Déclaration de syndicats concernant la définition de l’antisémitisme

En tant que syndicalistes, nous agissons dans l’esprit de l’internationalisme de la classe ouvrière et pour la défense des droits humains, de l’égalité et de la justice. Sur la base de ces engagements de principe, nous dénonçons sans équivoque toutes les formes de racisme et défendons le droit à la liberté d’expression qui est un aspect central et fondamental des véritables démocraties, auquel nous croyons fermement.

Nous observons avec une profonde inquiétude qu’à la demande d’Israël, les gouvernements occidentaux adoptent des lois antidémocratiques visant à interdire la critique légitime d’Israël pour ses graves violations des droits humains. De telles politiques, non seulement restreignent le droit à la liberté d’expression, mais en outre, nient aux Palestiniens, en tant que peuple opprimé, le droit de critiquer leur oppresseur et de défendre leurs droits.

La promotion et la mise en œuvre de la définition de travail de l’antisémitisme de l’« International Holocaust Remembrance Alliance IHRA) » par les institutions européennes et les gouvernements européens sont particulièrement préoccupants. Le document a fait l’objet de nombreuses critiques et inquiétudes.

Le document de l’IHRA est composé d’une brève définition de 40 mots de l’antisémitisme et d’une liste d’exemples de ce qui, selon ses auteurs, peut bien être de l’antisémitisme. Certains de ces exemples donnent à penser qu’il serait antisémite de critiquer l’État d’Israël pour des politiques qui violent les droits fondamentaux du peuple palestinien, notamment la discrimination raciale et les colonies illégales et l’annexion du territoire palestinien occupé. Le document pose donc un risque grave pour le droit à la liberté d’expression en faisant un amalgame entre la critique légitime des lois, de la jurisprudence ou des politiques israéliennes, et l’antisémitisme.

Tout récemment, une douzaine d’organisations de la société civile palestinienne ont publié une lettre appelant le parti travailliste britannique à « rejeter (la) définition biaisée de l’IHRA qui bâillonne la défense des droits des Palestiniens ». Selon la lettre, « l’adoption de la définition de l’IHRA (avec ses exemples) ne diaboliserait pas seulement notre lutte actuelle pour la libération et l’autodétermination. Elle réduirait également au silence un débat public [au Royaume-Uni] sur ce qui est arrivé en Palestine et aux Palestiniens en 1948 », comme l’ont déclaré plus de 100 groupes ethniques noirs, asiatiques et autres minorités (BAME) du Royaume Uni dans leur mise en garde. A la mi-juillet, 40 organisations juives dans le monde ont publié une lettre demandant aux gouvernements de s’abstenir d’adopter la définition de travail de l’IHRA sur l’antisémitisme parce qu’elle « est formulée de manière à être facilement adoptée ou considérée par les gouvernements occidentaux comme assimilant intentionnellement la critique légitime d’Israël et la défense des droits des Palestiniens avec l’antisémitisme, en vue de supprimer la première ».

En outre, il existe des preuves solides que la définition de travail de l’IHRA est déjà utilisée dans la pratique pour restreindre, interdire et criminaliser les critiques et les efforts pacifiques en faveur du respect par Israël des droits de l’homme des Palestiniens, comme l’explique la fiche d’information publiée par la Coordination européenne des comités et associations pour la Palestine (ECCP).

Kenneth Stern, à qui l’on doit la définition de travail, a souligné à maintes reprises que la définition ne visait que la surveillance et la collecte de données sur l’antisémitisme, et il s’oppose fermement à son utilisation pour une réglementation nationale de la liberté d’expression.

Plaider en faveur des droits des Palestiniens et chercher à tenir Israël responsable des violations flagrantes commises contre le peuple palestinien est une responsabilité morale et éthique devant être promue et protégée par chaque État ou institution qui se dit démocratique.

La définition de l’antisémitisme de l’IHRA et les exemples qui l’accompagnent, plutôt que de fournir un cadre pour lutter contre l’antisémitisme, est un outil pour criminaliser le mouvement de solidarité palestinien. L’adoption d’une telle définition accroît l’injustice à long terme faite au peuple autochtone de Palestine, réduit au silence les récits palestiniens et contribue au maintien du régime israélien de l’apartheid, de la colonisation et de l’occupation illégale.

