Interroger les conditions sociales de production des groupes ethniques

Le livre de Swanie Potot aborde directement une question « théorique » (dans les termes mêmes de l’auteur.e : « Comment rendre compte de la force et du maintien de la catégorisation ethnique lors même qu’on a démontré son caractère non essentiel ou non naturel ? ») en s’appuyant sur une enquête éclairante auprès des habitant.es roumain.es d’un campement de la périphérie de Nice. En ce sens, s’il s’appuie sur la production éditoriale, abondante, concernant les Roms ou Tsiganes, il a le mérite de questionner les origines (et les fonctions) de la catégorisation à laquelle ils et elles sont renvoyé.es et l’usage qui en est faite par les intéressé.es.

Tout en analysant l’émergence du « mouvement Rom » et sa « reconnaissance » par les principales structures institutionnelles internationales ou européennes (cette « consécration » étant le fruit d’une volonté de « substituer le multiculturalisme à la lutte des classes »), l’auteur.e met l’accent sur la diversité des communautés, en insistant sur les dimensions sociales de leur stigmatisation. Il est ainsi significatif que dans ce campement situé entre une aire de stationnement des « gens du voyage » d’une part et d’un foyer de « Chibanis », les liens avec les premiers sont quasi inexistants, alors qu’avec les « Arabes » « qui ont connu la vie en bidonville dans les mêmes lieux lors de leur arrivée en France » ils sont plus fréquents et plus riches.

De nombreuses pistes de réflexion (et de débats !) sont ainsi ouvertes : « L’exclusion socio-économique des migrants les plus démunis, issus en majorité du pays le plus pauvre de l’UE est ainsi ramenée à une question d’ethnicité et de tolérance » ou encore « Qu’il s’agisse de prendre la défense des habitants des bidonvilles ou au contraire de dénoncer la présence intrusive de migrants est-européens, l’ethnie Rom est devenue une catégorie opérante aux yeux de tous. (…) En ce sens, la catégorisation précède son essentialisation : on crée un réceptacle, la catégorie rom, que l’on garnit ensuite en puisant dans un imaginaire disponible » (des romantiques bohémiens, aux voleurs de poules et enleveurs d’enfants).

Une lecture stimulante.

Swanie Potot : « Nous les Tsiganes, ou les Roms, comme vous dites, vous ». Catégorisations ethniques et frontières sociales en Europe

Presses Universitaires de Rennes 2018, 20 €

Dominique Gerardin

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