C’est les vacances. Le temps du jazz.

Les festivals de toute nature fleurissent. Beaucoup sont organisés par des retraité e s qui ont le temps de vivre leurs passions. C’en est trop, sans doute, pour ce gouvernement – comme les précédents – qui veut retarder l’âge d’entrée dans cette retraite et diminuer le montant de la pension pour nous forcer à rester tributaire du travail contraint et du « despotisme d’usine », pour citer Marx – logique en ce 200anniversaire de sa naissance. Même les fonctionnaires sont soumis à ce régime qui passe désormais par la tyrannie du nombre qui, comme le démontre Alain Supiot, est une ouverture vers la dictature.

Lutter pour nos retraites fait partie intégrante d’un combat pour l’accès à la culture et à l’éducation populaire, pour la libération du travail, pour l’émancipation des individus. Faute de ce carburant des « libéré e s du travail », les festivals ont tendance à s’enfoncer dans la marchandisation sans trouver l’étincelle de créativité qui fait toute la différence. Les collectivités territoriales qui subventionnent sont trop souvent conduites par la renommée attachée à la réussite. Réussir est une contrainte qui pèse sur la capacité à présenter des spectacles qui ne pourront pas réunir beaucoup de monde. C’est une insulte à la possibilité même de créer qui inclut l’échec. Sinon pas d’avant-garde, pas de mise en cause des dogmes.

Notre société installée sur les bases de l’idéologie libérale ne sait plus permettre les expériences. Le jazz – même au pluriel – a comme fonction de bousculer tous les arts établis pour proposer une autre vision, révoltée, bleu et libératrice. Le jazz dans sa définition première, originelle.

Les festivals de jazz

Paradoxalement, le jazz reste underground tout en remplissant les salles surtout en cette période d’été. Le public – j’en ai eu la confirmation à Jazz Sous les Pommiers, sis à Coutances dans la Manche – vient pour le festival, pour communier avec ses semblables peut-être, mais pour le jazz que la plupart ne connaissent pas. Ils et elles font confiance aux programmateurs.

Le jazz n’a pas de vedettes mais des légendes comme Archie Shepp, saxophoniste, qui continue de se produire dans les festivals comme dans celui de Junas – dans le Gard – au milieu de ce décor construit par cette ancienne carrière de pierres ou Rhoda Scott, organiste aux pieds nus – c’est son anniversaire, 80 ans – qui a constitué un groupe, « Lady Quartet », uniquement féminin où se retrouvent Sophie Alour au saxophone ténor et soprano et Géraldine Laurent à l’alto. Junas est devenu au fil de ces temps troublés, une référence. Paolo Fresu viendra en ami et Archie se produira avec un « Attica Big Band » pour se souvenir à la fois des morts de cette prison et de cette constitution d’un grand orchestre qui fera l’objet d’un enregistrement réalisé par Gérard Terronès – mort le 16 mars 2017.

De nouveaux venus montrent que le jazz reste une musique de contestation. C’est le cas du saxophoniste indien Rudresh Mahanthappa et son Indo Park Coalition qui se produira à Souillac, dans le Lot, au festival Sim Copans. Joshua Redman, lui aussi saxophoniste, après une vacance, fait son retour. Il sera présent, avec le batteur Billy Hart, au même festival.

Crest, dans la Drôme, reste un peu caché au reste du monde. C’est dommage. D’abord parce que la Drôme gagne à être connue loin qu’elle est des grandes vagues touristiques – mis à part des Bataves – et terre de plusieurs festivals, de jazz – deux en l’occurrence – et de beaucoup d’autres. Crest Jazz Vocal accueille cette année Lucky Peterson, pour un hommage à Jimmy Smith, le pianiste étonnant Paul Lay et le brésilien Nascimento comme la coréenne Youn Sun Nah. Comme d’habitude, le concours de jazz vocal en fin d’après midi sur la place – gratuit – et une série de conférences qui je ferai sur deux villes du jazz, Kansas City et Detroit. Si vous passez par là, n’hésitez pas, c’est à la médiathèque tous les jours à partir du mardi 31 juillet au samedi 4 août. De quoi fêter l’abolition des privilèges… mais c’était en 1789 !

Le choix est énorme. De la contrée d’abord : où que vous soyez, un festival de jazz a lieu. Deux raisons expliquent cette prolifération, les organisateurs sont, en général, des « mordus » de cette musique et, last but not least, il est possible de faire venir des « pointures » sans trop débourser d’argent. Mais aussi choix artistique : Chris Potter, Joe Lovano, Raphaël Imbert -qui sait trouver les voies pour faire venir le public à aimer Albert Ayler -, Scott Hamilton pour les saxophonistes, Dave Douglas pour les trompettistes, Anne Pacéo pour les batteures, Fred Hersch, Enrico Pieranunzi, Vijay Iyer pour les pianistes, Henri Texier pour les bassistes, John Zorn pour toutes les limites à franchir et beaucoup d’autres.

Regardez autour de vous, c’est les vacances, n’hésitez pas, allez tenter le diable. C’est bien le moins en ces temps macroniens bien pensants et bien pesants. Je suppose que Macron n’aime pas le jazz, celui qui dérange…

Nicolas Béniès

Tous les programmes sont sur le Net ou les réseaux sociaux.

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