Deux articles sur la répression en Haïti

La manifestation du 17 octobre dispersée par la PNH

Publié le 2017-10-18 | Le Nouvelliste | Jean Daniel Sénat

La marche annoncée par l’opposition, pour commémorer l’assassinat de Jean Jacques Dessalines et réclamer le départ de Jovenel Moïse, n’est pas arrivée à destination. Des agents du Corps d’intervention pour le maintien de l’ordre (CIMO) ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser plusieurs milliers de manifestants au niveau de Delmas 60 alors qu’ils voulaient se rendre à Pétion-Ville. Sidéré, le sénateur de l’Ouest, Anthonio Cheramy, a dénoncé ce qu’il appelle une répression de la PNH contre une manifestation pacifique.

« Les agents du CIMO ont exécuté les ordres du Palais national. Ils ont dispersé la manifestation alors qu’ils ont été notifiés du parcours. Ils (les policiers) arguent que la manif ne doit pas passer par Pétion-Ville », a-t-il dénoncé. Selon le parcours annoncé préalablement par les organisateurs, la marche devait passer par Pétion-Ville avant de se diriger au centre-ville de Port-au-Prince.

L’intervention des agents de l’ordre a également horripilé les manifestants qui ont tenté d’incendier deux stations d’essence au niveau de Delmas 83 et Delmas 52. D’autres incidents ont été signalés sur la route de Delmas, mais à un degré moindre que lors des précédentes manifestations dispersées par la police. Des patrouilles de CIMO ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser certains attroupements sur la route de Delmas.

La manifestation de ce 17 octobre avait figuré dans l’agenda de mobilisation de l’opposition, dorénavant unifiée, pour obtenir le départ du président de la République Jovenel Moïse et continuer de dénoncer ses grandes décisions dont la publication de la loi de finances 2017-2018. Plusieurs parlementaires et hommes politiques ont été remarqués. Paul Denis, le conseiller stratégique de la formation politique « Inite », a qualifié le budget 2017-2018 de scélérat. « Il doit rentrer ce budget d’escamoteur. Cette loi de finances ne taxe pas les possédants. Au contraire, elle leur accorde des exemptions de taxe et des franchises douanières. En revanche, la classe défavorisée est surtaxée », a dénoncé Paul Denis.

A la question de savoir si lui aussi veut le départ de Jovenel Moïse, Paul Denis renvoie la balle dans le camp de la population. « Il revient au peuple de décider quelle attitude adopter vis-à-vis de Jovenel Moïse, en fonction de ses décisions, a-t-il répondu. Chacun peut demander ce qu’il souhaite. Au niveau d’Inite, nous exigeons le retrait de ce budget. Si la rue veut plus, elle est dans son droit. Notre parti a fixé une ligne rouge à Jovenel Moïse. Quand il l’aura franchie, nous saurons ce que nous devons faire. »

Pour sa part, le leader de la plateforme Pitit Desalin, Jean Charles Moïse, a profité de ce 211e anniversaire de l’assassinat de l’empereur pour réclamer le départ de Jovenel Moïse. « Je ne suis pas sur le béton pour autre chose. Je reviens du Nord et du Sud, tout le pays réclame son départ car il n’a pas été à l’écoute des revendications de la masse », a indiqué l’ex-sénateur du Nord. Si l’ancien maire de Milot se réjouit du fait que plusieurs secteurs commémorent la mort de Dessalines, il pense en revanche que Jovenel Moïse n’est pas digne de le faire. « Il y a un groupe dans le pays qui a assassiné le rêve de Dessalines. Ces gens privent la masse des acquis pour lesquels le fondateur de la nation avait lutté. Cependant, le rêve de Dessalines ne périra pas », a déclaré Jean Charles Moïse.

Incidents à Delmas 5 et Delmas 45

Avant l’intervention de la PNH à Delmas 60, des individus non identifiés ont tiré des coups de feu en l’air à Delmas 5 et Delmas 45. Les concernés ont utilisé des armes automatiques et une voiture de couleur blanche. Ces tirs nourris ont provoqué des scènes de panique sans toutefois empêcher la poursuite de la marche.


