Troisième déclaration du Forum des journalistes indépendants contre la répression du régime orteguiste

Depuis plus de 140 jours, tous les médias indépendants rendent compte des manifestations citoyennes qui ont eu lieu dans le pays. A leur origine : la (contre)réforme du système de retraite de l’Institut nicaraguayen de sécurité sociale (INSS). Elles ont pris de l’importance face à la réponse violente et répressive du régime de Daniel Ortega (président) et de Rosario Murillo (vice-présidente), dont le bilan terrible [morts, prisonniers politiques, disparu·e·s, blessé·e·s à vie, menaces d’arrestations, condamnations pour « terrorisme » hors de toutes les normes légales, etc.] a attiré l’attention du monde entier.

Pendant cette période, les médias ont été confrontés à la répression du régime dictatorial qui considère ceux qui défendent la liberté comme des ennemis. La courageuse équipe journalistique d’Acción 10, dirigée par le responsable de l’information Mauricio Madrigal, s’est affrontée à l’administration de la chaîne. Car pendant les premiers jours des manifestations, l’administration de ce média avait choisi – selon sa politique éditoriale – d’ignorer les nouvelles qu’elle considérait « politiques ». Après trois jours de pression, les journalistes ont réussi à faire comprendre à l’administration l’importance d’informer la population sur les événements qui secouaient et secouent encore le pays. Toutefois, la victoire interne d’Acción 10 a de suite fait l’objet de graves représailles du régime dictatorial. Ce dernier a déclenché à travers ses médias et ses réseaux sociaux une campagne diffamatoire contre Mauricio Madrigal, l’administration de la chaîne et son équipe journalistique.

Face à l’incapacité de faire plier les journalistes par des campagnes ordurières, l’orteguisme a tenté de prendre le contrôle direct du journal télévisé en envoyant un employé d’une chaîne de télévision appartenant à la famille Ortega-Murillo dans les locaux de la chaîne. Il est arrivé le 20 août s’annonçant comme « le nouveau responsable de l’information » et que les informations ne traiteraient que du « social ». L’employé d’Ortega Murillo a été écarté des installations de la chaîne et les services d’information ont maintenu leur politique de reportage indépendant. Face à ces revers, le régime a encore accru sa pression sur l’administration du canal.

Dans le cas de Canal 12, qui a une longue histoire indépendante et où toutes les voix du spectre national ont eu leur place, il est confronté au siège constant de l’Institut nicaraguayen de sécurité sociale (INSS) et de la Direction générale des impôts, qui procède à des inspections permanentes à la recherche de la moindre faute pour imposer des dédommagements ou des amendes.

La pression politique et financière s’étend également aux stations de radio et de télévision locales. Dans de nombreux cas, ces pressions sont exercées par les secrétaires politiques du parti au pouvoir et les maires des municipalités. Ces manœuvres contre les médias ont pour principal objectif de faire taire la presse indépendante qui échappe au contrôle du couple Ortega-Murillo qui usurpe la présidence de la République.

Si Ortega et Murillo parvenaient à fermer le journal télévisé Accíon 10 et à maîtriser le Canal 12, ils auraient un contrôle absolu sur la télévision nicaraguayenne puisqu’ils ont entre leurs mains, sous leur pouvoir : les chaînes 4, 8, 13, 19, 22, 24 et 98 ; en plus de la chaîne 6 qui est la télévision publique, ainsi que la chaîne d’informations 2. Avec cette manœuvre un coup aurait été asséné à la liberté de presse, à la liberté d’expression et à la liberté d’information.

C’est un coup porté contre la liberté de la presse, car cela aurait apposé un bâillon à la liberté des journalistes indépendants qui veulent exercer leur profession dans la dignité et respecter leur engagement à informer leur public.

C’est un coup porté à la liberté d’expression parce que les Nicaraguayens auraient perdu des fenêtres de liberté d’expression et de dénonciation contre les abus du régime d’Ortega-Murillo qui, depuis son retour au pouvoir en 2007, n’a cessé de vouloir faire taire les voix discordantes. La dictature veut imposer un règne de silence dans lequel seule la voix du régime est entendue et sa version absurde des événements, en particulier les événements des cinq derniers mois.

• C’est un coup porté à la liberté d’information du peuple nicaraguayen qui disposerait de moins en moins d’options pour obtenir des informations par le biais des médias indépendants, ce qui diminuerait sa capacité à accéder à des informations contrastées. Il serait à la merci du discours officiel. Par exemple, le Canal 10 a une portée nationale et le Canal 12 diffuse non seulement Noticias 12, mais aussi des émissions de débat comme celle animé par Danilo Lacayo : en Vivo, ou Esta Semana et Esta Noche (cette dernière étant dirigée par le journaliste Carlos Fernando Chamorro, ancien directeur du quotidien du FSLN Barricada). C’est pourquoi les médias indépendants sont attaqués avec tant de fureur, parce que ce sont des fenêtres qui permettent au monde de connaître la réalité de la répression, de la violence et de l’abus de pouvoir que nous, Nicaraguayens, vivons pour exiger la LIBERTE, la JUSTICE et la DEMOCRATIE.

Le Forum des journalistes indépendants rejette chacune des attaques de la dictature d’Ortega Murillo contre la liberté d’expression, la liberté de la presse et la liberté de l’information.

• Le Forum des journalistes indépendants condamne les attaques les plus récentes contre des journalistes, notamment l’enlèvement du correspondant de Canal 10 à Jinotega [département du même nom], Francisco Espinoza et Roberto Collado, correspondants du même Canal 10 à Granada [département du même nom], les agressions contre les journalistes étrangers Sandra Weiss [Allemagne : c’est une journaliste basée au Mexique travaillant pour des journaux allemands et de Suisse alémanique; lui ont été dérobés sa caméra, son enregistreur, sa carte de crédit ; elle refusa de quitter de suite le pays, elle a déposé plainte auprès de l’ambassade d’Allemagne, elle a terminé son reportage et l’a publié dans la NZZ] et la réalisatrice de documentaires Emilia Mello [Brésil, elle disposait d’un passeport des Etats-Unis, elle a été arrêtée et retenue quelque 30 heures puis déportée au Mexique elle était connue, entre autres, comme la réalisatrice d’un documentaire primé sur les recycleurs de déchets de Rio de Janeiro].

• Nous condamnons également les campagnes de diffamation, de harcèlement et de menaces de mort contre les journalistes et même leurs familles : Mauricio Madrigal, Danilo Lacayo, Jaime Arellano, Luis Galeano, Alvaro Navarro, Maryorit Guevara, Francisco Gadea (Jinotepe), Arielka Juárez, Sergio León (Bluefields), William Aragón (Madriz, département), Eddy López (Léon), Yilber Ideáquez (Masaya), Aurora Leytón (Matagalpa), Magdaleno González (Estelí), Gerald Chávez (VOS TV), les chroniqueurs sportifs Miguel Mendoza et Yader Valle, Israel González, le blogueur Manuel Díaz, etc.

Nous rejetons la répression brutale du régime orteguiste qui a fait plus de 400 morts et la migration forcée de milliers de Nicaraguayens [quelque 30 000]. Nous exigeons la libération des prisonniers politiques ! Le Nicaragua appartient à tous ! Nous avons tous le droit de nous exprimer librement et d’avoir accès à une information véridique et indépendante !

Managua, 8 septembre 2018

Traduction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/amelat/nicaragua/nicaragua-attaques-contre-la-liberte-de-la-presse-dexpression-et-dinformation.html

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