TOUTE HONTE BUE

L’Europe se délite ? Non, elle s’avoue 

Telle qu’à ce chaos la destinait, la voue 

Le paradigme de son intronisation : 

La Concurrence libre et non faussée, option 

Qui contenait, sous de fallacieux auspices, 

Qu’à l’envi célébraient les grands médias complices 

Et que dissimulaient des Traités spécieux 

Censés nous protéger du retour odieux 

Des chauvinismes, des frontières assassines, 

Des clairons meurtriers, des guerres intestines, 

En clamant du Marché les dons providentiels, 

Un Poison, se montrant bientôt des plus mortels : 

L’intensification d’une lutte féroce

Entre les appétits des Maîtres du Négoce 

Pour se mieux partager, dans leur course au Profit, 

Et tout pacte social à cet effet détruit, 

Les flux du Capital charriant la chair humaine 

Des peuples asservis ! … En fait de paix, la haine 

De l’Étranger, de l’Autre, inévitablement, 

Allait grandir du fait de l’abandon dément 

Des solidarités de classe détrônées 

Par tous les partisans des plus vils hyménées 

Avec les prédateurs du Marché triomphant. 

Voici que dans ce piège, hélas, s’imaginant 

Y trouver un asile et une échappatoire 

Quand le même démon y façonne l’Histoire, 

Chassés de leurs pays par des acharnements 

Guerriers auxquels, en fait, nos propres armements, 

Nos propres intérêts – alors que l’on pavoise – 

Apportent leur concours d’une façon sournoise. 

 

Voici que, condamnés à l’exil, perdant tout, 

Quand ce n’est pas la vie, et croyant voir le bout 

De leur déréliction, des réfugiés, en masse, 

Se retrouvent captifs, effarés, dans la nasse 

D’un monde blanc hostile hérissé de carcans 

Où seuls des Justes, que l’on traque au demeurant 

Pour crime de soutien à leur désespérance, 

D’un peu d’humanité leur offrent une assistance 

Alors qu’ils font l’objet d’un glauque enfermement 

Que l’Enfer de Calais illustre honteusement 

Quand ce n’est pas, en plus, d’un marchandage obscène 

Entre États monnayant à qui prendra la peine 

De stocker leur trop plein ou de les rembarquer ! 

Voici donc que l’Europe, en train de suffoquer, 

Accouche hideusement d’un discours xénophobe 

Que plus rien au grand jour désormais ne dérobe

Mais dont en perpétrant un nouvel Exodus

Témoigne impunément l’errance d’Aquarius.

Yves Letourneur

23 juin 2018

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