Le coin du polar (Juin 2018 – B)

L’Irlande du VIIe siècle

Peter Tremayne – Peter Berresford Ellis pour l’état civil – possède un don, celui de nous faire vivre au rythme de l’Irlande de 671 partagé entre traditions païennes et la loi de Rome qui cherche à s’appliquer dans tous les royaumes, une loi qu’il présente comme barbare face au bon sens des rois de ces contrées. Sa détective privée, Fidelma, la sœur du roi de Muman, avocate – pour utiliser des termes d’aujourd’hui -, férue de droit, est chargée de résoudre des crimes pour éviter des guerres tout en développant une argumentation juridique. Toutes les références que Tremayne multiplie dessinent l’architecture d’une société partagée entre différentes obédiences. C’est avec gourmandise que l’auteur nous fait partager son savoir. Pas seulement. Il réactualise quelques situations qui font la beauté du roman policier, comme l’assassinat porte apparemment fermée à clé sans autre possibilité d’entrer et de sortir. Ainsi le conseiller du roi, l’archevêque Ségdae, a été assassinée zen compagnie de son assassin, assommé, dans une chambre fermée à clé. L’assassin est donc l’homme assommé, un ami de l’abbé. Impossible mais comment le prouver ? Les habitués du meurtre en chambre close comprendront très vite sans que le plaisir de la lecture en soit gâché, dopé même par un voyage dans les contrées étranges de régions pas souvent visitées.

A la fin de « La pénitence des damnés », Fidelma, sans vraiment souffler, se lance dans une autre enquête qui se révélera double, « La nuit du porte-lumière ». Le fil conducteur, une forteresse isolée tenue par un abbé qui fait sa propre loi, une histoire de passion, de trafic, de prophétie et d’argent, des ingrédients nécessaire pour que la mayonnaise monte. Le point de départ, le vol d’un évangile non reconnue par la papauté, celle de Judas – qui, a priori existe réellement. Un texte interdit qui devait rester dans les archives, un texte qui sert d’arme de combat pour les prêtres qui contestent la toute puissance de l’Église catholique et romaine. Un texte sulfureux. Mais intéressant et plein d’une tolérance que cette Église en formation ne veut pas assumer.

Deux rendez-vous avec l’ex Sœur – elle s’est mariée avec Eadulf qui participe aux aventures – pour renouer les fils avec cette Irlande pétrie d’us et de coutumes pour comprendre une partie de notre passé. Tremayne est un excellent guide que l’on a du mal à quitter.

Peter Tremayne : La pénitence des damnés et La nuit du porte-lumière, traduits par Corinne Derblum, 10/18, Grands détective et Grands Formats.

Huit clos luxueux.

Un hôtel, Santa Barbara, la côte Ouest des Etats-Unis, le Pacifique, le luxe suffocant, un système de sécurité dernier cri, des histoires d’amour, de morts, de conflits entre les employé-e-s et, soudain la mort qui fait son œuvre. « Sécurité », premier roman de Gina Wohlsdorf, fait des porteurs de morts, des spectres. Pourquoi ont-ils assassinés toute la compagnie de vigiles, en ratant d’un poil le narrateur ? Pourquoi poursuivent-ils les assassinats du personnel et même du propriétaire de l’hôtel ? Elle ne le dira pas. La mort, la violence est anonyme comme dans « Duel », le premier film de Steven Spielberg qui met aux prises un automobiliste poursuivi par un poids lourd sans que le spectateur n’en sache les raisons.

Tessa, le personnage central, supervise les travaux et est l’objet d’une double histoire d’amour. Du narrateur et de son amie d’enfance qui, d’un coup, réapparaît, Brian dont le jumeau s’est tué dans un accident de moto à l’intérieur d’une roue. Le frère a repris le flambeau et renoue avec Stella, l’amour des deux frères.

Visiblement Gina a voulu jouer avec les maîtres du suspense et de l’horreur sans y parvenir tout à fait. Elle sait décrire un grand hôtel, les escaliers, les ascenseurs, les rapports entre les employé-e-s sans, toute fois, faire croire à l’histoire et à la place de démiurge du narrateur. Parfois drôle, déroutant mais le lecteur reste à distance. L’impression violente d’un exercice de style. Souvent, pas toujours. Il est vrai que la mort, de nos jours, n’a pas toujours ni de visage ni de raisons surtout aux Etats-Unis dans ces fusillades dans les lycées ou dans les attentats commis souvent par des jeunes gens et des jeunes filles qui veulent devenir des « héros inversés ». Dans ce roman, ce sont des tueurs aguerris issus des commandos comme les vigiles de l’hôtel, du coup l’intrigue grippe.

Un premier roman intriguant qui pousse à aller jusqu’au bout, sans être convaincu par les personnages, ni par l’intrigue. Il laisse un goût étrange dans le cerveau.

Gina Wohlsdorf : Sécurité, traduit par Alain Defossé, Actes noirs/Actes Sud.

Nicolas Béniès

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