Columbus Day, le Jour de Christophe Colomb : une occasion d’enjoliver la cupidité, l’esclavage et le génocide

Le jour de Christophe Colomb [jour férié célébré le deuxième lundi d’octobre aux USA] est depuis longtemps un symbole patriotique pour les États-Unis d’Amérique. Colomb a donné son nom à plus de lieux que tout autre personnage de l’histoire des USA, sauf George Washington, on a vanté ses grandes qualités d’explorateur – on l’a décrit comme courageux, résolu, et victorieux. Si Colomb est un tel héros dans l’imaginaire US-américain, un ancêtre extrêmement important, l’USAmerique doit, le jour où elle le célèbre, se rappeler l’ensemble de l’héritage qu’il nous a légué : Ce déferlement d’arrogance, de cupidité et de violence.

En 1492, en traversant l’Atlantique, Christophe Colomb était sûr de ce qu’il allait trouver : la fortune et la gloire pour lui-même, un empire colonial pour l’Espagne, et des ouailles pour l’Église. Malheureusement, île après île, Colomb n’avait découvert que quelques poussières d’or, pas les mines vastes et profondes qu’il avait anticipées. Cependant, puisqu’il avait promis au roi Ferdinand et à la reine Isabelle de leur rapporter les richesses de l’Orient, Colomb ne pouvait pas simplement faire faire demi-tour à ses navires et s’en retourner les mains vides. Ce fut le début du trafic d’esclaves à l’échelle planétaire.

Nous savons maintenant que le premier voyage de Christophe Colomb le conduisit aux Bahamas, où il découvrit le peuple Taïno. Étant descendu à terre, il les décrivit dans son journal comme hospitaliers, affables, beaux, nus, et dociles. Et presque immédiatement il nota : « Ils devraient faire de bons serviteurs très compétents. Et je crois qu’il serait facile de les convertir. » Tout en louant la douceur et la générosité de ces indigènes, Colomb avait déjà commencé à envisager de les réduire en esclavage, notant qu’« avec cinquante hommes on pourrait les soumettre et les obliger à faire tout ce qu’on voudrait ».

En 1495, au cours de son deuxième voyage, Colomb et ses hommes firent captifs quinze cents hommes, femmes et enfants arawaks ; les cinq cents hommes et femmes les plus forts furent embarqués sur les navires. Puis Colomb annonça que tout chrétien pouvait s’approprier autant des prisonniers restants qu’il le voulait. Les indigènes embarqués furent placés dans des cages. Sur ces cinq cents prisonniers, environ deux cents moururent en route. Ceux qui avaient été pris comme esclaves, obligés de travailler à un rythme infernal sur les terres que les colonisateurs s’étaient appropriées, et moururent par centaines.

Refusant l’évidence, Colomb n’avait toujours pas renoncé à trouver de l’or. Au cours de ce même deuxième voyage, dans la province de Cicao en Haïti, il ordonna à tous les hommes et toutes les femmes arawaks de plus de quatorze ans de trouver de l’or. Une fois qu’ils avaient ramassé et livré la quantité demandée à l’un des postes fortifiés, on devait leur remettre des jetons en cuivre estampillés pour qu’ils se les accrochent au cou pour attester qu’ils avaient accompli ce travail. Ceux qui n’avaient pas de jetons en cuivre étaient punis pour ne pas avoir livré l’or.

Comme le note Howard Zinn, le fait est que le peuple Arawak s’était vu confier une tâche impossible. Il n’y avait tout simplement pas assez d’or sur leur terre. Totalement désemparés, certains essayaient de fuir dans les montagnes. On les pourchassait à l’aide de chiens, et si on les trouvait, on les tuait séance tenante.

Au troisième voyage, certains hommes de Christophe Colomb étaient devenus vindicatifs. Ils en avaient assez de la dureté de leur condition difficile – la maladie, la faim, les tempêtes et les batailles contre les autochtones – et ils étaient découragés par l’absence d’or et des autres richesses promises. Leurs doléances à propos de la direction et des pratiques tyranniques de Colomb finirent par parvenir aux oreilles du roi Ferdinand et de la reine Isabelle. Le roi et la reine étaient déjà déçus des maigres bénéfices que leur avaient rapportés ces voyages, et décidèrent donc de faire arrêter l’amiral. En octobre 1500, Colomb fut mis aux fers et renvoyé en Espagne.

Après cet humiliant retour en Espagne, Christophe Colomb écrivit le Livre des prophéties dans lequel il réfléchissait sur l’importance cosmique de ses aventures et le dessein divin qu’elles reflétaient. Au milieu d’un mélange incohérent de citations de la Bible, de théologie médiévale, d’astrologie, de mysticisme et de cosmologie complexe, le livre émettait un message essentiel : « Christophe Colomb a été choisi par le Seigneur comme l’instrument divin devant réaliser les anciennes prophéties qui sauveront le christianisme avant l’Apocalypse. » Selon l’historien et biographe colombologue Kirkpatrick Sale, le Livre des prophéties est un méli-mélo de documents dotés d’une introduction décousue, qui a causé une grande gêne chez la plupart des hagiographes de Colomb. En règle générale, ils ont préféré l’oublier ou l’excuser comme étant le produit d’une « hallucination mentale » ou d’un « état de stupeur  temporaire à la fois sombre et sordide ».

À sa mort, Colomb était, selon Walt Whitman, « un vieillard usé, épuisé » au « cœur lourd ». Il serait toutefois peu judicieux de traiter la détresse psychologique de Christophe Colomb comme un cas à part, car il n’a pas été le seul à subir les conséquences de ses illusions. La tyrannie et les carnages qui ont commencé avec les expéditions de Christophe Colomb ont perduré pendant des siècles, marquant d’une tache indélébile l’histoire des deux sous-continents américains. Pendant tout ce temps, ils furent constamment le cadre de l’esclavage, du génocide et de la destruction de la terre, au nom de la civilisation, du progrès, et surtout, de la volonté divine. Si Christophe Colomb était habité par des illusions d’exceptionnalisme et de droit spirituel, les générations qui le suivirent au Nouveau Monde ne l’étaient pas moins.

Dans son essai « Colomb : Gone, but Not Forgotten », Bell Hooks exhorte les USAméricains à interroger le passé d’un œil critique et à repenser la signification de l’héritage de Colomb. Elle pense que la façon dont l’histoire de Christophe Colomb est enseignée et mémorisée en tant que fait culturel obscurcit considérablement la conscience des USAméricains, en réaffirmant leur engagement national en faveur de l’impérialisme et de la suprématie blanche. Elle affirme qu’idéaliser la soi-disant découverte de Colomb revient à enjoliver l’oppression, la corruption, voire le meurtre et le viol.

Le Jour de Colomb est à tout le moins l’occasion de nommer ces actes de violence et de barbarie et, en les révélant, de les déplorer.

Ipek S. Burnett 

Traduit par Jacques Boutard

Source : https://www.counterpunch.org/2018/10/08/columbus-day-romancing-greed-slavery-and-genocide/

http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=24309 

Une réponse à “Columbus Day, le Jour de Christophe Colomb : une occasion d’enjoliver la cupidité, l’esclavage et le génocide

  1. En 2017, des manifestants anti-racistes ont réclamé au maire de New-York de déboulonner la statue du premier « esclavagiste » des Amériques, qui est à Columbus Circle. Et en 2018, y a-t-il eu des manifestations analogues ?

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