De quoi Donald Trump est-il le nom ?

La question avait été posée à l’identique, De quoi Sarkozy est-il le nom ?. Elle émanait du philosophe Alain Badiou, en 2007, au lendemain de l’accession de l’intéressé à la Présidence de la République. Nous la reprendrons telle quelle à propos de Donald Trump. Et ceci, avec beaucoup plus d’inquiétude.

L’U.S. Marshall Donald Trump vient de faire apposer à la porte de son bureau une nouvelle affiche Wanted. Recherchés : les juges de la CPI, la Cour Pénale Internationale, accusée selon John Bolton, le conseiller à la Sécurité Nationale de la Maison Blanche, accusée d’être « inefficace, irresponsable et dangereuse ».

Qu’est-ce que la CPI ? La CPI est une juridiction pénale universelle chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.

Fondée en 2002 à l’initiative des Nations unies, siégeant à La Haye, aux Pays-Bas, la CPI vise à universaliser le droit international humanitaire. 123 États, dont tous les États de l’UE, sur les 193 membres de l’ONU ont ratifié son statut et acceptent son autorité. 32 États s’y sont refusés encore aujourd’hui ; dont la Russie, la Chine, l’Inde, Israël et les États-Unis.

À la raison, au moins pour ces derniers, d’y voir déférer leurs dirigeants militaires et politiques mis en cause dans diverses interventions militaires à caractère colonial ou impérial. Pour autant, aucun de ces États ou dirigeants ne s’étaient risqués jusqu’ici à attaquer son principe et son fonctionnement.

C’est désormais chose fait avec Donald Trump dans son offensive ultranationale – ultralibérale au mot d’ordre simple et impératif America First.

Toute une série de mesures visant à dissuader les juges de la CPI de s’emparer de divers dossiers de crimes de guerre impliquant des militaires états-uniens en Afghanistan ou en Irak, toute une série de mesures ont déjà été brandies. Elles vont de « l’interdiction à ses juges d’entrée aux États-Unis », de « la mise en œuvre de sanctions contre leurs avoirs dans le système bancaire américain », jusqu’à l’engagement de « poursuites contre eux dans notre système judiciaire ».

Pour John Bolton, le Conseiller à la Sécurité Nationale de Donald Trump, la conclusion est claire : la CPI doit mourir. « Pour nous, a-t-il rajouté, elle est déjà morte ».

Qui est et que veut donc Donald Trump ? Dans cette nouvelle prise de position, après la dénonciation des accords sur le Climat et sur le Nucléaire iranien, après la relance de la guerre commerciale tous azimuts, devons-nous voir là se dessiner le projet d’une réaffirmation incontestée de l’hégémonie impériale états-unienne face à celle grandissante d’autres blocs, en particulier de la Chine ?

Quelle analyse de fond, au-delà des quotidiennes révélations accablantes, jusqu’à dans son propre entourage, sur son côté farcesque et ubuesque, son état de santé mentale, son cynisme, son amoralité, son sexisme et sa vulgarité, quelle analyse de fond doit on faire de cette nouvelle figure de stratégie néo-impériale ? Quelles nouvelles menaces fait-elle peser sur le fragile équilibre de la paix dans le monde ?

Simple accident de parcours, bientôt, à l’occasion d’un prochain scrutin, renvoyé aux poubelles de l’histoire ?

Ou fil conducteur d’une nouvelle stratégie à visée hégémonique à l’échelle de la planète ?

Analysant les raisons véritables de l’intervention en Irak de 2003, l’historien et géographe britannique David Harvey, chercheur à l’Université John Hopkins de Baltimore, avait interprété dans son ouvrage, The new impérialism, le Projet pour un Nouveau Siècle Américain de l’administration Bush et du clan néoconservateur comme la tentative de maintenir, après l’implosion de l’URSS, maintenir l’hégémonie des États-Unis dans une situation mondiale marquée par un degré d’intégration économique sans précédent, et où l’ascension de la Chine était devenue la menace suprême pour leur leadership.

Installer par la force en Irak un régime ami, à l’identique de celui de l’Arabie Saoudite, contraindre l’Iran à coopérer, mettre ainsi la main sur toute la réserve pétrolière du Moyen-Orient et par la même, la manne énergétique mondiale, aurait permis son contrôle effectif et quasi complet pour les 50 prochaines années.

Comment effectivement, mieux s’assurer l’hégémonie qu’en dictant les prix, les conditions d’extraction et de distribution de la réserve centrale énergétique dont dépendent tous ses concurrents ?

L’opposition au déclenchement de la guerre d’Irak de la France, l’Allemagne, la Russie et la Chine avait cependant laissé entrevoir un réalignement géopolitique et les prémices d’un bloc de pouvoir eurasiatique, dangereuse menace pour la poursuite de l’hégémonie états-unienne.

 L’échec vertigineux de l’expédition d’Irak, son coût colossal pour les États-Unis, au plan humain, économique et diplomatique, indépendamment du bouleversement géopolitique moyen-oriental, de ses dislocations étatiques et de la montée d’un terrorisme tous azimuts, cet échec vertigineux laisse aujourd’hui la Chine en position de prétendre, elle, à une future hégémonie et de prendre la tête de l’économie-monde.

Témoin, le titanesque projet en cours des Nouvelles Routes de la Soie – routes, ponts, ports, aéroports et chemin de fer – de la Chine au Moyen-Orient, à la Russie, à l’Europe et à l’Afrique. Projet titanesque et intégrateur couvrant 78 pays et près des deux tiers de la population mondiale.

La Chine à la tête de l’économie-monde, c’était l’hypothèse, se vérifiera-t-elle, de Giovanni Arrighi, économiste et historien, enseignant à la John Hopkins University du Maryland, dans son ouvrage édité en 2007, Adam Smith à Pékin, les promesses de la voie chinoise.

Son idée centrale : depuis son éclosion au XVe siècle dans les cités italiennes et à Venise, le Capitalisme, pour asseoir son emprise et maintenir sa profitabilité, est constamment à la recherche d’une assise territoriale et populationnaire toujours plus large. D’abord à Venise, puis à Anvers et aux Pays-Bas au XVIIe siècle, en Grande-Bretagne aux XVIIIe et XIXe siècles, aux États-Unis enfin au XXe siècle. L’évolution est inéluctable. Le XXIe siècle sera celui de l’économie-monde chinoise.

America first se doit de relever le défi. À quel prix pour le monde ?

Après la grande crise mondiale de 1929, le Président Franklin Roosevelt avait lancé sa grande politique progressiste intérieure baptisée New Deal, et, à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, contribué pour l’essentiel à la fondation de l’Organisation des Nations unies, destinée à la prévention des conflits dans le monde.

La plus grande inquiétude nous étreint quant au new deal que préparerait Donald Trump pour rebattre les cartes du déclin américain face à l’Europe et à l’Asie.

Jean Casanova

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