Les petites mains médicales 

Nous espérons très fort que les courageuses décisions du Plan Santé actuellement en cours de discussion sous l’égide de notre Président, et notamment la suppression du numerus clausus, rendront tout à fait improbable la survenue d’un tel événement. Apocalyptique !

(De notre envoyé spécial à travers les âges Patrice Orwell – Chittagong – Bangladesh, 24 Septembre 2025)

Notez bien, chers lecteurs, la provenance de notre dépêche. Nous sommes en approche au dessus de l’aéroport de Chittagong au Bangladesh, dans 8 ans, le 25 Septembre 2025.

Nous débarquerons dans quelques instants à l’Aéroport international de Chittagong, détournés de notre destination première, Dacca, par un aiguillage aérien totalement débordé par l’afflux des secours des organisations humanitaires et de la presse internationale accourues dès la catastrophe connue : l’incendie et l’effondrement de l’immeuble Fourra Pizza, tous deux responsables de la mort de plus de 1 000 personnes, dont les 650 petites mains médicales qui y travaillaient jour et nuit – pour le misérable salaire de 9 000 takas (1 Euro = 90 Takas) – au service de la plate-forme téléphonique du Centre Mondial de Téléconsultation Médicale (TCM) Doctor on demand, propriété des deux géants, l’assureur Axa et le distributeur du Big Data Médical, Google.

De Chittagong, nous allons essayer de gagner Dacca par le rail. Nous sommes loin d’être rendus, mais déjà en mesure de vous donner les premières informations concernant cette catastrophe.

Mais tout d’abord, tâchons d’abord de vous expliquer, chers lecteurs de 2018, en quoi consiste aujourd’hui, en 2025, la téléconsultation médicale (TCM) et son service Doctor on demand.

Surtout à vous, inconscients de tous âges, dans notre beau pays la France, qui, encore aujourd’hui, en 2018, à la moindre gastralgie, céphalée ou constatation sur votre tensiomètre portatif d’une petite poussée tensionnelle, appelez pour vous rassurer votre bienveillant médecin de famille, ou, en son absence, SOS-Médecins ou le Centre 15. Nous sommes en 2025, nous vous souhaitons en bonne forme, et vous indiquons que dorénavant point n’est l’usage.

La démographie médicale en France est pratiquement exsangue, numerus clausus depuis 50 ans oblige, le beau métier de généraliste totalement dévalué, les rares services d’urgences hospitaliers encore existant débordés par des files d’attente que même les boulangeries de l’ex-URSS n’avaient jamais connues, et le plus simple, c’est devenu l’usage commun, votre assureur Axa vous y invite et se charge de tout.

Vous recourez maintenant à la téléconsultation : joindre un conseiller médical (nous ne disons pas un médecin), 24/24h et 7/7j, en obtenir un diagnostic et, par télétransmission, une ordonnance. Est encore à l’étude, c’est un peu plus compliqué, la livraison dans les deux heures par les drones d’Amazon des précieux médicaments, vous débarrassant ainsi des pénibles démarches et déplacements automobiles pour rejoindre la pharmacie de garde, souvent distante de quelques centaines de kilomètres.

Nous n’en avons pas encore fini avec ce pourtant nécessaire petit préambule.

Il nous reste à vous indiquer que ces prodigieuses évolutions de la manière d’être malade et d’y « remédier », si surprenantes qu’elles puissent vous paraître, n’ont été rendu possibles que grâce, les en remerciera-t-on assez, au sens de l’anticipation et à la diligence de nos anciennes autorités ministérielles, souvent injustement décriées, Mme Marisol Touraine et M. Michel Sapin qui, chacun dans le domaine respectif de responsabilités qui leur avait été confié, la Santé et l’Économie, par notre ancien et regretté Président, avaient su travailler, cela ne fut pas toujours simple, aux fondements de ces nouvelles pratiques.

Nous ne voulons pas trop détailler, mais vous retiendrez sommairement les éléments suivants. Ils remontent à 2015.

 – Grâce à la loi ANI (Accord National Interprofessionnel) de 2014, Michel Sapin avait su  mettre en place la généralisation de la couverture-maladie complémentaire à tous les salariés par l’Assurance privée ; c’était là le préalable nécessaire à leur futur dégagement de la Sécurité Sociale, aujourd’hui, en 2025, exclusivement réservée désormais aux chômeurs et personnes âgées, nous voulons dire aux retraités, ne prenez pas la mouche, puisqu’ils n’ont plus d’employeurs.

 – Enfin, dans son article 47, la loi Santé 2015 de Mme Touraine, avec le concours de M. Emmanuel Macron, alors Ministre de l’Économie, la Loi Santé avait rendu possible l’accès, voire l’achat, par de grands groupes assurantiels et informatiques de toutes les données Santé nous concernant – bien sûr anonymisées avait garanti Marisol – données Santé contenues dans les dossiers des services hospitaliers et les archives de la SS.

Ce gigantesque Big Data Santé piloté par des algorithmes mathématiques, au service maintenant du monde assurantiel, permettant ainsi la mise en place planétaire de la téléconsultation médicale.

Ainsi était né, ce n’était ni un 25 Décembre ni le divin enfant, mais Allo-SOS-Docteur et son service Doctor on Demand

Nous pensons, chers lecteurs, vous en avoir dit suffisamment sur la téléconsultation médicale et ses immenses avantages, et devinons maintenant votre impatience : quel rapport avec ce départ pour Dacca, via Chittagong, l’incendie du Fourra Pizza et le destin tragique des 650 petites mains médicales qui y travaillaient jour et nuit. Nous y venons justement.

