Si rien ne se passe, le cinéaste Oleg Sentsov va mourir

Arrêté en mai 2014, en Crimée, pour avoir manifesté contre l’annexion russe, le réalisateur est en grève de la faim depuis le 14 mai, un mois avant l’ouverture de la Coupe du monde.

En ce moment, sur le sol russe, se déroule la Coupe du monde de football 2018 de la Fifa. En ce moment, sur ce même sol russe, un cinéaste est entre la vie et la mort.

Agé de 41 ans, père de deux enfants, il a débuté une grève de la faim illimitée le 14 mai 2018, un mois tout juste avant l’ouverture de la Coupe du monde.

Il s’appelle Oleg Sentsov.

Vous connaissez sans doute son nom, mais peut-être pas son histoire. Oleg Sentsov est né ukrainien, à Simferopole, en Crimée, où il vivait avec sa femme et ses enfants jusqu’au 11 mai 2014, jour de son arrestation par le FSB, les services secrets russes.

Après un premier long-métrage encensé par la critique et primé dans de nombreux festivals internationaux, Oleg Sentsov préparait son deuxième film Rhino, lorsqu’ont éclaté les premières manifestations pro-européennes en Ukraine, en novembre 2013. Cinéaste et citoyen engagé, pro-européen convaincu, il a reporté le tournage de son film pour participer activement au mouvement Euromaïdan. N’acceptant pas l’annexion russe de la Crimée, il a manifesté et il est allé livrer de la nourriture à des soldats ukrainiens affamés et encerclés par les forces pro-russes. Il avait finalement décidé de tourner son nouveau long-métrage cet été-là, l’été 2014. Mais en sortant de chez lui, le 11 mai de cette même année, Oleg Sentsov a été enlevé puis torturé par le FSB pendant trois semaines, avant de réapparaître non plus en Crimée, mais au fond d’une prison russe…

Malgré les protestations d’Oleg Sentsov, qui crie aux juges qu’il n’est pas un «serf», et qu’ils ne peuvent pas «l’annexer» comme ils l’ont fait avec la terre, il est considéré et jugé comme citoyen russe, et condamné à vingt ans d’emprisonnement dans un camp de travail forcé, après un procès qualifié de «stalinien» par Amnesty International. Depuis le 14 mai, Oleg Sentsov a débuté une grève de la faim pour demander la libération de tous les prisonniers politiques ukrainiens emprisonnés comme lui en Russie. Si la Communauté européenne et internationale ne fait rien de plus, Oleg Sentsov va mourir. On a volé son pays, changé de force sa nationalité pour lui faire prendre celle de ses agresseurs, on l’a envoyé pour vingt ans au fin fond d’un trou glacial, au bord du cercle arctique. Et l’Europe, l’Europe dont il rêvait au point de se battre pour que son pays en fasse partie, l’Europe, a laissé faire.

Si rien ne se passe, Oleg Sentsov va mourir. Comme il le dit lui-même : sa vie est la seule arme qui lui reste pour résister et défendre ces 70 Ukrainiens que Poutine a enlevés à leurs familles et à leur pays, pour la seule raison qu’ils n’étaient pas d’accord avec sa politique expansionniste, imposée par la violence. Cet homme qui se bat au nom de valeurs que nous ne pouvons que partager, ne peut pas disparaître. Ce serait une terrible perte pour l’humanité et un nouveau terrible revers pour l’Europe. Si Oleg Sentsov mourrait aujourd’hui, c’est non seulement Vladimir Poutine, qui serait un peu plus éclaboussé, mais la France, l’Allemagne et l’Europe tout entière qui seraient entachées de son sang. Aussi nous conjurons l’Europe et plus largement le reste du monde d’utiliser tous les moyens en leur possession pour obtenir la libération immédiate d’Oleg Sentsov.

Parmi les premiers signataires :

Marie Amachoukeli ; Josza Anjembe ; Yvan Attal ; Jacques Audiard ; Nabil Ayouch ; Christophe Barratier ; Xavier Beauvois ; Lucas Belvaux ; Julie Bertuccelli ; Thomas Bidegain ; Simone Bitton ; Bertrand Bonello ; Jérôme Bonnel ; Dominique Cabrera ; Robin Campillo ; Laurent Cantet ; Leos Carax ; Laurent Chevallier ; Malik Chibane ; Patric Chiha ; Abraham Cohen ; Antony Cordier ; Catherine Corsini ; Jean-Pierre Darroussin ; Emilie Deleuze ; Edouard Deluc ; Claire Denis ; Marie Desplechin ; Alice Diop ; Frédéric Farrucci ; Philippe Faucon ; Pascale Ferran ; Hélène Fillières ; Emmanuel Finkiel ; Dan Franck ; Nicole Garcia ; Philippe Garrel ; Tony Gatlif ; Dyana Gaye ; Delphine Gleize ; Romain Goupil ; Emmanuel Gras ; Eugène Green ; Robert Guédiguian ; Mia Hansen-Love ; Michel Hazanavicius ; Agnès Jaoui ; Sam Karmann ; Cédric Klapisch ; Louis-Do de Lencquesaing ; Marceline Loridan-Ivens ; Mahamat Saleh Haroun ; Bertrand Mandico ; Tonie Marshall ; Valérie Massadian ; Ursula Meier ; Jonathan Millet ; Dominik Moll ; Gérard Mordillat ; Safy Nebbou ; Michel Ocelot ; Mariana Otero ; François Ozon ; Rithy Panh ; Héloïse Pelloquet ; Elisabeth Perceval ; Thierry de Peretti ; Serge Le Péron ; Christian Philibert ; Nicolas Philibert ; Bruno Podalydès ; Katell Quillévéré ; Jean-Paul Rappeneau ; Brigitte Roüan ; Nicolas Saada ; Ghassan Salhab ; Pierre Salvadori ; Julien Samani ; Marjane Satrapi ; Pierre Schoeller ; Céline Sciamma ; Claire Simon ; Bertrand Tavernier ; Pierre Trividic ; Marion Vernoux ; Elie Wajeman ; Régis Wargnier ; Yolande Zauberman ; Roschdy Zem ; Rebecca Zlotowski

http://www.liberation.fr/debats/2018/07/06/si-rien-ne-se-passe-le-cineaste-oleg-sentsov-va-mourir_1664746

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