Il s’est passé ceci d’inouï : nous nous sommes mis à parler

« Notre ambition est limitée, il s’agit – à l’occasion de ce cinquantième anniversaire – de porter à la connaissance d’un public plus large que celui de la recherche des éléments susceptibles de mieux comprendre les années 68 des étudiants en France ».

Dans leur présentation, presentation-de-louvrage-de-jean-pierre-legois-alain-mochablon-robi-morder-etudiant·es-en-revolution/, publié avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder abordent la double mutation universitaire, « la massification des effectifs, et les changements des fins des universités » et les mouvements étudiants, « nous concentrant dans cet ouvrage plutôt sur les manières dont les mouvements étudiants s’organisent, se structurent, se présentent et se représentent que ce soit au travers d’organismes conjoncturels où à vocation durable, politiques ou à vocation représentative ».

Ils présentent, entre autres, la spécificité du « mai français », ce qui fut à la fois « une crise universitaire, une crise sociale et une crise politique », les évolutions dans et de l’UNEF « entre réforme, révolution et corporatisme », les mobilisations de la jeunesse scolarisée (en complément possible, Didier Leschi et Robi Morder : Quand les lycéens prenaient la parole. Les années 68 : penser-par-soi-critiquer-le-lycee-caserne-rever-ce-fut-un-joli-mois-de-mai/) ou celles des étudiant·es, les nouvelles formes d’action – assemblées générales, comités de grève, désignation de délégué·es, coordinations nationales -, la désyndicalisation et le « tournant » de 1976, les débats autour du présent et de l’avenir des étudiant·es, « L’empreinte des années 68 sur les mondes étudiants et universitaires va bien au-delà du cadre d’évolution des mouvements étudiants à vocation représentative : c’est l’ensemble de l’institution universitaire, de ses méthodes et de ses fins, c’est l’ensemble des communautés universitaires, de leurs modes de fonctionnement, gouvernement et « vivre ensemble », qui sont « hérités » de ces années 68. Savoir faire fructifier son « patrimoine »/« matrimoine » est un enjeu à la fois propre et commun à chacun de ces mondes ».

Les auteurs détaillent, entre autres, les profondes transformations du milieu étudiant dans le cours des années 60, l’accroissement des effectifs, l’extension de la scolarisation dans le secondaire, l’allongement de la durée des études supérieures, la féminisation des effectifs, les origines sociales (la massification de l’enseignement supérieur ne s’est pas doublée d’une démocratisation correspondante), les modes de fonctionnement des universités, le sous-équipement en logements universitaires (et la revendication d’allocation logement ou la rigoureuse séparation des sexes), les problèmes budgétaires des étudiant·es, la réforme Fouchet, la mise en place de nouvelles filières, la création des instituts universitaires de technologie (IUT)…

Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder expliquent les évolutions de l’organisation du mouvement étudiant, les transformations de l’UNEF, le projet « syndicaliste-révolutionnaire de la nouvelle mino », les théorisations sur ce que sont/seraient les étudiant·es ou le rôle de l’enseignement supérieur, les pratiques syndicales… J’ai notamment été intéressé par la présentation des orientations et des pratiques des différents groupes radicaux.

Le second chapitre est consacré au « moment 68 », les facultés et les lycées, la « commune étudiante universitaire », la critique des contenus et des rapports enseignant·es/enseigné·es, l’autonomie pédagogique, les projets « Quelle université ? Quelle société ? », les répertoires d’action et les choix politiques, les comités d’action et leur coordination, les notions de « mandat impératif » et de « révocabilité », le Comité de liaison étudiants-ouvriers-paysans (CLEOP), les débats autour du boycott et de la participation face à la Loi Faure, l’émiettement du mouvement, la scission de l’UNEF, les « réalisations étudiantes », les rapports aux confédérations syndicales et aux pouvoirs publics… Je souligne les chapitres sur les luttes universitaires, les coordinations des délégué·es élu·es en assemblées générales, les débats autour du syndicalisme étudiant (et les « impasses/raccourcis » des multiples groupes radicaux. La place du syndicalisme comme mouvement permanent fut occultée par la focalisation sur le temps court et les formes ponctuelles de mobilisation, voire dénié au nom de la construction de « parti »)…

En conclusion, Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder reviennent sur l’accès à l’université, la question des fins de l’enseignement supérieur, les caractéristiques des mouvements étudiants…

L’ouvrage est complété par un intéressant texte de Jean-Philippe Legois sur les archives et mémoires étudiantes.

Le titre de cette note est de Michel de Certeau, cité par les auteurs.

Reste une question, que je pose maintenant à toustes les auteurs et autrices, pourquoi ne pas utiliser une écriture plus inclusive ? – le point médian, l’accord de proximité, les étudiant·es et les lycéen·nes, pour rendre visibles les unes et les autres, les iels et toustes. Je note cependant l’emploi du mot matrimoine.

Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder : Étudiant·es en révolution ?

Editions Syllepse, Groupe de recherches sur les mouvements étudiants (Germe), la Cité des mémoires étudiantes

https://www.syllepse.net/Etudiant-e-s-en-revolution–_r_77_i_729.html

Paris 2018, 160 pages, 10 euros

Didier Epsztajn


En complément possible :

Jean-Philippe Legois : 33 jours qui ébranlèrent la Sorbonne : 33-jours-et-louverture-des-possibles/ 

Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon et Robi Morder (coordination) : Cent ans de mouvements étudiants, penser-les-mouvements-etudiants-dans-la-societe/

2 réponses à “Il s’est passé ceci d’inouï : nous nous sommes mis à parler

  1. Décidément le mai 68 des prolos n’est pas porteur. Les forces qui l’ont mis au rancart étaient costauds, le PC, le PS ont tout fait pour le nier. Et ça continue!

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