Vous pensez bien que la plate-forme d’appel de Doctor on Demand n’allait pas se trouver à Felletin, dans la Creuse (code postal 23015), animée jour et nuit par une centaine de jeunes médecins polyglottes, formés et diplômés dans les meilleures Universités de l’UE. Si vous avez un instant pensé cela, disons-le tout de suite, vous faisiez fausse route.

Pour d’obscures raisons, dont certaines cependant se laisseront facilement percer, Axa et Google avaient jugé disons plus free trade de l’implanter à Dacca, au Bangladesh, en en confiant l’animation à de petites mains indiennes et bangladaises graduées au terme d’une formation de six mois en secourisme et en informatique.

(Gradué signifie titulaire d’un diplôme de graduat. Le graduat étant le cycle d’études techniques immédiatement inférieur au niveau universitaire.)

Formation leur permettant avantageusement le maniement informatique des compilations de Doctissimo et du Big Data Santé Google, et donc la réponse la plus affinée à toutes vos questions de patients angoissés : je tousse, j’ai des boutons, j’ai mal au ventre et ne vais plus au cabinet. Docteur que faire ?

Questions d’autant plus pertinemment posées qu’elles étaient complétées par les informations délivrées par l’Axa Watch à votre poignet, cadeau d’Axa lors de la souscription de votre contrat d’assurance-santé, petite balise enregistrant en permanence vos rythme cardiaque, tension artérielle et taux d’oxygénation capillaire.

Le déclenchement, à votre convenance ou à la demande du gradué, de la mini caméra intégrée de votre Axa Watch permettant de plus aux ordinateurs géants du Fourra Pizza de détecter à l’examen de votre mine défaite ou de votre faciès vultueux tous les indices concourant à l’élaboration mathématique du diagnostic.

Or, vous le savez, qui dit diagnostic, dit traitement et le plus souvent guérison. Voilà en quoi, chers lecteurs, la chose est merveilleuse !

Mais, nous coupez-vous, le Conseil de l’Ordre des Médecins n’avait-il pas introduit une requête, pour exercice illégal de la médecine ? Eh bien oui, justement ! La chose est à l’étude. Le Pr Gormat-Jacob, son président national, ne veut pas en rester là.

Ses conseillers juridiques et ses avocats lui ont pourtant indiqué l’étroitesse de l’angle d’attaque de sa requête. Vous savez que nous sommes en 2025 et que, désormais, toutes les dispositions touchant à la prestation de services ne sont plus du domaine de la loi, cet antique instrument de la volonté et de l’intérêt général, mais du contrat.

La prestation de services de santé est maintenant incluse dans le libre-commerce (free trade en anglo-saxon), lui-même régi comme vous le savez par l’AGS (Accord Général sur les Services) et le TAFTA (Trans-Atlantic Free Trade Agreement).

Et, ont indiqué ses avocats au Pr Gormat, s’il y a contrat, on ne peut plus parler de loi ; le terme d’exercice illégal est totalement vidé de sens. « Nous irons jusqu’au bout ! » a voulu répondre, bravache, le Pr Gormat. « Retroussons-nous les manches ! » et, joignant le geste à la parole, découvrait ses avant-bras de robuste et toujours sportif sexagénaire. Inquiétude quant à sa détermination future, nous relevions à ce moment qu’il portait également, lui aussi, l’Axa Watch, modèle trekking.

Revenons maintenant à Chittagong et à ce qui nous y amène aujourd’hui : l’événement imprévu, l’accident ! C’était à craindre !

Les déplorables conditions de sécurité au Fourra Pizza, l’absence d’inspection et de médecine du travail, les défectueuses connexions électriques de l’immense tour informatique et leur surchauffe permanente ont déclenché hier un court-circuit fatal, responsable de l’interruption de toutes les téléconsultations – Doctor on Demand en panne – mais également de l’incendie et, toutes les issues bloquées par la défaillance des mécanismes de sécurité, de la mort atroce de tous ses jeunes gradués.

La consternation sur place est générale. Détresse des familles, débordement des autorités, scènes de pillage, effondrement de l’économie locale. Un mini désastre humanitaire qui plus est, dans cette région du monde souvent frappée par de terribles catastrophes climatiques. La mobilisation internationale en cours s’essaiera bien entendu à panser les plaies et faire face à toutes ces détresses. Tant mieux ! La téléconsultation médicale dramatiquement interrompue pour longtemps ?

Probablement pas et donc, tant mieux encore ! Les deux géants débonnaires, Axa et Google, anticipant toute éventualité de panne ou d’accident, avaient laissé sous cocon une autre tour informatique en Afrique de l’Ouest, à Kampala (Ouganda), sur les bords du Lac Victoria.

Les quelques rescapés du Fourra Pizza, renforcés de quelques gradués intérimaires dont la certification devrait être acquise en fin de semaine, vont y être transportés d’urgence par un avion militaire français gros-porteur C-160 Transall obligeamment mis à la disposition d’Axa par les autorités françaises. On ne refuse rien à Claude Bébéar.

Chers amis, restez donc dans la plus grande sérénité. Doctor on Demand poursuit ses activités. Attention cependant à votre prochain appel de cotisation Axa, car, c’est évident, cette catastrophe pourrait avoir de fâcheuses répercussions sur votre petit budget déjà si compté.

Jean Casanova

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