Combattre le racisme en Suède, c’est aussi reconnaître les victimes de la traite négrière suédoise

« Il est important de reconnaître la suspicion, la condamnation, la terreur et la violence qui frappent des corps non blancs en Suède, en Europe et dans le monde. Cela alors que notre vulnérabilité devient invisible quand elle n’est pas reconnue mais passée sous silence », écrit Maria Dexborg avant la Parade de la Liberté organisée pour la deuxième année consécutive à Malmö le 9 octobre.

Le 9 octobre 1847, le dernier Africain réduit en esclavage a été libéré de ses maîtres suédois dans la colonie suédoise de Saint-Barthélémy et l’esclavage en Suède a été déclaré officiellement aboli. Le Forum des Afrosuédois pour la justice s’emploie depuis plusieurs années à faire de cette journée une journée commémorative pour rendre hommage à toutes les personnes asservies par la part suédoise dans la traite négrière transatlantique, sensibiliser le public à l’héritage historique de la Suède et faire le lien entre afrophobie passée et présente.

Imaginez que les décideurs suédoises puissent reconnaître leur héritage historique et instaurer le 9 octobre comme journée de commémoration officielle. Imaginez, si nos dirigeants pouvaient prendre leurs responsabilités et se rendre compte que l’histoire coloniale du pays a une incidence sur les Afrosuédois encore aujourd’hui. Dans des moments comme ceux-ci, c’est-à-dire au lendemain des élections de 2018, il est plus important que jamais que tous ceux qui le peuvent contribuent à ce que le racisme ne s’aggrave pas. Car c’est une réalité : nous vivons une époque où une partie de la population suédoise a choisi d’élire des racistes et des nationalistes à des postes de pouvoir.

Nous vivons une époque où la peur règne  parmi celles et ceux qui, comme nous, appartiennent aux groupes minoritaires de notre société. La banalisation du racisme dure depuis plusieurs années. De nos jours, le soi-disant racisme quotidien peut être exprimé et affiché ouvertement dans divers lieux de notre société sans que personne ne réagisse. Nous qui avons des « corps non blancs » sommes tous des cibles du racisme, et nos enfants aussi.

En Suède, les Blancs qui ne souffrent pas du racisme ont tendance à minimiser et à nier la gravité de l’existence du racisme et de ses conséquences, probablement parce qu’il ne les frappe pas eux-mêmes. Il est important de reconnaître la suspicion, la condamnation, la terreur et la violence qui frappe des corps non blancs en Suède, en Europe et dans le monde. Cela alors que notre vulnérabilité devient invisible quand elle n’est pas reconnue mais passée sous silence. Le racisme en Suède est banal et réel pour tous ceux qu’il frappe. Notre liberté et l’accès à nos droits humains sont plus menacés que jamais !

La population afrosuédoise, qui peut aussi être qualifiée de minorité visible invisible, constitue un groupe particulièrement vulnérable dans la société suédoise. L’afrophobie, la forme de racisme qui touche les personnes d’origine africaine, est universelle. La Suède ne fait pas exception à la règle, mais l’afrophobie existe depuis plus de 400 ans dans notre pays. En Suède, il existe une discrimination structurelle systématique et, dans les statistiques, il apparaît clairement comment l’afrophobie affecte des groupes déjà vulnérables de notre société.

Les Nations Unies ont déclaré une décennie 2015-2024 au cours de laquelle tous les États membres devront se concentrer sur les personnes d’origine africaine et leur vulnérabilité. Cependant, jusqu’à présent, la Suède, à l’instar d’autres États membres, a brillé par son absence du travail actif en faveur d’un changement de la situation des Afrosuédois en Suède. Le travail qui se fait en Suède pour lutter contre l’afrophobie est mené par la société civile.

La Parade de la liberté organisée par le Forum des Afrosuédois pour la justice pour la deuxième année consécutive à Malmö en est un exemple. Lorsque mon président, Malcolm Jallow, m’a fait part, l’année dernière, de son idée et de ses réflexions à propos de la Parade de la Liberté, j’ai senti que je voulais en être et en faire une réalité. En tant que membre du Forum des Afrosuédois pour la justice, j’ai participé à l’organisation de la première Parade de la Liberté en 2017.

Cela fait quelque chose de se dire qu’on est en train de faire l’histoire ensemble. C’était absolument magique de suivre la manière dont nous, les anti-racistes, nous sommes mobilisés.

