Faire de l’écriture un corps de délit qui dérange leur discipline

Des textes à connotation autobiographiques. Une langue simple et colorée, poétique et ouverte. Les mots du plus et du moins…

Dès le premier texte, Le pantalon long, le refus d’un certain ordre adulte et froid. Le dégout, la langue autorisée et le dialecte parlé, « La langue embaumée faisait partie d’une soumission générale au pouvoir adulte », l’écriture comme « champ ouvert, une issue », les mots pour déverrouiller ce qui entoure, les accusations de copie pour « une insolite libération de langage et un abus d’imagination », l’accusation et la rébellion par le silence, « Ce ne fut pas une gifle en pleine figure, plutôt un coup au creux de l’estomac, lancé à froid. L’accusation provoqua en moi la rébellion du silence ».

La révolte contre les corps constitués, leur besoin d’espaces étroits et leur refus des champs ouverts. Une noix de résistance formée dans son corps…

Le titre de cette note est empruntée à ce premier texte.

Sans volonté d’exhaustivité, juste quelques incursions dans cet ensemble à lire.

« J’ai fait l’expérience de la liberté, qui n’est pas une liste de droits dont profiter, mais un danger »

Les souvenirs d’une maison, d’une ville, les années de cuivre, l’insomnie d’une génération, le silence des personnes âgées, « Leur silence n’est pas une absence de bruit, mais les deux lèvres d’une blessure ouverte », un coiffeur et la transmission des histoires passées, le temps de travail, le livre comme un verre à tenir jusqu’au bout du voyage, des locataires et la susceptibilité d’être évacué·es, la vérité impudente, les images de l’album, les manques dont chacun·e est composé·e, les livres et les murs, « Les livres ne redoublent pas l’épaisseur des murs, ils l’annulent au contraire. A travers les pages, on voit dehors ».

Le terrorisme de l’histoire moderne, Guernica, le son de la sirène d’alarme à la fin du XXème siècle, « Alors, le deuil reste gravé dans les voix des femmes qui ont répété la rengaine de la sirène d’alarme », les syllabes au sec, les corps protégés du soleil, les mains vides, « Elles ont vides parce qu’elles ont été comblées à ras bord », un crachat sur les pieds des hiérarchies, Bob Dylan, « la voix de quelqu’un qui s’était mis en route en fermant dans son dos la porte de chez lui », l’infinie liberté là dehors, le prénom et allégement d’identité, l’ombre collée à soi, des mots devenus les siens, les bistrots et les lieux opportuns, le rythme des pas dans une ville, le ciel et le champ de bataille de cerfs-volants, la peur, les naufragé·es sur la terre ferme, Naples, les cendres résiduelles de la lecture, les empreintes, « Et maintenant »…

Erri de Luca : Le plus et le moins

Traduit de l’italien par Danièle Valin

Folio – Gallimard, Paris 2016, 196 pages

Didier Epsztajn


Parmi l’oeuvre de l’auteur :

Le tort du soldatje-peux-jeter-la-fausse-monnaie/

La parole contrairele-droit-constitutionnel-de-parole-contraire/

Tu, moiHaiele, plus qu’un prénom

Pas ici, pas maintenantIls sont maladroits les mots de l’absence

Le jour avant le bonheurle-passe-etait-un-escalier-et-je-le-remontais/

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