actualité.
    Geneviève Duchè

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