Cette année, il est plus important que jamais de montrer à l’opinion qu’il existe une résistance au racisme dans notre société. En tant qu’antiracistes, il est important que nous ayons une mobilisation de solidarité commune, en particulier après les élections de 2018. Nous devons comprendre que nos adversaires ont mis le paquet depuis longtemps et ont fait un travail très ciblé. Nous en voyons les conséquences aujourd’hui. Tout le monde ne peut pas tout faire, mais tout le monde peut faire quelque chose et contribuer à la lutte contre le racisme. Nous avons tous une responsabilité car nous faisons tous partie du système.

La Parade de la Liberté a pour but de commémorer et d’honorer tous ceux qui ont été réduits en esclavage pendant la traite transatlantique des esclaves tout en mobilisant des antiracistes pour mener une lutte commune contre toutes les formes de racisme dans notre société. Nous espérons que la Parade de la Liberté sera de plus en plus grande chaque année et se diffusera dans le pays, comme la Marche des fiertés.

La Parade s’appuie sur l’interaction entre des organisations de la société civile et des partis politiques. Un groupe de travail composé de représentants du YPFDJ Scanie [Front de la jeunesse pour la démocratie et la justice, organisation érythréenne, NdT], des Journées du film antiraciste, de Kiswa Skåne [Kenyans in Skåne Welfare Association] et du Parti de gauche ont travaillé ensemble au programme de cette année. Il convient de noter que cette année, la plupart des partis politiques invités ont répondu par le silence, à l’exception d’Initiative féministe et du Parti de gauche. Il en était allé différemment l’année dernière.

Il est très décevant que nos politiciens locaux n’assument pas plus de responsabilité sur la question de l’afrophobie et du racisme. Ce silence peut être interprété comme un signe de réticence et d’absence de sens des responsabilités chez les personnes en position de pouvoir face au problème du racisme. Ce qui est conforme à la tendance que nous observons en matière de lutte contre l’afrophobie au niveau national. C’est avec une profonde tristesse que je constate qu’il n’y a pas eu de changement concret dans les conditions de vie des Afrosuédois au cours de l’année écoulée. Nous avons depuis plusieurs années les mêmes revendications de changements, d’améliorations et de réformes politiques en faveur des Afrosuédois. Nous sommes conscients que le changement prend du temps, mais il est douloureux de constater que les étapes menant au changement n’ont même pas commencé et que cela est problématique en soi. Combien de faits faut-il ? Combien de cas d’atteintes à nos droits faudra-t-il avant que le changement ne commence ?

Quelques-unes de nos revendications :

– Que les personnes d’origine africaine soient prises en compte de la même manière que les autres parties de la population,

– Que les Afrosuédois, à la fois en théorie et en pratique, puissent jouir de leurs droits humains, comme tout le monde.

– L’égalité dans toutes les enceintes et que nous soyons perçus comme des individus compétents

– L’introduction de données sur l’égalité afin de rendre visibles les structures génératrices d’inégalités

– Que nous puissions bénéficier des mêmes conditions dans les différents espaces sociaux tels que le marché du travail, le marché du logement, l’école et l’éducation, les soins de santé et la justice.

– Que nous puissions obtenir un retour sur notre investissement dans une éducation adéquate et bénéficier des mêmes conditions que le reste de la population. La suspicion et le profilage racial à l’égard des Afrosuédois doivent être éliminés. De même, les policiers doit avoir davantage de connaissances sur les crimes motivés par la l’afrophobie et le racisme, en particulier ceux qui travaillent sur le terrain. En outre, il est nécessaire de définir des procédures pour le traitement des crimes de haine par la police.

Il faut traiter et prévenir l’afrophobie rencontrée par nos enfants dans leur vie quotidienne et à l’école. De plus, nous souhaitons que tout le matériel pédagogique soit revu. La plupart des livres utilisent un langage raciste, qui reproduit une nouvelle génération de personnes vulnérables et traumatisés. Nous luttons pour que les services sociaux traitent de la même manière les familles afrosuédoises que les autres et que les Afrosuédois bénéficient du même accès au marché du logement.

Maria Dexborg 

Traduit par  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Source : https://feministisktperspektiv.se/2018/10/08/bekampa-rasismen-erkann-slavhandel/

http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=24385

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