Shame on you, Theresa !

À la une de tous les tabloïds, sur les réseaux sociaux, tournant en boucle sur YouTube, les images ont bouleversé et scandalisé le Royaume.

Tout s’est passé il y a deux mois. Le 1er Mai exactement, devant Buckingham Palace lors de la Relève de la Garde. Ce jour là, Alexander Benalland, habituel chargé des missions de sécurité et de la garde rapprochée de la Première Ministre, équipé du casque des célèbres bobbies londoniens et d’un brassard de policeman, présent à l’endroit d’une manifestation pacifiste, s’en est pris avec une rare violence à un jeune manifestant. 

Sur les images d’une vidéo largement partagée aujourd’hui sur Facebook, on voit Alexander Benalland, l’homme au brassard de policeman, s’en prendre violemment au jeune homme et, visiblement hors de lui, le traîner au sol, le saisir avec la plus grande brutalité au cou, comme pour l’étrangler, le frapper à plusieurs reprises de coups de pied au ventre et au thorax.

Les témoins convaincus qu’il s’agit là d’un policeman en civil n’osent visiblement intervenir. Les officiers et soldats de la Garde personnelle de la Reine quant à eux, eux dont la plupart se sont battus avec héroïsme et tous les honneurs dans les conflits majeurs de l’Armée britannique, fidèles à leur tradition d’imperturbabilité, restent immobiles et impassibles. De non-assistance à personne en danger, cela n’est pas certain.

Le Royaume est scandalisé. Quand il apprend de surcroît que Alexander Benalland dispose d’un petit studio dans les dépendances du 10 Downing Street, la résidence de la Première Ministre, et qu’il y vit dans son quotidien le plus proche et le plus intime. Oui ! Le Royaume est scandalisé. Car nous sommes au Royaume-Uni. Et s’il demeure Uni aujourd’hui, c’est bien dans la réprobation la plus générale.

Celle de la presse et de ses tabloïds, toujours il est vrai à l’affût du sensationnel. Mais également, de la Chambre des Communes où une formidable bronca a accueilli la Première Ministre lorsqu’elle s’est présentée devant son Président, le Speaker of the House of Commons, l’officier qui préside la chambre basse du Parlement. Réprobation la plus large également de l’ensemble des gens de la rue et du monde citoyen en général, car même dans un royaume, on demeure citoyen.

Jusqu’à la Reine elle-même, prononçant le soir même au micro et sur les écrans de la BBC, « Shame on you, Theresa ! »

Au-delà de la grande émotion, qu’y compris à l’étranger nous partageons, nous ne perdons pas le sens critique et réfléchissons aux fondamentaux de la chose. Un individu privé, au motif qu’il est le garde du corps de la Première Ministre et vit à ses côtés, porteur d’un brassard et d’un casque de bobby, peut-il se livrer, en toute impunité et secrètement protégé, au pires exactions ?

(Les bobbies de Londres sont aussi connus que Big Ben et les cabines téléphoniques rouges des coins des rues. Leur nom de bobbies leur vient de celui de leur créateur, le Ministre Robert Peel qui, en 1929, mit en place cette unité toute spéciale de la Police londonienne. Du prénom du ministre, « Robert », on tira le nom de « Bobby’s boys », « les hommes de Robert ».)

Tout ceci ne serait-il pas la manifestation du pouvoir, que dire du pouvoir, de l’omnipotence d’un seul homme ou d’une seule femme ? Voilà bien là les excès pourtant prévisibles de la démocratie parlementaire, ce régime où le Chef de l’Exécutif est choisi et soutenu par une majorité parlementaire à laquelle il doit rendre des comptes et ne peut rien cacher.

Félicitons-nous du fossé, il n’est pas que celui du Channel, qui sépare nos deux pays, nos deux régimes, nos deux systèmes institutionnels, et nous épargne ainsi de telles dérives attentatoires à la justice et à la démocratie. Foin du Royaume, nous sommes, nous, en République.

En France, où le Chef de l’Exécutif dispose à son gré d’une majorité parlementaire qu’il s’est fait donner trois semaines après sa propre désignation, où il dispose sans réserve de la complaisance de l’oligarchie qui l’a mis en selle, où les ministres n’ont de comptes à rendre qu’à lui, en France de telles exactions n’auraient pas de sens, ne pourraient avoir lieu.

En quoi seraient-elles d’ailleurs nécessaires ? À preuve, nous vous restituons là le texte de la motion qu’adressait à son souverain l’Assemblée fraîchement élue au Printemps 2017 :

« Nous, citoyens et bourgeois de l’Assemblée, représentant le corps tout entier du royaume, nous affirmons solennellement, devant Dieu et le Marché, que nous serons toujours les loyaux et obéissant sujet de notre très gracieux souverain le Roi Emmanuel, et que nous serons toujours prêts, dans le respect des règles parlementaires, à l’aider à réformer les abus de l’État. Nous supplions très humblement notre très cher et redouté souverain, en sa sagesse et bonté, d’être assuré de notre sincère et profond amour, et de considérer comme ennemis de l’État et calomniateurs du peuple tout ceux qui oseraient dire le contraire. »  

(Il s’agit là, à quelques mots près, de la déclaration que le Parlement anglais, lors de son investiture en 1625, adressait au roi Charles Ier. Funeste présage, ce dernier périssait décapité sous la hache du bourreau quelques années plus tard.)

En France, pays de l’omnipotence paisible, la sécurité du Chef de l’État est assurée par les organes républicains de la Police et de la Gendarmerie. On n’utilise pas, ne loge pas à côté de ses appartements, un personnel secret, celui tout au plus qui l’accompagne pour une partie de tennis. Comme dit un confrère, pas de nervi dans l’alcôve de la Présidence.

En France, nous ne sommes pas en barbouzie. La question d’un changement d’Institutions, celle d’une VIème République ne se pose pas.

Jean Casanova

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