Le coin du polar (Novembre 2018)

Historique.

Jean D’Aillon est un créateur de série. Celle des aventures de Louis Fronsac, notaire au départ, se situe au « siècle de Louis XIV » pour dresser un portrait de ce roi que l’on soupçonne d’être un bâtard et un grand malade aimant le secret et la grandeur, sans doute du fait de sa petite taille. Les hypothèses les plus diverses circulent sur ses maîtresses et enfants plus ou moins légitimes ou illégitimes. L’intérêt des enquêtes de Louis Fronsac – et de ses compagnons découverts dans le précédent, « Le dernier secret de Richelieu » – est de nous faire partager les possibles plausibles concernant la vie du Roi. « Menaces sur le roi » fait état d’un fils illégitime dont le secret est bien mal gardé. Pressions politiques, chantages, assassinats, faux et vrais coupables se succèdent, s’enchevêtrent pour permettre au Sherlock Holmes de D’Aillon de découvrir les pots aux roses. Agréable à lire même si toutes les pistes ne sont pas totalement creusées.

Jean D’Aillon : Menaces sur le roi, 10/18


De Boston à… Boston.

Thomas O’Malley et Douglas Graham Purdy font revivre le Boston des années cinquante via deux losers, Dante Cooper et Cal O’Brien. Dans le premier opus, « Les morsures du froid », les présentations avaient été faites dans un Boston frigorifié. « Les brûlures de la ville » se déroulent en juin 1954 avec une météo caniculaire, qui enserre de ses mains puissantes corps et cerveaux pour les enduire de cette au sale qui coule le long des dos et des poitrines. Respirer est un problème, résoudre une affaire qui met en cause l’IRA est encore plus difficile. Les morts se succèdent au rythme de la musique irlandaise qui secoue des corps pour leur faire suer leur fureur, colère et violences contre leur propre descendance.

Une histoire amère de vengeance qui ne peut que mal se terminer pour tout le monde. Une visite de Boston dans l’espace et dans le temps, une visite qui participe de la connaissance de l’histoire des Etats-Unis qui ne sait pas dépasser son propre passé.

Dennis Lehane est le chroniqueur du Boston de nos temps. Les quartiers de la ville n’ont pas de secrets pour loi. Il est possible de relier ses descriptions à celles des auteurs précédents. « Après la chute » mêle deux histoires en parallèles qui se rencontrent via l’amour, le vrai, l’absolu. Rachel Childs devient journaliste pleine d’avenir. Elle a un secret, son père qu’elle ne connaît pas, sa mère est morte avant de révéler le nom du géniteur. En mission à Haïti, elle craque en direct à la télé. Que s’est-il passé ? Elle rencontre à plusieurs reprises un dénommé Brian Delacroix qui lui permet de sortir de son trou dépressif. Qui est-il ? Pourquoi lui ment-il ? Les liens seront renforcés par des aventures en commun, vécues sous le sceau de l’ironie et de la distance montrant l’influence, un peu cachée, de Donald Westlake. Ce n’est pas un grand Lehane mais une histoire presque réelle faite de violences et d’arnaques, tellement proche d’une définition de Donald Trump que la dépression, pas seulement individuelle, semble être une réponse adéquate. Le portrait de la jeune femme est réussi. En arrière plan, Boston, toujours.

Thomas O’Malley et Douglas Graham Purdy : Les brûlures de la ville, traduit par François Rosso, 10/18

Dennis Lehane : Après la chute, traduit par Isabelle Maillet, Rivages/Noir.


Un vrai-faux polar.

Jan Costin Wagner signe avec « Sakari traverse les nuages », un poème noir des tares de nos sociétés incapables de rêver, d’imaginer, d’aller voir ailleurs pour prendre de la distance par rapport à un quotidien trop timoré, étreint par la peur de la mort. Sakari est un adolescent qui vit dans un monde à part, un monde où les accidents sont exclus, dans lequel morts et vivants peuvent cohabiter, un monde bleu comme les blues ou comme la mer. Pourquoi se retrouve-t-il nu dans un bassin, une fontaine un couteau à la main ? Pourquoi l’agent de police, qui vit prés de là, tire et le tue ? Pourquoi la famille de l’enfant qui regarde la scène en mangeant une glace est-elle dispersée ? Quels sont les secrets des êtres humains ? Pourquoi vouloir faire le bien n’est pas bien ? Kimmo Joentaa enquête. Un policier à l’apparence du policier qui se révèle médecin des âmes pour sauver le jeune garçon. Quand il n’est pas possible de faire autre chose qu’un peu de solidarité et d’affection !

Jan Costin Wagner : Sakari traverse les nuages, traduit par Marie-Claude Auger, Editions J. Chambon/Noir

Nicolas Béniès

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