Nous devons raisonner en termes de droits

Je lis et chronique axelle depuis février 2014. Je tiens à remercier les éditrices de m’avoir fait découvrir leur journal. Et chaque mois, c’est un réel plaisir d’ouvrir l’enveloppe et de découvrir les textes proposés.

Dans son édito « Fêtons nos victoires ! », Sabine Panet souligne les raisons de se révolter « face aux inégalités, à l’injustice, aux violences ». Donc des révoltes de femmes et aussi des victoires. Ce numéro contribue en 52 pages pour 20 ans à « éclairer le passé », la force des femmes, leur combativité, leur créativité. « Qu’on ait envie de faire partie, de mille façons, de ce mouvement subversif et transformateur qui a pour beau nom : féminisme ».

La rédaction revient sur « la création d’un magazine unique en son genre », une fenêtre sur l’extérieur, une charte éditoriale – dont « L’éducation permanente est au cœur de notre travail. Elle nécessite notamment une démarche critique par rapport aux normes et aux soi-disant évidences du système patriarcal, capitaliste et raciste qui conditionne le sort des femmes dans de nombreux domaines » -, un titre féminin, l’idée « d’être « axée » vers « elle »… », des images de mobilisation pour les droits des femmes, le premier numéro en janvier 1988, le 100% des pages consacrées à l’actualité des femmes, « c’est d’emblée nous situer dans la résistance. Car les femmes sont sous-représentées dans l’information traditionnelle. Mais alorsvraimentsous-représentées », des récits et des analyses qui s’opposent au « mythe de l’égalité-déjà-là », un outil d’émancipation pour toutes, le lien avec Vie féminine, une approche à la fois professionnelle et engagée…

Et comme les rédactrices l’écrivent, « MERCI à tous·tes les journalistes, graphistes, illustratrices, bénévoles, porteuses… qui ont contribué au magazine depuis sa création ! »

Quelques éléments choisis subjectivement dans ces 20 ans de mobilisations pour les droits des femmes.

1998 : Des violences policières, des violences « conjugales » et leur régime pénal…

1999 : Des femmes du Kosovo et de Palestine, la question de l’articulation « entre engagement solidaire de deux personnes et le respect de leurs droits propres »…

2000 : Des centres-pilotes de prise en charge de violences sexuelles, des femmes marocaines et polonaises, Les Monologues du vagin,la Marche Mondiale des Femmes, « Libérez nos corps et nos territoires ! », « Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en marche ! »…

2001 : Le viol comme arme de guerre reconnu comme crime contre l’humanité, des femmes et l’ère des talibans en Afghanistan, l’excision interdite en Belgique, l’égalité à l’école aussi, l’Odyssée de Vie Féminine, « un travail de qualité, une autonomie financière, des professions de soin aux autres reconnues et valorisées, l’engagement de toute la société contre les violences envers les femmes ou encore la construction de solidarités entre les femmes »…

2002 : Handicap de grande dépendance : chacun·e a droit à une place

2003 : Les conjointes aidantes, la saga du SECAL (service des créances alimentaires)…

2004 : La fin de la répudiation en Belgique, « la Belgique ne peut plus reconnaître un acte établi à l’étranger constatant la volonté du mari de dissoudre la mariage sans que la femme n’ait disposé d’un droit égal », le voile qui occulte les véritables inégalités, l’impunité des féminicides, les violences conjugales et des progrès à petits pas…

2005 : Ecrire au féminin, les formes féminines des noms de métiers, la règle de proximité, le refus d’enseigner « le masculin l’emporte sur le féminin »…

2006 : La parentalité pour toutes, les femmes au café, la précarité au féminin…

2007 : La réforme du divorce, une nobelle – Doris Lessing…

2008 : Mobilisation pour les femmes sans papiers, des palestiniennes en lutte, « en tant que Palestiniennes vivant sous l’occupation, mais aussi en tant que femmes ayant affaire à une société patriarcale, conservatrice, où la religion forge l’inégalité des statuts entre les sexes », « Résister, c’est créer »…

2009 : Contre les mariages forcées, l’avortement en Equateur…

2010 : Un féminisme antiraciste et contre l’extrême droite, un comité féminin afro-descendant, l’autonomie des femmes et leurs droits personnels, les combats contre les violences, « Le but est de construire un savoir collectif à partir du regard des femmes sur les violences conjugales, et de le transformer en projet politique »…

2011 : Travailleuses domestiques et travail décent, pas de printemps arabe sans les femmes, Bayan Yani, des femmes contre Berlusconi

2012 : Pussy Riot, les pilules de 3e et 4e génération, toutes les femmes et tous les corps…

2013 : Un discours de onze heures pour défendre le droit à l’avortement, une année en caravelle…

2014 : Le nom des enfants, des violences gynécologiques, des femmes du Rwanda, la loi contre le sexisme : une victoire en demi-teinte, harcèlement sexiste et sexisme global…

2015 : L’abandon forcé d’enfants métis·ses, des femmes de ménage grecques ont balayé l’austérité, des femmes solidaires des réfugiées, bell hooks enfin traduite en français, des femmes contre l’austérité…

2016 : Un clitoris en 3D, la taxe tampon, les grévistes du 57 boulevard de Strasbourg à Paris…

2017 : #MeToo, #BalanceTonPorc, allocations familiales : on y tient !…

2018 : Sortir l’avortement du code pénal, des espagnoles ont arrêté le monde, accueillantes : la passion c’est bien, les droits sociaux c’est mieux !…

De la révolte à l’action, retour sur 20 ans de mobilisations dans axelle. « Valérie Lootvoet, directrice de l’Université des Femmes et militante féministe, est une compagne de route de notre magazine. Elle a signé dans nos pages de nombreux articles au début des années 2000 et, depuis, continue à nous suivre avec attention. Sabine Panet, la rédactrice en chef, a dialogué avec elle pour esquisser un bilan des mobilisations exposées dans ce hors-série et pour tenter de se projeter dans un futur proche ».

De possibles et nécessaires mobilisations féministes futures, refaire des assemblées générales des droits des femmes, prendre en compte les réalités vécues par les femmes, « Par ailleurs, d’un point de vue politique, il faut reparler du congé de paternité obligatoire ; continuer à se mobiliser sur le sujet des pensions ; remonter le salaire minimum et les barèmes ; faire en sorte que chaque enfant entre 0 et 3 ans bénéficie d’une place d’accueil de qualité… Questionner aussi le fait que, dans ce contexte de précarité et d’inégalités, les femmes sont poussées à utiliser leur corps comme une source de revenu. En conclusion, la société nous fait passer le message suivant : « Soyez dignes, mais crevez ! » – en utilisant ce concept de « dignité » qui, comme le montrait l’anthropologue féministe Nicole-Claude Mathieu, est un piège pour les femmes. Nous, nous devons raisonner en termes de droits et dire : « Vivons bien, grâce à nos droits ! » »

 

Un journal de nos amies belges à faire connaître.

AxellHors-Série : 20 ans de droits des femmes

juillet-août 2018, http://www.axellemag.be

Didier Epsztajn

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.