En tant que syndicats européens attachés aux principes des droits de l’homme, de l’internationalisme et des valeurs démocratiques, nous appelons les gouvernements et les institutions à :

  • Rejeter la définition de l’IHRA pour ses conséquences préjudiciables sur la lutte palestinienne pour la liberté, la justice et l’égalité

  • Défendre et protéger le droit à la liberté d’expression et à la solidarité internationale, y compris le droit de critiquer les politiques racistes et discriminatoires israéliennes, qui pourraient constituer un crime d’apartheid contre le peuple palestinien

  • Faire respecter les droits reconnus par l’ONU au peuple palestinien, y compris le droit à l’autodétermination

  • Prendre des mesures efficaces pour rendre Israël responsable de ses violations flagrantes du droit international

Organisations syndicales signataires :

University and College Union – Royaume-Uni

Union syndicale Solidaires – France

ACOD Cultuur – Belgique

Communications Workers Union of Ireland – Irlande

MANDATE – Irlande

Belfast & District Trades Union Council – Irlande

Derry Trades Union Council – Irlande, Royaume-Uni

Fagforbundet (syndicat norvégien des employés municipaux et généraux) – Norvège

CGT Catalunya – Catalogne

Confédération ELA – Solidarité Ouvrière Basque – Pays basque

LAB – Comité Ouvrier d’Abertisale – Pays basque

CIG – Confederacion Intersindical Galega – Galice

IAC- Intersindical Alternativa de Catalunya – Catalogne

https://bds-info.ch/index.php/fr/articles/declaration-de-syndicats-concernant-la-definition-de-lantisemitisme


Non à l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme

Le 1er juin 2017, le Parlement européen a adopté une résolution sur une cause essentielle et qui mérite un traitement sérieux : la lutte contre l’antisémitisme. Or, cette résolution, qui reprend l’une des deux propositions déposées, celle des groupes conservateurs (PPE), libéraux (ALDE) et socialistes (S&D), pose de sérieux problèmes. Elle s’appuie, en effet, sur la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), dont le grave défaut est de s’écarter de son objet en multipliant les références à l’Etat d’Israël.

Ce n’est pas à un parlement de définir des notions qui font l’objet d’un vaste débat historiographique et de centaines de travaux critiques. Et le texte de l’IHRA est loin d’être une référence indiscutable. Il affirme d’emblée que « Les manifestations de l’antisémitisme peuvent inclure le ciblage de l’Etat d’Israël » et mentionne à neuf reprises cet Etat ; même si ses auteurs se voient contraint d’ajouter : « Cependant, une critique d’Israël similaire à celle menée contre n’importe quel autre pays ne peut être vue comme antisémite ». Quand il donne ensuite des « exemples contemporains d’antisémitisme dans la vie publique, les médias, l’école, le monde du travail ou la sphère religieuse », il met sur le même plan quatre exemples de propos haineux, stéréotypés, fantasmés ou négationnistes relevant incontestablement de l’antisémitisme, et sept autres portant sur l’Etat d’Israël, sa « politique actuelle » et ses « actions ».

C’est cette définition de l’antisémitisme par l’IHRA que la résolution votée par le Parlement européen invite les États membres, les institutions et agences de l’Union à adopter et à appliquer. Or, si l’on peut considérer qu’il existe dans certaines attaques formulées contre Israël des dérives antisémites, les critiques de la politique des gouvernements israéliens ne peuvent en aucun cas être assimilées à de l’antisémitisme sans nuire tout à la fois au combat contre l’antisémitisme et contre le racisme, et à la liberté d’opinion nécessaire au fonctionnement de nos démocraties.

C’est ce qu’ont exprimé au Parlement européen les députés de gauche et écologistes (GUE/NGL et Verts/ALE) qui refusent cette instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme et souhaitent inscrire celle-ci dans le combat, essentiel et universel, contre toutes les formes de racisme et de discriminations. 

Oui, on peut lutter contre l’antisémitisme et défendre les droits des Palestiniens. Oui, on peut lutter contre l’antisémitisme tout en condamnant la politique de colonisation du gouvernement israélien.

La lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations ne se divise pas.

Signataires : 

Bertrand Badie, Etienne Balibar, Fethi Benslama, Sophie Bessis, Rony Brauman, Alice Cherki, Suzanne Citron, Sonia Dayan-Herzbrun, Michel Dreyfus, Ivar Ekeland, Jeanne Favret-Saada, Marcel-Francis Kahn, Catherine Lévy, Gilles Manceron, Gustave Massiah, Elise Marienstras, Fabienne Messica, Edgar Morin, Véronique Nahoum-Grappe, Emmanuel Naquet, Jacques Rancière, Bernard Ravenel, Carole Reynaud Paligot, Michel Rotfus, Elisabeth Roudinesco, Shlomo Sand, Enzo Traverso, Michel Tubiana, Dominique Vidal.

Texte paru sur Médiapart

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/050717/non-l-instrumentalisation-de-la-lutte-contre-l-antisemitisme

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