Panta rhei

(Université de Cergy-Pontoise – 33, boulevard du Port – Cergy-Pontoise – Val-d’Oise — 5 Août 2018)

En grec ancien, la formule « Panta rhei » signifie littéralement « Toutes les choses coulent ». Utilisée par le philosophe Héraclite d’Éphèse, l’expression synthétise l’idée d’un monde en mouvement perpétuel. Et pourtant, mouvement perpétuel ou non, bien souvent tout recommence.

Vacances studieuses, nous sommes aujourd’hui au Département d’Histoire de l’Université de Cergy-Pontoise, où se tient depuis quelques jours, sous la présidence du Pr Edward Gibbon, un colloque consacré à la Décadence de l’Empire Romain.

Le Pr Edward Gibbon, historien britannique, chercheur et enseignant encore aujourd’hui à l’Université d’Oxford, reste la référence absolue pour les historiens romains et byzantinistes. Éminemment érudit, mais profondément désabusé – on cite volontiers de lui la formule lapidaire « L’Histoire n’est au fond guère plus que le registre des crimes et des folies de l’humanité » – le Pr Edward Gibbon a tenu aujourd’hui à nous parler du règne tourmenté de l’Empereur Commode qui régna de 180 à 192 ap. J.C.

Transportons-nous un instant sous l’Empire Romain, au temps de l’Empereur Commode. Commode certes, mais autant odieux que divin, et en perpétuel affrontement avec le Sénat romain qui tentait vainement de borner sa soif toujours insatisfaite de pouvoir personnel. Dans ce gouvernement de l’autocratie absolue, Commode est resté célèbre auprès des historiens pour sa tendance à s’appuyer sur des plébéiens et des favoris qu’il avait lui-même promus à partir de son entourage immédiat.

L’un d’eux, Cléandre, s’empara ainsi du titre de préfet du prétoire, le commandement de la garde prétorienne chargée de la sécurité de l’Empereur.

Voilà chers lecteurs, quelque peu démenti le panda rhei d’Héraclite. Tout passe certes, mais souvent recommence.

Commode, commença le Pr Gibbon devant l’assemblée studieuse et attentive du grand auditorium du Département d’Histoire, Commode était un empereur romain qui régna cinq ans, de 2017 à 2022 ap. J.C.. Son image reste celle d’un monarque cruel et imbu de pouvoir personnel. Bien plus en cela que ses prédécesseurs au trône, Sarkéronet Holligula, eux aussi frappés du même hubris.

Porté au pouvoir par une conspiration de banquiers emmenée par leur chef Rothschildus, Commode bénéficia, la première année de son règne, de ce que l’on appelle encore « l’état de grâce » et d’une bonne entente avec le Sénat, cet équivalent du Parlement d’aujourd’hui, entouré de plus de l’affection des hauts personnage de l’Empire.

Mais sa volonté affichée avec insistance d’accentuer l’omnipotence impériale et de restreindre les prérogatives du Sénat, dont il voulait limiter le nombre de représentants, l’amena à ne plus s’entourer que de favoris, plébéiens issus du rang, parmi lesquels s’imposa alors la figure de l’affranchi Cléandre.

Qui était donc Cléandre ? Telle était la question du Pr Gibbon à l’assistance attentive.

Dans son décryptage des écrits du théologien Eusèbe de Césarée consacrés à la période de l’Empereur Commode, l’historien arabe de l’époque omeyyade du VIIIème siècle, Urwa ibn Zubayr, mentionne la figure de Cléandre en indiquant qu’il se croyait fils des Dieux. Pour cette raison, il lui fait porter dans la suite de ses écrits le surnom de Ben Allah.

De la carrière de Cléandre, on peut dire qu’elle fut courte et chargée, autant que désastreuse. Esclave arrivé à Paris après avoir été l’objet d’une vente à l’encan par d’anciens valets de Holligula, il accomplit l’exploit d’obtenir la liberté, être affranchi, et de s’introduire, lui, un ancien porteur de bagages, au sein de la famille impériale, jusqu’à devenir un familier de l’épouse de Commode, Faustine la Jeune.

C’est ainsi qu’il parvint à occuper le poste de Premier Chambellan et de préfet du prétoire, la garde rapprochée de Commode. Ambitieux et à l’humeur redoutable, il lui arrivait, pour se « passer les nerfs », l’expression est resté célèbre, il lui arrivait d’aller, accompagné de quelques centurions, d’aller molester les promeneurs sur le Forum de la Contrescarpe.

(L’expression « se passer les nerfs » est utilisé dans le langage familier. Métaphoriquement, les nerfs représentant le manque de contrôle, l’expression veut dit que que l’on frappe quelqu’un pour se calmer.)

C’est à la suite de ces différents abus, connus dans tout l’Empire, au-delà de Rome et de Paris, et abondamment relayés par YouTube, que survint la chute de Cléandre. Le peuple excédé exigea son exécution et obtint satisfaction, une fois Commode informé et conscient qu’un simple bannissement de 15 jours ne pourrait calmer l’ire populaire et sénatoriale.

Commode ou pas, c’est là le chemin, conclut le Pr Edward Gibbon, le chemin de toutes les formes de pouvoir personnel. Au-delà des accidents de parcours et des privautés de l’empereur et de ses favoris, la décadence de l’Empire Romain était en marche.

Chaleureusement applaudi, et à l’assistance complice, le Pr Edward Gibbon rajouta que certes, Macron n’était ni commode, ni Commode. Que son projet de révision constitutionnelle n’était pas aussi ambitieux que celui de l’Empereur affronté au Sénat. Que LREM n’était pas une cour d’affranchis impériaux. Mais Benalla pourrait être son Cléandre. Un porte-flingue, non pas préfet du prétoire, tout simplement de la pétoire.

Naturellement, toute ressemblance avec des Français ayant existé est donc complètement fortuite.

Jean Casanova

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