France – Belgique. Le match

Nous sommes ce soir, 10 Juillet, à Uccle, petite bourgade cossue des environs de Bruxelles…

Nous somme ce soir, 10 Juillet 2018, à Uccle, petite bourgade cossue des environs de Bruxelles où vient de s’achever la finale France – Belgique de la Coupe d’Europe de la FIEFA (Fédération Internationale d’Exil Fiscal Association).

L’euphorie et la fièvre des derniers jours sont retombées. Au terme des deux mi-temps réglementaires – oui, il existe un règlement au jeu sportif de l’Exil Fiscal – au terme des prolongations et des tirs au but, le score est resté nul, 2 à 2, aucune des deux équipes ne parvenant à s’imposer.

Même l’épreuve des tirs au but, les fameuses pénalités (de l’anglais penalty, au pluriel penalties) n’a pu départager les deux équipes, tant chacune d’entre elles tenaient à démontrer son incapacité et son aversion pour le principe de la pénalité.

Comment ces deux redoutables équipes avaient-elles pu se hisser à ce plus haut niveau de la compétition ? Un bref retour en arrière s’impose peut-être.

L’Exil Fiscal est un sport très spectaculaire, très populaire également, populaire si l’on peut dire, dans les banlieues aisées des grandes capitales, sport auquel, dès leur plus jeune âge, les gamins de Neuilly et de Uccle sont entraînés sur les conseils de leurs parents.

Importé et popularisé en Europe par l’ancien champion Jean-Claude Juncker, créateur du célèbre jeu du ruling tax, l’Exil Fiscal cultive effectivement les qualités de vitesse, de précision, de rapacité et de bétonnage défensif pour échapper aux contraignantes réglementations fiscales nationales. Toute vertu dont l’inculpation, nous voulions plutôt dire l’inculcation, demande à être travaillée dès le plus jeune âge.

(Quant au ruling tax, plus communément appelé tax ruling, il s’agit d’un accord secret signé entre un État et une Entreprise, le plus souvent une multinationale, déterminant les conditions fiscales avantageuses accordées à l’entreprise lors de l’implantation de son siège ou de ses filiales dans le pays en question. En quelque sorte, la forme modernisée du rescrit de l’Empire romain, rescrit où l’Empereur fixait une question de droit fiscal qui échappait ainsi à la norme ou à la loi habituelle.)

Mais revenons au déroulé plein de suspense de notre match, dont le coup de sifflet d’envoi remonte maintenant à quelques années.

À la fin de la première mi-temps qui s’achevait à l’Été 2017, la Belgique menait à la marque 2 – 0, accueillant près de 10 000 exilés fiscaux français, le plus souvent désormais résidents à Uccle, Rhode-Saint-Genèse ou Ixelles, banlieues de Bruxelles, devenues terre d’accueil de nombreux SDF (Sans Difficultés Financières) de nationalité française. Chanteurs, sportifs, acteurs, grands patrons tels Vincent Mulliez (Auchan, Décathlon), Bernard ArnaultPierre Emmanuel Taittinger… Tous ayant fait le choix de la proximité de Paris et de la douceur de climat du plat pays, au détriment de la regrettée Suisse helvète.

La seconde mi-temps entamée à l’Automne 2017 allait montrer la forte capacité de l’équipe de France à revenir dans la partie, même menée 2 à 0. À l’occasion d’un changement de joueurs à la sortie des vestiaires, l’entraîneur Didier Rotschild faisait entrer sur la pelouse sa nouvelle acquisition au mercato présidentiel du Printemps précédent.

(Le terme de mercato, de l’italien mercato, marché, désigne la période de l’année où les grandes équipes font l’acquisition, non pas de mozzarella ou de sauce bolognaise, mais de joueurs prestigieux et réputés. Les sommes d’argent déboursées à l’occasion de ces transferts peuvent atteindre des montants vertigineux.)

L’entrée sur la pelouse du nouvel avant-centre, Monarc – que les amateurs d’anagramme s’interrogent, ils trouveront – l’entrée de Monarc bouleversait complètement la partie.

Dès Novembre 2017, à la 48e minute, le jeune Monarc, au terme d’une percée en profondeur et d’un sprint flashé à près de 80 km/h, trouvait la lucarne du but adverse par un tir de suppression de l’ISF qui laissait le gardien belge sans réaction.

Cinq mois plus tard, à la 78e minute, bien placé sur un corner tiré par l’ailier droit Philippe, de la tête, le même Monarc égalisait à 2 partout, avec la suppression de l’exit tax.

(Le terme d’exit tax est aujourd’hui communément utilisé pour désigner une taxe au nom français relativement complexe, celui d’« imposition des plus-values latentes lors du transfert par les contribuables de leur domicile fiscal de France. » Cette taxe, introduite en 2011 par Nicolas Sarkozy, visait à dissuader le contribuable de pratiquer l’expatriation fiscale vers des pays à l’imposition plus clémente. Exit donc, l’exit tax.)

2 partout. Grande émotion chez les hooligans belges. Rattrapée à la marque et démoralisée par l’agilité et les sprints en profondeur de Monarc, la Belgique assurait malgré tout le match nul au terme du temps réglementaire.

Les prolongations de redressement fiscal s’achevaient elles aussi sur le score nul et inchangé de 2 à 2. Quant aux tirs au but à partir du point de penalty, les fameuses pénalités, l’extrême maladresse, peut être intentionnelle, et l’aversion de chacune des deux équipes pour ce type d’exercice, ces tirs au but laissaient le score inchangé, aucune des deux équipes ne se décidant à marquer.

Décision exceptionnelle et qui fera date dans les annales de cette compétition, le Président de la FIEFA, la Fédération Internationale d’Exil Fiscal Association, le Président Jean-Claude Juncker décidait de sacrer championnes les deux équipes, tant leur mordant sur le terrain était salué par tous les commentateurs.

Quant au jeune Monarc, l’attribution du Ballon d’Or semble acquise dès avant la fin de la saison.

Nous ne terminerons pas la relation de cette extraordinaire soirée, sans la citation d’un proverbe shadok : « Pour qu’il y ait le moins possible de mécontents, il faut toujours taper sur les mêmes. » 

Jean Casanova, 10 juillet 2018

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