Jules Ferrand sort sa montre de son gousset

Jules Ferrand sort sa montre de son gousset. Dix heures viennent de sonner au clocher de Saint-Eustache annonçant la fermeture du marché des B.O.F. Les beurre-œuf-fromage ont acheté leur marchandise, fait le tour des caisses des mandataires pour payer, ramasser les achats, chargé les camions place Beaubourg. Il a un petit sourire aux bords des lèvres : c’est une bonne journée qui s’annonce. Il a trouvé une belle meule de gruyère extra, un vieux Salers et tout ça sans facture. C’est toujours ça que le percepteur n’aura pas. Et puis, avec ses copains, les crémiers de la rue Montorgueil, ils ont cassé la croûte dans leur resto attitré. Germaine, la patronne, elle avait fait griller des andouillettes de Vire. Une andouille bien dorée avec un Bourgueil 47, une bonne année. Un régal. Pour se rassurer, il met la main dans la poche intérieure de sa veste de velours ; son portefeuille est là, bien gonflé par les billets. Il a le temps d’aller voir la Simone. 

Simone, il l’aime bien. Ce n’est peut-être pas la plus belle mais elle fait bien son boulot. « Content ou remboursé » qu’elle dit pour plaisanter avec les clients. Il l’a à la bonne, la Simone. Pour ainsi dire, il a le béguin pour elle. Elle sourit tout le temps, elle. C’est pas comme Yvonne, sa femme. Bonne commerçante, elle sert bien le client. Elle sait écouler les rogatons et met un peu coup de pouce sur la balance. C’est pour payer le papier, qu’elle dit. Comme toutes les semaines, bras dessus, bras de dessous, avec la Simone au bras, il va chez Lucien, un pays. Il tient un hôtel de passe au coin de la rue Rambuteau. 

Le Lucien, il prend l’air devant sa porte. Il voit son pays au coin de la rue de la Grande Truanderie. Faut pas lui faire prendre son temps. Il lui tient la porte. Il prendra sa serviette en passant et mettra un petit billet pour la chambre, dans le tiroir du bureau, au premier étage. En patois, avec un sourire en coin, il lui dit qu’il s’est encore trompé de porte : l’église est juste à côté. Alors Jules et son pays rient, comme toutes les semaines à la même plaisanterie.

Richard Tassart

Hommage simple à un grand du street art, Levalet.

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