Le monde s’est tu pendant que nous mourrions

Début et fin des années 60. La fragmentation du temps et des vies.

« Il y a deux réponses aux choses qu’on t’enseignera sur notre pays : la vraie réponse et celle que tu donnes à l’école pour passer ».

Olanna et Kainene. Denigho et Richard. Ugwu et les autres.

Lagos, le Nigeria, le drapeau du demi-soleil jaune du Biafra. Une guerre, la famine et plus d’un million de mort·es. Il ne faisait pas bon, il ne fait que trop rarement bon pour celles et ceux qui se considèrent ou sont considéré·es comme minoritaires, autres, voire traitres à la compréhension du monde de celles et ceux qui se considèrent comme de « droit » car plus nombreux/nombreuses…

La grande romancière nous fait ressentir toutes les aspérités, « Elle essaye de se frayer un chemin dans un monde nouveau avec des outils qui sont mieux adaptés à l’ancien », les espoirs, « Elle avait l’impression d’avoir laissé ses perles traîner en vrac trop longtemps et qu’il était temps maintenant de les rassemble et de les garder avec plus de vigilance », les désirs et les murs de l’incompréhension, de la distance sociale, de la haine.

Les regards croisés, socialement différenciés sur le cours d’événements risibles ou tragiques. L’amour d’une enfant, celle que des adultes bienveillant·es entourent. Des histoires d’amour et les heurts des rencontres. Des préjugés et des possibles. Des pets et des coulées de merde,

Le regard d’une femme sur des femmes et des hommes, « Tu ne dois jamais te comporter comme si ta vie appartenait à un homme… ». Olanna et Kainene.

Les phrases pour faire sentir cette guerre, pour vous happer dans ces tourmentes, « Elle marchait d’un pas ferme et levait souvent les yeux vers le ciel clair pour y rechercher les bombardiers, prête à s’arrêter pour leur jeter des pierres et des mots », la banalité du mot « tuer » dans la bouche d’un enfant, l’effacement des souvenirs, le silence du monde, les pressentiments solidifiés « en cailloux durs dans ses narines », la sauce sans viande, une pièce et le comment y vivre, les viols et la « haine calme », le soutien de dieu au camp qui a le plus d’armes, la comptabilité occidentale où « cent Noirs morts égalent la mort d’un Blanc », les jours remplis de brèches de temps noir, l’espoir toujours…

Un immense roman.

« On ne se souvient jamais activement de la mort »

.

Chimamanda Ngozi Adichie : L’autre moitié du ciel

Traduit de l’anglais (Nigeria) par Mona de Pracontal

Réédition Folio, Paris 2008, 668 pages

Didier Epsztajn


De l’autrice :

Americanahciel-enfin/

Chère Ijeawele ou un manifeste pour une éducation féministeavec-un-esprit-eclaire-humain-et-ouvert/

Nous sommes tous des féministes suivi de Les marieusesje-suis-en-colere-nous-devrions-toustes-etre-en-colere/

En complément possible :

Raquel Rosario Sanchez : L’essai de récupération de Chimamanda Ngozi Adichie par la Troisième vague est tout sauf intersectionnellessai-de-recuperation-de-chimamanda-ngozi-adichie-par-la-troisieme-vague-est-tout-sauf-intersectionnel/

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