Aborto libre, legal, seguro, y gratuito

« Le présent rapport dresse une analyse des évolutions du cadre légal chilien en matière d’accès à l’avortement, notamment au travers de l’adoption de la Loi 21.030. Il examine d’abord la situation de la majorité invisible des femmes, celle qui est exclue du cadre de cette loi et pour laquelle tout avortement légal et sûr demeure interdit et criminalisé. Le rapport analyse ensuite le contenu de la nouvelle législation chilienne et de ses décrets d’application, en soulignant leur caractère restrictif et les nombreux obstacles qui entravent aujourd’hui encore l’accès à l’avortement des femmes se trouvant dans les trois situations exceptionnelles prévues par la loi. Enfin, nos organisations adressent un ensemble de recommandations visant à protéger les droits des femmes et des filles chiliennes et à garantir leur accès aux droits sexuels et reproductifs et à l’avortement ».

Les auteurs et autrices analysent la fin d’une des législations – mise en place à la fin de la dictature d’Augusto Pinochet – les plus répressives et régressives au monde, les nouvelles conditions extrêmement restrictives « en cas de danger pour la vie de la femme, de non viabilité du fœtus ou de viol », la poursuite des violations des droits des femmes chiliennes, le recours et les conséquences des avortements clandestins, le très faible accès à l’avortement même en cas de viol – en particulier pour les mineures -, les conséquences des grossesses non désirées (Margaret Atwood, l’autrice de La servante écarlateje-suis-pour-elle-un-reproche-et-une-necessite/, a écrit à juste titre : « Impose les naissances si tu le veux, Argentine, mais nomme au moins cette obligation par son nom. C’est de l’esclavage », les restrictions d’accès à l’avortement dans le nouveau cadre légal (délais, intervention de tiers, obligation de corroboration, entrave au principe de confidentialité, objection de conscience individuelle et institutionnelle…). L’objection de « conscience » des un·es ne devrait cependant pas limiter des droits d’autres, constituer un « obstacle à l’accès aux droits sexuels et reproductifs », les intérêts de « certains groupes conservateurs et religieux »….

Le rapport se termine par des recommandations, aux autorités chiliennes, à la Commission inter-américaine des droits de l’Homme CIDH) et à la Rapporteure de la CiDH sur les droits des femmes, au Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CeDAW), à la Rapporteure spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, au Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit qu’a toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible, au Groupe de travail des Nations Unies sur la discrimination à l’égard des femmes, dans la législation et dans la pratique, au Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies, au Comité des droits de l’enfant.

Se battre pour des modifications des législation est une chose nécessaire, auto-organiser la mise en pratique d’un droit en est une dimension, à mes yeux, incontournable (voir les pratiques du MLAC en France). C’est aussi un moyen de combattre pratiquement la clause de « conscience » de certain·es médecins et de certain·nes personnel·les de santé. Cela peut-être un axe fort de mobilisation et de solidarité. C’est aussi une garantie d’autonomie, d’apprentissage par/pour chacune de la maitrise de son corps, contre les aléas des politiques restrictives.

Quoiqu’il en soit, les mobilisations en cours au Chili, en Argentine, en Amérique du sud, pour le droit à l’avortement ou contre les violences sexuelles (Chili. « Elles s’affrontent au patriarcat », « la vague féministe », chili-elles-saffrontent-au-patriarcat-la-vague-feministe/ ; Argentine. Un triomphe qui attend d’être définitif. La lutte pour la légalisation de l’avortementargentine-un-triomphe-qui-attend-detre-definitif-la-lutte-pour-la-legalisation-de-lavortement/ ; Féminisme du Sud : une critique systémiquefeminisme-du-sud-une-critique-systemique/) soulignent une nouvelle fois l’indispensable mobilisation autonome des femmes, la résistance des conservateurs/conservatrices de toutes obédiences, la farouche et constante intervention d’hommes pour refuser aux femmes leurs droits sexuels et reproductifs, l’égalité pleine et entière.

L’intervention de l’église chilienne, hier dans le soutien à la dictature, aujourd’hui contre les droits des femmes, pose le problème de la séparation du pouvoir politique d’avec le pouvoir religieux, condition nécessaire (mais non suffisante) du plein exercice pour toustes des droits démocratiques.

Par ailleurs, soutenir la violation de droits ne devrait jamais rester sans conséquences. Que ce soit dans les actuelles affaires de pédophilie, dans les atteintes au droit des femmes, dans les engagements contre la démocratie. Les prélats devraient rendre compte de leurs actes, non devant leurs pairs en réunion non mixte, mais bien devant la justice ordinaire.

FIDH : Avortement au Chili : les femmes face à d’innombrables obstacles

Paris 2018, 54 pages

rapportfidh-observatorio_avortement_au_chili_21-aout-2018

Didier Epsztajn


FIDH : Egypte : une répression made in France

Exportations d’armes et de technologies de surveillance

complicites-industrielles-et-etatiques-de-violations-des-droits-humains/

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