Le gouvernement n’a qu’une seule option : la répression !

Par Isabelle L. Papillon | Haïti Liberté | 17 octobre, 2018

Le président Jovenel Moise au cours d’une visite à tous les commissariats, sous-commissariats et unités spécialisées de la Police de la capitale. A la veille de la marche historique annoncée pour exiger l’arrestation des présumés dilapidateurs des fonds de Petro Caribe, le gouvernement haïtien ne rêve pour tout recours que de réprimer les masses populaires. N’est-ce pas le directeur général de la Police Nationale Michel Ange Gédeon dans une intervention télévisée lundi soir 15 octobre sur la Télévision nationale qui a fait cette déclaration que « La Police ne restera pas les bras croisés face à d’éventuels actes de violence pendant la journée du 17 Octobre »

Signalons qu’en prélude à cette déclaration, le président Jovenel Moise n-a-t-il pas rendu lui-même une visite impromptue à tous les commissariats, sous-commissariats et unités spécialisées de la Police de la capitale durant le week-end écoulé. Tellement préoccupé à passer ses propres mots d’ordre aux forces policières, le président s’est comporté en bandit légal et n’a même pas songé à plutôt passer ses instructions formelles aux membres du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) . Il ne s’est fait même pas accompagner par l’un d’entre eux, le directeur général Michel-Ange Gédéon ; mais ce dernier ne s’est pas empêché de faire des acrobaties verbales du genre : « La PNH n’est pas partisane, elle n’a pas de camp » a fait savoir Gédeon pour défendre le président du PHTK qui sans aucun scrupule a promis aux policières et policiers monts et merveilles.

Le Premier ministre Jean-Henry Céant, président du Conseil supérieur de la police nationale (CSPN), est également entré dans le jeu en rendant lui-même visite au quartier général de la PNH à Pétion-Ville le lundi 15 octobre pour s’entretenir avec le directeur général de la police national, Michel-Ange Gédéon. Ce dernier a donné l’assurance à ses supérieurs hiérarchiques que les forces de l’ordre ont tiré les conséquences des émeutes des 6 et 7 juillet dernier. Le but de toute cette manœuvre n’est pas mystérieux. Il s’agit de contraindre les policiers à bastonner systématiquement le peuple de façon à l’empêcher de protester librement le mercredi 17 octobre 2018. Comme l’a bien indiqué Ronsard St-Cyr le secrétaire d’État à la Sécurité publique, toutes les dispositions ont été prises pour assurer la sécurité des vies et des biens de la population. Ainsi il a fait savoir que plus de 1 500 policiers sont déjà déployés un peu partout à travers Port-au-Prince et les zones avoisinantes. La police a occupé les rues bien avant la marche de façon à repousser et chasser les participants arrivant des zones populaires. La PNH, instrument au service des classes dominantes va même barrer le chemin pour empêcher les protestataires d’avoir accès aux différents groupes de manifs qui devraient enfin se rendre sur le site du Pont-Rouge.

Déjà les manœuvres d’intimidation ont été entamées soit dans la zone de Delmas, soit au Champ de Mars plus particulièrement où la situation était impraticable au niveau de l’avenue Christophe et du Champ-de-mars (Port-au-Prince) où des agents de la PNH faisaient usage de gaz lacrymogène.

Par ailleurs, dans un communiqué en date du 16 octobre 2018, le Ministère de la Justice et de la sécurité publique a annoncé que le permis de port d’arme à feu est suspendu jusqu’au vendredi 19 octobre prochain sur tout le territoire national.

Selon le coordonnateur du Bureau des organisations de défense des Droits humains (BODDH), Me Jaccéus Joseph, le bureau a mis toute une batterie d’avocats à la disposition de toute personne victime de répression ou d’arrestation illégale dans tous les départements du pays.

Vous pouvez contactez le BODDH tout au cours de la journée du 17 Octobre au 3106-5119.

http://www.pressegauche.org/Deux-articles-sur-la-repression-en-Haiti

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